vendredi, 15 septembre 2017 00:30

Recensions n° 685

Maurice Cheza, Luis Martínez Saavedra et Pierre Sauvage (dir.)
Dictionnaire historique de la théologie de la libération
Namur, Lessius 2017, 656 p.

La théologie de la libération (TdL) semblait s’être depuis longtemps étiolée, mais cet ouvrage la remet sous les projecteurs et montre que son évolution est toujours en cours. Développée à ses débuts, dans les années 1970, par le prêtre et théologien péruvien Gustavo Gutiérrez, à qui l’on attribue la paternité de cette approche élaborée au contact des plus pauvres et avec leur participation, la TdL s’est entretemps largement diversifiée.
Une bonne centaine de spécialistes, de vingt-huit nationalités, ont collaboré à l’élaboration de ce Dictionnaire qui comporte près de trois cents entrées ouvrant sur les thèmes phares, les pays et les personnes qui ont théorisé la TdL ou qui s’en sont inspirés et l’ont mise en pratique. Pour les auteurs, la TdL est une des rares théologies qui a toujours voulu agir sur l’histoire des peuples. On découvre au fil des pages qu’elle aborde depuis des décennies des problématiques longtemps laissées dans l’ombre : l’émancipation de la femme, celle des populations noires et indigènes, ou bien encore la question de la sauvegarde de la Création, à savoir l’écologie.
Avec le Père Gustavo Gutiérrez, reçu dans l’Ordre dominicain en 2004, le franciscain brésilien Leonardo Boff est considéré comme l’un des représentants les plus marquants de la théologie de la libération latino-américaine. Mais l’ouvrage permet de découvrir de nombreux autres protagonistes, moins connus sous nos latitudes, issus de con-tex-tes socio-culturels diversifiés. Le lecteur sera peut-être surpris de trouver des entrées sur l’Amérique du Nord (Canada et États-Unis) et l’Europe (Belgique, Espagne, France, Suisse). En fait, ces pays ont formé en Amérique latine un grand nombre de théologiens et d’acteurs pastoraux proches de la TdL. Beaucoup de formateurs du Nord se sont rendus dans les pays du Sud, surtout en Amérique latine ; certains y sont restés, notamment en tant que prêtres Fidei Donum. Ceux qui sont rentrés chez eux se sont inspirés de ce qu’ils avaient découvert, tentant de former en Europe ou en Amérique du Nord des communautés ecclésiales de base (CEB) ou des groupes du même style.
La présence du pape François sur le siège de Pierre a fait souffler un vent nouveau dans l’Église. Le pontife argentin s’est voulu d’emblée pasteur parmi les pasteurs «pénétrés de l’odeur de leurs brebis». Il a incité les prêtres, dès sa première messe chrismale, à se mettre au service des pauvres et des opprimés. Depuis un certain temps du reste, la TdL ne suscite plus la même défiance romaine, et la nouvelle génération de théologiens défriche de nouveaux champs de réflexion et d’action.
Il est loin le temps de l’instruction Sur quelques aspects de la théologie de la libération, rédigée en 1984 par le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi! Le futur pape Benoît XVI dénonçait «des courants de pensée qui, sous le nom de ‹théologie de la libération›, proposent du contenu de la foi et de l’existence chrétienne une interprétation novatrice qui s’écarte gravement de la foi de l’Église, bien plus, qui en constitue la négation pratique». Des propos qui furent très bien accueillis et surtout utilisés par les puissants tenants du statu quo, tant dans les pays du Nord que dans ceux du Sud. Pour le Vatican, il s’agissait de mettre en garde contre les déviations dues à l’introduction dans la lecture de la réalité sociale d’éléments du marxisme. Il critiquait aussi des lectures ‹rationalisantes› de la Bible tendant à réduire l’histoire du Christ à celle d’un libérateur social et politique.
Le même cardinal Ratzinger allait, en 1986, publier une nouvelle instruction Sur la liberté chrétienne et la libération, qui, bien que n’annulant pas la première, la complétait et la nuançait. Rome y relisait la TdL de manière positive, en y introduisant la dimension spirituelle d’une théologie de la liberté. L’intervention de certaines figures de proue de l’épiscopat brésilien d’alors, soutenant les protagonistes les plus en vue de la TdL, n’était pas restée sans effet... La même année, Jean Paul II dira, dans une lettre adressée à l’épiscopat brésilien, que «la théologie de la libération est non seulement opportune, mais utile et nécessaire».
Cet ouvrage est destiné à ceux qui sont passionnés par la théologie, à ceux qui s’intéressent à l’histoire des idées et à celle des femmes et des hommes engagés dans la transformation d’une société foncièrement injuste, parfois au péril de leur vie. Le grand public dispose ici d’un instrument pratique pour accéder aux éléments essentiels de la TdL, qui s’est beaucoup diversifiée et affinée dans un contexte en perpétuel changement. L’ouvrage met en avant ces générations montantes qui travaillent à de nouvelles problématiques et qui bénéficient désormais d’une certaine reconnaissance de la part du Vatican.

