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Lucienne Bittar

jeudi, 09 juin 2016 16:51

Ecouteur de rue

friburg agAvant de devenir jésuite, Luc Ruedin exerçait la profession d’assistant social. Sa connaissance du terrain et sa formation spirituelle ignacienne lui sont utiles dans le cadre d’une de ses missions actuelles, qu’il pratique avec la psychologue Iris Andrey : «écouteur» à la Pastorale de rue du canton de Fribourg.

Lucienne Bittar : Quelles sont les caractéristiques d’un écouteur de rue par rapport à un éducateur de rue ?

Luc Ruedin : «Un éducateur de rue est mandaté par l’Etat, je le suis par l’Eglise. Le travail est proche, mais les écouteurs de rue sont plus axés sur l’écoute gratuite, sans nécessité d’encadrement. Notre objectif n’est pas d’apporter des solutions concrètes ou matérielles aux problèmes des jeunes ou des marginaux croisés à la gare et dans ses alentours. Il y a d’autres organismes pour cela. Mais simplement de leur permettre de mettre des mots sur leur vécu, d’exprimer leurs difficultés et leurs angoisses et surtout d’être entendus. Et par là de se sentir reconnus.»

mercredi, 01 juin 2016 16:18

Synode. Entre universalité et diversité

Mgr Jean-Marie Lovey a été le délégué de la Conférence des évêques de Suisse au Synode ordinaire sur la famille de 2015. Nous l’avons rencontré en novembre pour recueillir son avis sur le déroulement de ce Synode et notamment sur la façon dont l’assemblée a géré la tension entre dogmes et réalités du terrain.

mardi, 03 mai 2016 08:58

Iran. Stabilité d'un système

Une nouvelle ère s’ouvrirait pour l’Iran. Le 16 janvier, l’Agence interna­tionale de l’énergie atomique a levé les sanctions interna­tionales contre la République isla­mique ; et le 26 février, les élections parlementaires ont confirmé la popularité du président Rohani, un modéré. Décryptage avec Mohammad-Reza Djalili, spécialiste de l’Iran, professeur émérite à l’Institut de hautes études internationales et du développement.

Lucienne Bittar : Les élections parlementaires sont présentées comme une victoire pour le président Rohani et ses alliés. (1) Qu’en pensez-vous ?

Mohammad-Reza Djalili : «Il faut relativiser l’importance de ces élections, car avant d’être une élection, elles sont une sélection. Tous les candidats ont dû être acceptés par le Conseil des gar­diens, dont la moitié des douze membres sont directement nommés par le Guide suprême, et les autres indirectement, puisqu’ils le sont par le responsable du système judiciaire, lui-même nommé par le Guide. Le véritable chef d’Etat reste le Guide Ali Khamenei.

Mgr Ivan Jurkovič, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies à Genève, a réclamé l’interdiction des systèmes d’armes létaux autonomes (SALA), aussi appelés "robots tueurs", lors d’une conférence aux Nations unies, le 11 avril 2016. Il a demandé qu'une décision courageuse pour interdire les systèmes d’armes létaux autonomes soit prise lors de la prochaine conférence de la Convention sur certaines armes classiques (CCW) (décembre 2016). Les SALA (lethal autonomous weapons systems, en anglais) “ne nous protègent pas d’attaques et de terrorisme de tous genres perpétrés par des personnes utilisant des méthodes rudimentaires et prêtes à sacrifier leurs vies“, a argué Mgr Jurkovič. En outre, ils risquent de cacher ou diluer les vraies responsabilités, la machine étant à l’origine d’un homicide. Ces robots militarisés seraient capables de choisir leur cible à distance et de tuer rapidement.

La prévention reste la meilleure approche, a déclaré encore l’Observateur du Saint-Siège. "L’histoire des régulations, interdiction ou contrôle des armes montre que ces outils ne sont mis en place le plus souvent qu'après l'apparition d'importantes tragédies humanitaires", qu'il s'agisse d'armement nucléaire, d'armes chimiques ou de mines antipersonnel.

