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dimanche, 25 septembre 2016 20:00

L’école des jardins. En Italie, en Afrique, et en Suisse ?

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SlowFoodSlow Food en est convaincu: une des solutions aux problèmes de sous-alimentation au Sud et de malnutrition au Nord passe par l’agriculture durable et un mode de consommer local qui respecte la biodiversité alimentaire. Le mouvement s’emploie à éduquer des enfants à cette philosophie à travers des jardins scolaires.

«La Terre nourrit le genre humain depuis la nuit des temps, mais ses ressources sont limitées ; ce n’est qu’en adoptant des choix politiques judicieux et un style de vie vertueux qu’il sera possible à l’avenir de trouver un équilibre entre la disponibilité équitable des ressources et leur consommation» (Charte de l’Exposition universelle de Milan, 2015).2 Dans les dernières décennies, on a assisté aux excès de l’agriculture industrielle tels que la monoculture, l’abus de pesticides ou la destruction des forêts. Ces pratiques deviennent insoutenables pour la Terre. Le mouvement international Slow Food, lancé en Italie en 1986, milite pour un autre mode de produire et de consommer, en mettant notamment l’accent sur l’éducation et sur la défense des petites productions locales.

Il a lancé un grand projet en 2010 : réaliser «1000 jardins potagers en Afrique», pour défendre et valoriser l’extraordinaire biodiversité de ce continent et pour y promouvoir la souveraineté alimentaire. Ce chiffre ayant été atteint à la fin 2013, Slow Food a relancé la campagne avec, cette fois, l’objectif de réaliser 10000 potagers.3 Deux types de jardins ont ainsi été développés en Afrique : le jardin potager communautaire et le jardin scolaire. Le premier vise à augmenter les revenus des familles de petites communautés grâce à la vente de fruits et légumes sur les marchés ou à des restaurants locaux ; il permet aussi la valorisation des produits du terroir et l’apprentissage de nouvelles méthodes de culture. Le deuxième fournit aux cantines scolaires des légumes frais pour accompagner les bols de riz ou de mil distribués aux écoliers (leur seul repas journalier parfois). Ces jardins améliorent donc la qualité de vie des enfants, tout en leur permettant d’acquérir des connaissances de base du métier d’agriculteur, qui seront particulièrement utiles à ceux qui ne poursuivront pas leur scolarité.

Formation - action
Les jardins de Slow Food sont aussi développés dans le Nord, en particulier en Italie où leur intérêt est reconnu par le service public. De nombreuses écoles primaires et secondaires intègrent des jardins didactiques. Le but est d’éduquer les nouvelles générations à des modèles concrets d’agriculture durable, c’est-à-dire respectueux de l’environnement, mais aussi à des cultures et traditions locales.
Intitulé Orto in condotta, ce programme s’inspire de la pédagogie de l’Action-Learning (formation-action ou apprentissage par l’action). Les enseignants qui y participent sont formés par des experts de Slow Food à l’agro-écologie, l’éducation au goût, etc. Ils peuvent ainsi proposer aux enfants et aux jeunes des activités motivantes. Les écoliers ont la possibilité de s’initier à des méthodes de culture adaptées à la protection du sol (rotation, paillage, utilisation de compost, lutte biologique, etc.), de découvrir les légumes, les plantes aromatiques et les fruits locaux et de saison, et d’apprendre à produire leurs propres semences.
Depuis sa création, Slow Food, en effet, s’emploie à combattre le dangereux monopole sur les semences des grandes multinationales agrochimiques comme Monsanto et Syngenta, en créant ou en renforçant les petites banques de semences produites par les familles paysannes. Cela dans le but de construire un système agro-alimentaire moins fragile, basé sur la biodiversité et non sur la monoculture.
Ce n’est pas tout. La collaboration des nonni ortolani, c’est-à-dire des grands-parents à la retraite, est demandée lors de la réalisation des potagers scolaires. Les aïeuls s’occupent avec les enfants de l’entretien du potager pendant les vacances scolaires ou les week-ends. Ces activités favorisent les liens intergénérationnels, ainsi que la transmission des savoirs, coutumes et traditions locales.

La Suisse à la traîne
En Suisse, cette idée de jardins didactiques dans les écoles n’est quasi pas développée. De tels potagers permettraient pourtant d’aborder de manière ludique et innovante certains thèmes prévus par le Plan d’études romand pour les disciplines des sciences de la nature (biologie), par exemple ce qui touche le volet Le vivant et les écosystèmes. La création de potagers didactiques selon les méthodes Slow Food www.slowfood.ch) ne demande pas de gros investissements en termes de temps et d’argent. L’expérience a été tentée avec succès sur une parcelle privée de la commune de Veyrier, avec des enfants du voisinage, âgés de 8 à 13 ans.
Ces jardins peuvent devenir de véritables «classes à ciel ouvert», dans lesquelles on apprendrait aux jeunes à vivre en groupe, à respecter la biodiversité locale, à trouver un nouvel équilibre avec le monde, à acquérir des connaissances sur l’importance d’une alimentation saine et à réaliser des recettes faciles avec les produits du potager.
Mais ce type d’activité reste très limité dans notre système scolaire. Les heures allouées à Genève, par exemple, aux sciences naturelles sont insuffisantes pour atteindre cet objectif fondamental de l’école : former de futurs citoyens capables de comprendre et de débattre des « questions socialement vives (comme les OGM, le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité) qui renvoient à des choix éthiques, politiques, environnementaux ».4

Marianna Massa, Genève
membre du Convivium1 Slow Food (www.slowfood.ch) Genève,
enseignante de biologie au Cycle d’orientation

1 • Nom donné aux unités locales du mouvement et qui signifie «vivre ensemble», www.slowfood.ch. (n.d.l.r.)
2 • Voir Annick Chevillot, «La faim de l’humanité», et René Longet, «Alimentation. Une autonomie à reconquérir», in choisir n° 663, mars 2015. (n.d.l.r.)
3 • Almanach Slow Food 2014.
4 • Alain Beitone, «Enseigner des questions socialement vives. Note sur quelques confusions», in INRP / APRIEF, 7e Biennale de l’éducation et de la formation, 14-17 avril 2004.

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