Jacques Berset

 

Jérôme Cottin
Quand l’art dit la résurrection
Genève, Labor et Fides 2017, 196 p.

Le professeur Cottin propose d’explorer le thème de la résurrection du Christ à travers huit œuvres d’art occidentales. L’instant du passage de la mort à la vie de Jésus a donné lieu à une grande profusion de représentations artistiques alors qu’il n’est pas raconté dans l’Évangile. Les récits bibliques des apparitions post pascales ont voulu exprimer une conviction de foi : le Christ est réellement ressuscité. Il est une personne vivante, qui agit et continue d’agir pour le monde et pour nous. Personne n’a été témoin du moment de la résurrection du Christ ; du coup, les récits du Nouveau Testament concernant les apparitions du Christ ressuscité font une large part au visuel, en insistant sur la corporéité retrouvée du Christ.
Le langage de l’art est particulièrement adapté à penser théologiquement ce thème: représentation du Christ vivant en son corps glorieux, récits de rencontre avec le Ressuscité ou autres métaphores de résurrection. L’auteur situe d’abord chacun des tableaux -reproduits en couleur- dans son contexte historique et recherche la problématique du peintre. Arrive le moment où, en la contemplant, on se demande en quoi cette œuvre nous aide à penser la résurrection du Christ et comment les textes bibliques de la résurrection peuvent nous aider à approfondir la compréhension de cette production artistique. Ainsi la résurrection du Christ, qui est dépeinte par Grünewald en un célèbre et attrayant tableau, nous montre le visage du Christ resplendissant comme le soleil, affirmant par là, avec force, que la vie triomphe de la mort.
On pensait que les réformateurs ne prisaient pas les images ; et non, Luther, contrairement à Calvin, admirait beaucoup l’œuvre de son ami Cranach. Pour le Réformateur, «l’image parle au sens et fait jaillir nos images intérieures… Les choses spirituelles, on ne peut pas les comprendre si on ne les saisit pas en image.» Lucas Cranach l’Ancien illustre la théologie de Luther, centrée sur la Croix, en représentant dans un même tableau le Christ sur la croix et le Christ ressuscité : le Christ vaincu par la mort et le Christ vainqueur de la mort qu’il écrase, en même temps que le Diable, avec ses pieds de ressuscité.
Tous ceux qui s’intéressent à l’art -et nous sommes nombreux!- se délecteront à la lecture de cet ouvrage qui présente tant de connaissances sur des artistes connus comme Rembrandt, Van Gogh et d’autres.

Monique Desthieux

 

Christophe Chalamet
Une voie infiniment supérieure. Essai sur la foi, l’espérance et l’amour
Genève, Labor et Fides 2016, 254 p.