Pour en savoir plus sur ces armes, et en particulier sur les drones, vous pouvez commander auprès de la rédaction la revue choisir de janvier 2016 consacré au Soldat-drone au + 41 22 827 46 76 avec les articles d'Alexandre Vautravers, expert en sécurité à l'Université de Genève, De la torpille aux drones et de Cécile Dubernet, enseignante chercheuse à l'Institut catholique de Paris, Drones tueurs

mardi, 05 avril 2016 02:00

Des héros

La 31e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies s’est clôturée à Genève le 24 mars dernier. Le fonctionnement du Conseil est souvent - et légitimement - critiqué. Cependant il ne faut pas perdre de vue le travail d’enquête gigantesque sur lequel ces sessions reposent. Les comptes rendus des rapporteurs spéciaux se basent sur les expertises d’organisations non gouvernementales engagées dans la défense des droits humains, sur les investigations de journalistes, les témoignages de victimes et des réseaux citoyens d’entraide. Ces milliers d’enquêteurs de par le monde s’impliquent sans relâche, en prenant des risques énormes, parfois même au péril de leur vie. Ils notifient les exactions commises, identifient leurs auteurs et leurs victimes, récoltent des preuves.

Plus impressionnant encore, ils ne se « contentent » pas de dénoncer les atteintes aux droits humains : ils dénouent sur le terrain des situations intolérables et sauvent des vies. Ces activistes sont de vrais héros, dont il faut saluer le courage. C’est ce qu’a magistralement démontré la dernière session du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH, Genève, du 4-13 mars). Y assister en tant que spectateur, c’est, inévitablement, avoir envie à un moment ou un autre de détourner le regard, et se demander « pourquoi s’infliger cela ? ». Par égard pour ceux qui ont vécu dans leur chair la barbarie et qui témoignent, par respect pour ceux qui ont réalisé ces documentaires dans des contextes dangereux, par admiration pour ceux qui s’engagent pour sauver des vies. Et parce que chacun peut, une fois informé, devenir à son tour un lanceur d’alertes. Le FIFDH, en effet, a ceci de profondément constructif qu’il éduque[1] et apporte des réponses au sentiment d’impuissance.

La plupart des œuvres présentées et des débats l’ont démontré : face au Mal, dont l’imagination paraît sans limites, le Bien agit. A l’internationalisation des circuits mafieux (gouvernementaux ou pas) et terroristes, répond une mondialisation de la résistance. Comme le dit dans ce numéro Benoît Orval : « Lorsque des militants ou des journalistes mettent au jour des affaires, ils participent à la délégitimation de régimes despotiques et contribuent, modestement mais chaque fois un peu plus, à assécher les circuits de prédation dont ces derniers ont impérativement besoin pour se maintenir au pouvoir. »[2] Le documentaire Escape from Isis, projeté lors du FIFDH, informe sur les milliers de femmes et enfants yézidis enlevés en Irak par les forces de Daech, chosifiés et réduits à l’état d’esclaves sexuels ; mais aussi sur l’admirable travail de Khaleel Al-Dakhi, avocat originaire de Sinjar, membre d’un réseau souterrain qui a infiltré Daech pour sauver quelques-unes de ces femmes. Le reportage suisse Non assistance dénonce, pour sa part, le déficit des réponses des Etats face aux centaines de milliers de personnes qui tentent de trouver refuge en Europe en traversant la Méditerranée ; mais il montre aussi comment des bénévoles s’engagent, avec détermination et humanité, pour pallier ce manque.

