jeudi, 28 septembre 2017 11:30

Viva la muerte !

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RevolutionElles marchent main dans la main, comme deux sœurs, la révolution et la mort. Des jumelles peut-être, tant elles sont inséparables.
L’une imagine un monde meilleur, le grand bond en avant, et rêve de transformer l’ordre établi.
L’autre, impatiente et violente, lui ouvre le chemin, liquidant le passé sans état d’âme. Sans la mort, telle un animal stoppé dans son élan, la révolution stagne au niveau des utopies; elle garde un goût d’inachevé. Avec la mort, elle devient odieuse. Certaines révolutions, il est vrai, se sont heureusement passées des services de la mort et de la violence pour bouleverser l’Ordre ancien: la révolution des œillets au Portugal (1974), celle de velours en Tchécoslovaquie (1989), la révolution orange en Ukraine (2004).

Éditorial du dernier numéro de notre revue. Découvrez le sommaire du choisir n° 685

Ainsi, poussée irrésistiblement vers des cieux nouveaux et une terre nouvelle, incapable d’attendre, la révolution violente trop souvent l’Histoire, comme qui tirerait sur les plantes pour accélérer la venue du printemps. Empressée de façonner la réalité à l’image de son désir ou de ses fantasmes, elle compte sur la mort pour accélérer la ronde des saisons. Au nom de la société sans classes, de la supériorité de la race, du Grand Bond, du Grand Soir et d’autres rêves prometteurs, les têtes roulent, les crématoires fument, les goulags triment, les prisons débordent. Et le nombre des cadavres décourage toute tentative de décompte.

Si toute violence est détestable, toute mort, quand bien même douloureuse, ne l’est pas nécessairement. Il faut bien que quelque chose meure pour qu’autre chose puisse naître. Qui aspire à avancer doit accepter la loi de la croissance avec ses deuils et abandonner résolument les vieilles structures, ces outres désormais impropres à contenir le vin nouveau. En un mot, il s’agit de faire révolution!

La mort et la révolution réconciliées! Par sa mort, le Christ a opéré la révolution la plus radicale qui soit. En introduisant au cœur même de la mort la présence victorieuse de l’amour, il a brisé les anciens jougs imposés par d’inquiétantes divinités. Du nouveau est né: l’homme a été rétabli dans sa dignité et sa liberté. Celui qui est blessé est désormais placé au centre, là où d’autres l’avaient écarté au nom de la loi (Mc 3,1-6). Celui qui vivait dans la crainte du ciel est libéré. Le sabbat et les rites en tous genres qui le contraignaient, les structures religieuses et les institutions civiles sclérosées sont relativisées au nom de la Vie.

«Voici que je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne; ne le reconnaîtrez-vous pas?» clamait le prophète (Is 43,19). Reprenant à son compte cette Bonne Nouvelle, le Christ annonce que le moment est venu, que le temps est accompli et qu’il faut oser: convertissez-vous, changez de mentalité, faites la révolution, et vous verrez du nouveau.

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