Dans son essai l’auteur, professeur à la Faculté de théologie de Genève, cherche le sens que peuvent avoir aujourd’hui ces trois vertus que sont la foi, l'espérance et l'amour, en tant qu’actes humains répondant à un autre acte qui les fonde : la puissance de l’Esprit. La foi, comme confiance, découle de la fidélité de Dieu à lui-même et au monde. L’espérance s’oriente vers l’horizon de la justice, c’est-à-dire de notre juste relation avec Dieu, avec nous-mêmes, le monde et le prochain. L’amour, enfin, a la primauté sur la foi et l’espérance en ce sens qu’il ne cesse jamais. Il caractérise jusqu’au tréfonds l’acte et l’être de Dieu.
Quand il en vient à l’espérance et à la dimension eschatologique de l’Évangile -ce qui vient oriente notre manière d’être et d’agir dans notre présent-, l’auteur examine la voie chrétienne et les autres voies religieuses. Quelle place accorder à l’une et aux autres? Une question cruciale. Si l’événement historique Jésus Christ est décisif, les chrétiens ne sont pas seuls à connaître Dieu. Toute la vérité ne se concentre pas dans le christianisme. Quel est le rapport entre la foi chrétienne et les autres croyances et chemins de foi de notre monde?
Nous sommes alors en face de plusieurs positions. Pour l’inclusivisme, tout homme a une foi chrétienne implicite : Jésus Christ est l’unique Seigneur et sauveur, mais les diverses traditions religieuses contiennent des éléments de vérité ; la confession de la foi chrétienne n’est donc pas le seul moyen de parvenir au salut. Les exclusivistes, de leur côté, ne veulent pas de chrétiens anonymes, comme l’avait proposé Karl Rahner. Et les pluralistes, pour leur part, estiment que les diverses traditions religieuses convergent vers la vérité, qui est Une, et que l’accès privilégié de la foi chrétienne est insupportable; il faudrait renoncer à ce privilège. La contradiction interne du pluralisme, c’est qu’il exclut ce qui le contredit et demande à chaque tradition de renoncer à des aspects centraux de son essence.
Les trois approches –inclusivisme, exclusivisme et pluralisme- sont inadéquates pour Chalamet. L’auteur reprend la formule du théologien jésuite Joseph Moingt: l’accord entre les religions est une symphonie différée. Et il ajoute: «L’Esprit de Dieu sauve, non le christianisme ou la foi. Il est toutefois difficile de reconnaître l’action de Dieu dans une tradition où la divinité écrase l’humain. Nous pouvons dire de Dieu ce qu’il n’est pas, mais il faut laisser ouverte la possibilité que l’ultime soit la visée des grandes religions.» La voie infiniment supérieure reprend le verset de 1Co 12,31, qui annonce l’amour et sa primauté.
Le sujet de cet ouvrage a fait l’objet de deux séminaires à la Faculté de théologie. Ce livre est remarquable et extrêmement documenté, discutant les auteurs contemporains catholiques et protestants aussi bien qu’Augustin, Thomas d’Aquin et Luther. Il est accompagné de plusieurs index.

Jean-Daniel Farine

 

Jean-Christophe Perrin
Penser l’au-delà de la mort en Orient et en Occident
Paris, Harmattan 2016, 258 p.

«Devant l’énigme de la mort, deux tentations sont possibles: être obsédé par la mort comme l’étaient les Égyptiens, ou la refouler comme le font les Modernes. Mais ni l’une ni l’autre de ces solutions ne pourront nous aider à apprécier la vie.» Jean-Christophe Perrin, enseignant pendant quinze ans de philosophie morale et d’histoire des religions au Canada, aujourd’hui pasteur de l’Église protestante unie, nous invite à relire le Livre des morts égyptien et le Livre des morts tibétain. À eux deux ces livres résument les croyances dans l’au-delà des cinq grandes religions du monde.
«Un point commun de toutes ces religions est le lien entre une vie moralement bonne et le sort dans l’au-delà. » La mort n’est pas la fin de tout, mais un passage vers une autre forme de vie. «Philosopher ne consiste pas à ‹vivre pour la mort› comme le voulait Heidegger, mais de vivre pour la vie tout en sachant que l’on va obligatoirement mourir.»
Cette vaste fresque éclaire la variété des croyances pour assumer sa vie pleinement. Les convictions sur l’au-delà sont la saveur, la couleur de notre propre vie… mais ne disent que des vérités relatives, propres à chaque religion. Il ne s’agit que de foi. Ceux qui sont passés au-delà ne reviennent jamais nous réconforter quant à nos interrogations!

Marie-Thérèse Bouchardy

 

François Gachoud
Explorer l’intime, au cœur de nos jardins secrets
Gollion, La Source Vive 2016, 208 p.