Pour paraphraser le psychanalyste Daniel Strassberg,[3] il n’y aurait pas d’activisme politique sans une forme de transgression. Se révolter et lutter contre une force supérieure qui paraît insurmontable, c’est vivre le récit de David contre Goliath, c’est s’affirmer dans sa dignité d’individu et refuser de rester une victime. Pour un chrétien, cette résistance au Mal, à la haine, prend encore un autre visage, celui de la prière. A Bangui, en novembre passé, le pape François invitait les jeunes à prier, pour résister, pour ne pas haïr.[4] Pour aimer. A l’image de cet Erythréen suivi dans Voyage en barbarie, qui, comme bien d’autres, a voulu fuir la dictature de son pays, a été enlevé et s’est retrouvé au Sinaï dans un camp de torture inhumain. Libéré par un commando, on le voit parcourir les rues du Caire à la recherche d’un compagnon de détention, qui s’est « perdu » en cours de route en acceptant de devenir tortionnaire pour échapper à la torture ; rongé par la honte, il veut mettre fin à sa vie. « Mais nous en aurions tous fait autant si nous avions pu ! » dit en substance son ami qui le cherche. Ou qui sommes-nous pour juger... Cette forme d’engagement pour la paix, le plus souvent discrète, demande, elle aussi, un énorme courage.

[1] • Le festival d’ailleurs contribue au Programme mondial en faveur de l’éducation aux droits de l’homme, avec un programme pédagogique à l’intention des élèves genevois.
[2] • Voir Benoît Orval, Les affaires d’abord, aux pp. 18-23 de ce numéro.
[3] • «Le bénévolat, une transgression», in choisir n° 623, novembre 2011, pp. 21-24. A lire sur www.choisir.ch.
[4] • Voir Michel Segatara Kamanzi, Résistance, à la p. 13 de ce numéro.

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13 décembre 2018 - «Fraternité», «vivre ensemble», «communion entre chrétiens et musulmans» : la presse algérienne a salué sans réserve la célébration, samedi 8 décembre à Oran, de la béatification de Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnons, présentée comme un acte de guérison des blessures.
12 décembre 2018 - Une large coa­li­tion de par­tis et d’organisations a lancé aujourd’hui en Suisse l’initiative popu­laire contre les expor­ta­tions d’armes dans les pays en guerre civile. Elle vise à inter­dire l’exportation d’armes dans les pays en guerre civile, tout comme les expor­ta­tions dans les pays vio­lant gra­ve­ment et sys­té­ma­tique­ment les droits de l’Homme.
7 décembre 2018 - L’Aquarius ne sauvera plus de migrants qui tentent de rejoindre l’Europe par la mer. Les ONG MSF et SOS Méditerranée ont annoncé mettre un terme à ce dispositif en ciblant le «sabotage» européen. Ils ont appelé la Suisse à œuvrer pour une solution et  salué les nombreuses manifestations de solidarité à l’égard de l’Aquarius des Suisses.
1er décembre 2018 - Le Conseil fédéral a approuvé l’adoption d’un nouveau programme en faveur de la réinstallation en Suisse, en 2019, de 800 réfugiés particulièrement vulnérables sélectionnés par le HCR. Est prévue aussi la prise en charge de groupes de 1500 à 2000 réfugiés tous les deux ans, sur la base d’une décision du Conseil fédéral. Le HCR salue cette décision et précise que 1,4 million de réfugiés dans le monde auraient besoin de bénéficier d’une telle réinstallation du fait de leur vulnérabilité.
29 novembre 2018 - L’UNESCO a inscrit la gestion du danger d’avalanches sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Les connaissances, expériences et stratégies collectives pour faire face à ce danger naturel constituent un patrimoine vivant constamment actualisé dans les régions alpines. https://bit.ly/2FLoJWQ
29 novembre 2018 - Le comité d’œco Eglise et environnement recommande d’accepter l’initiative contre le mitage qui sera soumise au vote le 10 février 2019. Assumer sa responsabilité envers la Création implique que l’on préserve le sol comme une base essentielle à la vie. Le Conseil fédéral, pour sa part, rejette cette initiative qu’il juge trop extrême, craignant qu’elle ait des effets néfastes pour l'économie.