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mardi, 01 mai 2018 15:35

Liberté pour les trois de Briançon

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Bastien3Manifestation du 1er mai 2018 en faveur des trois de Briançon. © Lucienne BittarLe tribunal de Gap a accepté la demande de liberté provisoire des "trois de Briançon" jusqu'à la date de leur procès, le 31 mai. Les deux Genevois, Bastien et Théo, ainsi que l'Italienne Eleonora vont donc pouvoir sortir de la prison de Marseille. Le soulagement est grand pour leurs familles et leurs amis qui se sont mobilisés sans relâche depuis leur détention, notamment lors du défilé du 1er mai, sous cette banderole et sous les cris de Solidarité sans frontière. Retour sur les faits

 

Samedi 21 avril, en plein débat parlementaire français sur le projet de loi Asile et Immigration, le groupe d’extrême-droite Génération identitaire mène une action anti-migrants au col de l’Echelle (1762 mètres d’altitude), à Montgenèvre, dans les Hautes-Alpes. C’est le plus bas col entre la France et l’Italie et un lieu de passage des migrants qui, malgré les dangers encourus, l’empruntent même en hiver lorsque la route est fermée. Ce samedi 21 avril donc, écrit Pierre Isnard-Dupuy de Reporterre, «une trentaine de jeunes militants et militantes [de Génération identitaire] venues de toute l’Europe montent la garde le long d’une clôture de plastique orange. Nous avons pris possession du col et matérialisé la frontière pour signifier aux migrants qu’ils ne doivent pas passer, explique Marc. (…) Ce coup de communication a fait parler jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale.»

Le lendemain, une marche de soutien aux migrants est organisée en guise de contre-manifestation. Un cortège de 100 à 300 ans participants part du col de Montgenèvre et escorte jusqu’à Briançon, dans le calme, une trentaine de migrants venus d’Italie. Parmi eux, les trois jeunes qui, depuis, sont devenus les trois de Briançon.

Traités comme des criminels

Arrêtés à Briançon avec quatre Italiens, les deux Genevois sont transférés à Gap pour une garde à vue. Alors que trois des Italiens sont libérés, Théo et Bastien, à l’issue d’une comparution immédiate deux jours plus tard, sont envoyés aux Baumettes, la prison de Marseille, une des plus insalubres et dures de France, pour une détention provisoire. Les jeunes gens y attendent leur audience au Tribunal de Gap, fixée au 31 mai. Ils se trouvent pour l’instant, jusqu’à jeudi 3 mai en tout cas, au Quartier des arrivants (le plus neuf). Eleonora, pour sa part, est enfermée dans une autre prison de Marseille.

Les trois jeunes gens sont accusés de violation du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui indique que «toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 euros». Mais le procureur leur reproche en sus d’avoir agi «en bande organisée, une circonstance aggravante qui fait monter la peine possible à dix ans d’emprisonnement et 750 d’euros d’amende.

Un important réseau de soutien

L’arrestation de Théo, Bastien et Eleonora et la dureté de leurs conditions de détention a soulevé une vague d’indignation. Un comité de soutien italien, français et suisse, très actif, a aussitôt était mis en place, notamment via les réseaux sociaux Twitter et Facebook sous l’appellation Liberté pour les 3 de Briançon. Des lettres peuvent leur être envoyées et une pétition demandant leur libération provisoire circule. Vendredi 27 avril, la Conférence universitaire des associations d’étudiants de Genève a organisé une conférence de presse, à laquelle ont participé les conseillers nationaux Carlo Sommaruga (PS) et Lisa Mazzone (Les Verts). Le recteur de l’Université de Genève, où Bastien est étudiant à la Faculté des sciences de la société, a contacté de son côté le consul de Suisse à Marseille (Tribune de Genève, 28.04.18).

Bastien1Manifestation du 1er mai 2018 en faveur des trois de Briançon. © Lucienne BittarC’est que l’affaire n’est pas banale et choque les esprits. D'abord, il y a lieu de craindre que les trois jeunes arrêtés fassent les frais d’un procès à valeur d'exemple, en ces temps où la question migratoire focalise les tensions en Europe et divise la France. À noter qu’aucun des participants de la manifestation organisée par Génération identitaire par contre n'a été arrêté.

Délit de solidarité

Ensuite, et surtout, que penser du fait que des jeunes gens politiquement engagés, motivés par une recherche de justice et d'humanité, certes appliquée d’une manière anarchique, mais sans violence, soient traités comme des criminels de droits communs et enfermés parmi eux? Quand un procureur parle de bande organisée, chacun peut imaginer un réseau de passeurs, de malfrats motivés par l’appât du gain. Alors que Théo et Bastien ont agi, expliquent leurs proches, par idéal, motivés par des valeurs altruistes et de solidarité. Bastien est d’ailleurs déjà bien connu à Genève pour son activisme écologique et politique.

La disproportion des mesures prises à l’encontre de ces jeunes et la partialité des forces de l'ordre françaises qui n’agissent pas quand on ferme les frontières, comme l’ont fait ceux de Génération identitaire, mais sévissent quand on les ouvre a été dénoncée lors du rassemblement. Un avis qui rejoint celui d’autres observateurs politiques. Quelques jours auparavant, lors de la conférence de presse du 27 avril, la conseillère nationale verte Lisa Mazzone a ainsi déclaré: «Je dénonce fermement la criminalisation du droit de solidarité» (Tribune de Genève, 28.04.18). De son coté, Amnesty International a rappelé que «les personnes qui défendent et agissent pour le respect et la protection des droits des personnes migrantes et réfugiées sont des défenseurs des droits humains. À ce titre, leur action est couverte par la Déclaration sur les défenseurs des droits humains adoptée en décembre 1998.»

Appel au DFAE

Sous les cris de Libérez nos camarades, une centaine de jeunes, et moins jeunes, ont manifesté à Genève au sein du cortège du 1er mai pour réclamer la liberté conditionnelle des deux Genevois et leur retour en Suisse. Prenant la tête du cortège à partir du Parc des Bastions, côté Place de Neuve, les manifestants se sont vus arrêtés de l’autre côté du parc par les forces de l’ordre. Le rassemblement, qui devait avoir lieu à 15h devant le Consulat français à Genève, s’est donc poursuivi pacifiquement devant les grilles en fer forgé de ce beau parc qui accueille le plus vieux bâtiment de l’Université de Genève et le mur des Réformateurs. Ils ont appelé les autorités suisses à intervenir dans ce sens auprès de l’État français.

Contacté par Marie Prieur, de la Tribune de Genève (28.04.18), la porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Noémie Charton, a indiqué que le Département est «en contact avec les autorités compétentes et assiste ces compatriotes dans le cadre de la protection consulaire». Elle a cependant précisé que le DFAE ne peut pas obtenir des mises en liberté ni intervenir dans des procédures judiciaires d’État souverains, ni même suivre des procès en tant qu’observateur.

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