L’auteur, professeur de philosophie, pour explorer l’intime au cœur de nos jardins secrets, imagine un dialogue : un professeur à la retraite reçoit un jour un téléphone d’une de ses anciennes élèves devenue archéologue et vivant en Grèce. Elle l’invite pour un séjour dans sa maison au Cap Sunion afin de pouvoir, pendant quelques semaines discuter avec lui. Ce livre relate leurs entretiens et quelques conversations téléphoniques ultérieures. Le titre expose clairement leur fil rouge: l’intériorité fait de chaque être une personne comparable à nulle autre, en un mot irremplaçable.
Avec délicatesse, le philosophe, qui selon lui est un élaborateur de concept, analyse la culpabilité d’un enfant abusé dont l’harmonie a été mutilée. Quelques jours plus tard, on s’approche de la notion d’âme, présente dans quasi toutes les cultures et civilisations, distincte du corps mais jamais séparée tant que nous sommes vivants, et qui serait le principe de la vie invisible, le souffle.
Lors d’un entretien, la conversation tourne autour de l’amour de soi, du respect d’autrui et de sa dignité. Une femme violée est volée dans sa dignité profonde, la violence dont elle a été victime porte atteinte à sa propre vie. Puis, c’est J. J. Rousseau, avec son intuition sur la question de la beauté et de l’amour, qui va occuper le centre de la scène: «L’homme est bon par nature, c’est la société qui le corrompt.» Par nature, Rousseau entend le sentiment intérieur: «La vie est l’Origine, il la nomme nature.» Selon Aristote, convoiter des choses qui sont bonnes à nos yeux mais qui causent du mal à autrui ne peut être considéré comme bien. Le philosophe Levinas souligne que la recherche du bonheur conduisant à la donation de soi (croyant ou non croyant) rejoint la parole du Christ: «Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites.» C’est, nous dit le philosophe, en apprenant à donner qu’on reçoit ! Schopenhauer, qui voit l’univers comme absurde et sans Dieu, tente de trouver des stratégies en quête d’un vouloir vivre afin de fuir ce monde qui ne produit que souffrance et ennui. Pour Nietzsche, qui le suivra, ce vouloir vivre c’est le concept de Volonté de puissance, le déploiement de potentialités, dans le seul but d’être plus intensément soi-même, jusqu’à l’ivresse, rejoignant là les mystiques mais sans Dieu.
Puis vient une grande question: Dieu peut-il être intime? Oui, nous répond saint Augustin dans ses Confessions. Où cherchons-nous des signes révélateurs de l’intime? Quelle place pour la pudeur dans cet espace intime? Livre intense. À lire lentement, très lentement mais quelle belle expérience!

Marie-Luce Dayer

 

Lytta Basset
La Source que je cherche
Paris, Albin Michel 2017, 304 p.

«Pourquoi tenter de nommer cet Indicible que nous cherchons? […] Pourquoi, après avoir trouvé Dieu, éprouvons-nous toujours le sentiment de ne pas l’avoir trouvé?» Au travers de sa propre expérience, Lytta Basset essaie de rejoindre le lecteur ou la lectrice dans sa quête spirituelle. Face à l’incapacité de dire «Dieu», elle nous incite à rester des chercheurs, à nous mettre constamment en chemin, «en quête du Réel comme un dynamisme inépuisable». En se débarrassant des vieux oripeaux de Dieu (dieu méchant, pervers, indifférent, impuissant…), en brisant les idoles, l’intuition d’une Source ouvre une expérience inattendue, une recherche qui met en joie, qui éclaire l’intelligence.
Pétrie de textes bibliques, Lytta Basset poursuit sa quête du Vivant, d’un «Dieu qui libère… mais dont nul ne peut voir le visage… un Dieu qui donne aux humains un poids de lumière». La page est à écrire, chaque jour, «au cœur même du Vide». « Les lecteurs et lectrices seront-ils rejoints -éventuellement nourris- par ce que j’ai tenté d’évoquer? […] La Source que je cherche, c’est à chaque fois la source d’une libération -par rapport au carcan dans lequel nos actes, paroles, pensées, croyances, sentiments se trouvaient formatés, donc asphyxiés.»
Oui, tout ce que Lytta Basset a mis d’elle-même dans cet essai rejoint les interrogations ou les démissions de celles et ceux qui ont pris le large des institutions, faute d’avoir pu y trouver une crédibilité de l’expression «Dieu», par peur de se remettre en question, par stagnation de l’intelligence, par paresse ou par peur du vide. Elle ouvre une brèche vers l’Altérité, le Tout-Autre, la Source, le Lieu, le Vivant… Autant de manières symboliques de nommer Dieu, qui n’enferment pas mais mettent en marche.

