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vendredi, 09 mai 2014 12:33

Les fleurs du mal, au Théâtre Le Poche de Genève

Écrit par

Fleurs du malPhoto : Bruno Mullenaerts

Jusqu'au 25 mai 2014
Mise en scène Françoise Courvoisier

La scène s'ouvre sur le pique-nique champêtre d'un couple d'amoureux, lors d'une belle après-midi ensoleillée. Baignant dans la lumière, les amants déclinent ou chantent les poèmes des Fleurs du mal, entre temps de tendres abandons, instants de séduction et élans de passion. Un troisième personnage apparaît, jeune dandy séducteur, et offre une rose à la belle. Tout va aller alors en crescendo. Le vin coule dans les verres en cristal, les gestes se font sensuels. Et les vers de Baudelaire s'égrènent, dans leur force suggestive, érotique et fiévreuse. « Ainsi je voudrais, une nuit, (...) faire à ton flanc étonné une blessure large et creuse. Et, vertigineuse douceur, à travers ces lèvres nouvelles, plus éclatantes et plus belles, t'infuser mon venin, ma sœur. »

Pendant plus d'une heure, s'entrecroisent ainsi les poèmes de Baudelaire et les chansons de Brigitte Fontaine, auteure contemporaine aux références plus modernes (l'héroïne prend alors le pas sur l'opium). Accompagnés par la musique d'Arthur Besson, de ses notes claires, languissantes ou inquiétantes, les comédiens interprètent avec maîtrise et émotions ces rimes chargées de souvenirs pour qui a lu Baudelaire ou entendu Fontaine. Il y a là Robert Bouvier, directeur du Théâtre du Passage à Neuchâtel et interprète du François d'Assise de Joseph Delteil, et les plus jeunes, Aurélie Trivillin et Cédric Cerbara, tous deux issus du Conservatoire de Mons. Mais Léo Ferré, Etienne Daho, Gainsbourg et Reggiani ne sont, eux aussi, pas très loin.

La mise en scène de Françoise Courvoisier même avec subtilité le spectateur du monde du jour à celui de la nuit. Candeur et lubricité ne font plus qu'un : « Tu brûles, tu flambes dans mes veines comme un nectar assassin » (Fontaine). Le mal et le bien se confondent dans le désir. La lumière se fait tamisée, l'encens brûle, enivrant, le poème est chuchoté et des terres lointaines, envoutantes, rêvées. « Les sons et parfums tournent dans l'air du soir ; valse mélancolique et langoureux vertige », récitent en canon les trois compères, comme une berceuse rassurante.

Mais avec le crépuscule, l'angoisse et même l'agonie reprennent vite leurs droits. La réalité de la mort et de la putréfaction des corps, même de celles qui furent « des reines des grâces », se rappelle vite à l'hypocrite spectateur, notre semblable, notre frère...

 

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