Marie-Thérèse Bouchardy

 

Dominique Bourg, Jacques Maire et Philippe Roch (dir.)
Faire la paix avec la Terre
Genève, Jouvence 2017, 192 p.

Les quatorze contributions de cet ouvrage sont le résultat de deux rencontres éco-spirituelles tenues au Val de Consolation, ancien monastère du XVIIe siècle, dans un majestueux environnement du Jura français. Sont rassemblés les principaux acteurs de la Suisse romande de ce courant de pensée, auxquels se sont jointes les voix éminentes de Pierre Rabhi et de Khaled Bentounès, cheikh de la confrérie soufie nord-africaine Al-Alâwiyya. Catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, juifs, bouddhistes et représentants de la religion des origines, ce chamanisme qui reste l’inspiration des peuples premiers, joignent leurs voix pour aller à l’essentiel. À savoir que nous avons perdu le nord et ne sommes plus capables de trouver un sens à la vie, notre esprit se trouvant colonisé par une fuite en avant vers la possession matérielle. Alors l’âme s’assèche et le corps ne perçoit plus le monde. Nous sommes devenus des hors-sol, qui nous chassons nous-mêmes du Paradis que fut notre Terre, laquelle subit désormais l’Anthropocène, soit la somme de nos agressions irréfléchies. Or chaque fois que nous faisons du mal à la Terre, c’est à nous que nous le faisons.
La rédemption, soit le dépassement de la «démesure anthropocentrique» (Egger), ne viendra pas de rappels à la loi ou à la morale, mais du sentiment profond d’unité, du fait de ressentir dans notre chair l’interdépendance de chaque composante de l’Univers. Apprendre à vivre cette «relation d’interdépendance» (Egger), c’est retrouver «le simple bonheur d’être en vie» (Raurich). Dès lors «les démarches de lutte pour la planète doivent être incarnées dans des démarches intérieures» (Raurich). Pour le Grand Rabbin Guedj, «la spiritualité peut pallier la déficience du discours écologique classique. On comprend que la beauté du monde est le reflet de la présence de Dieu; attenter à cette beauté, dont je suis responsable, c’est attenter au divin, c’est chasser Dieu de la planète.»
Reste une question, obsédante: puisque Dieu a créé toute chose, comment expliquer la formidable ambivalence humaine dont il nous a dotés? Là où Pierre Rabhi invoque la «puissance de la modération», fidèle aux interpellations lucides du protestantisme, la pasteure Marie Cénec ramène au «mystère du mal», à cet homme qui, «meurtri par le mal en lui (…), est néanmoins capable de sagesse, justice et bonté».

René Longet

 

Alexandre Yersin
Voyages chez les Moïs d’Indochine
Genève, Olizane 2016, 196 p.

Incroyables aventures et extraordinaire exploit d’un médecin vaudois dans la partie sud de la cordillère Annamitique, de 1890 à 1894, avec tous les risques encourus : pluies diluviennes, chemins pas toujours tracés ou accessibles seulement à dos d’éléphant, sangsues, tigres, accueils plus ou moins mitigés… Alexandre Yersin, curieux et téméraire, traverse des régions dont les populations sont minées par des guerres intestines. Impossible de voyager léger dans ces régions où l’argent n’a pas cours et où il faut échanger ses services contre des cotonnades ou de la bibeloterie, selon le bon vouloir des chefs de village. Le médecin a appris à aimer ces « sauvages », les Moïs: «Ce sont de grands enfants qui ont besoin d’être dirigés par une main forte et juste», dit-il. Cartographie, vaccinations, diplomatie pour réunir des tribus en guerre les unes contre les autres.
Ce sont les récits de quatre de ses voyages qu’il retrace ici, parus dans diverses revues et publications entre 1893 et 1943. Plus tard il découvrira le bacille de la peste, à Hong-Kong. Une lecture riche en rebondissements et en humanité.

Marie-Thérèse Bouchardy

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