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mercredi, 09 septembre 2020 08:00

Saint Ursanne, le plus suisse des ermites irlandais, mort en 620

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Statue de saint Ursanne représenté allongé dans une grotte, à proximité de la collégiale de Saint-Ursanne @ Yesuitus2001/Wikinmedia Commons/CC BY-SA 2.5Quant on évoque Saint-Ursanne en Suisse, l'esprit vagabonde immédiatement vers cette commune jurassienne et ses trésors architecturaux dont sa collégiale, ses trois magnifiques portes (Saint-Paul à l'ouest, Saint-Pierre à l'est et Saint-Jean au sud) ainsi que son pont sur le Doubs dédié à St-Jean de Népomucène. La troisième ville historique du canton du Jura doit pourtant son nom à un ermite d'origine irlandais mort en 620.  Les Ursiniens.nes célèbrent donc cette année son jubilé.
Mais qui était Ursanne?

Selon la tradition…

Vers l’an 600, Ursanne aurait été un compagnon du moine irlandais Colomban. Chassé avec lui de Luxeuil, Ursanne se serait retiré dans la caverne couronnant l’actuel ermitage. Il y mène, en solitaire et dans la pénitence, une vie si rude et vertueuse, qu’il attire des disciples et des pèlerins, désireux de profiter de son enseignement et de l’imiter, nous conte l'historien et archiviste Jean-Claude Rebetez. Il meurt le 20 décembre 620. Une autre source assure que vers 630, saint Wandrille aurait vécu quelques années en ermite auprès du tombeau d’Ursanne et serait le fondateur du couvent.

…et en réalité

Malheureusement, ces informations nous sont connues par des sources peu fiables rédigées tardivement (XIe siècle).

Portail sud de la collégiale de la fin du XIIe siècle @ Comité du 1400e anniversaire de St-Ursanne/LddHistoriens et archéologues s’accordent toutefois sur l’hypothèse suivante: même si son origine est totalement inconnue, Ursanne a bien existé et a vécu dans la région au début du VIIe siècle. Il est peut-être effectivement lié au couvent de Luxeuil, puisque Germain, le premier abbé de Moutier-Grandval (couvent luxovien proche de Saint-Ursanne), lui dédie une église dans la vallée de Delémont, au milieu du VIIe siècle. À ce moment, Ursanne est donc mort et déjà vénéré comme saint. La présence à Saint-Ursanne vers l’église primitive de très nombreux sarcophages du VIIe et du VIIIe siècle démontre que celle-ci constitue un site religieux très attractif dès le VIIe siècle. On peut logiquement l’expliquer par la présence de la tombe de l’ermite. Par la suite, une localité éponyme se construit à côté de l’abbaye qui deviendra un chapitre de chanoines au XIe siècle. Celui-ci sera supprimé en 1793 et la collégiale deviendra église paroissiale.

1400 ans d’amour, de passions et de questions

Au travail depuis 2013, le comité du Jubilé de la mort de l’ermite a voulu développer deux axes: la mise en valeur du patrimoine religieux à travers des travaux pérennes (sarcophage d’Ursanne, exposition d’objets du trésor, sentier des sculptures, ermitage et circuit secret pour découvrir l’histoire de la ville, l’architecture, l’art et la spiritualité); et l’organisation d’une quarantaine d’événements suscitant divers intérêts.

Car l’imposant héritage de ce saint venu accomplir sa mission en terre jurassienne, est constitutif de l’histoire de nos racines chrétiennes.

Collégiale et cloître de Saint-Ursanne @ comité du 1400e de St-Ursanne/Ldd«En cette période de grandes mutations socio-religieuses et de recherche de sens ravivée par la pandémie, la célébration d’une année jubilaire permet de valoriser notre patrimoine», note Philippe Charmillot, membre de l’équipe pastorale et du comité 1400e. «Les bâtiments, les vestiges archéologiques, les objets sacrés, les écrits laissés par les anciens sont autant de témoignages à mettre en évidence pour mieux comprendre le passé, éclairer le présent et construire l’avenir.»

Ce jubilé -qui se terminera le 20 décembre-, «se veut donc à la fois historique, culturel et religieux, poursuit Philippe Charmillot, mais également source de réflexion existentielle pour l’homme et la femme d’aujourd’hui, en offrant des espaces de témoignages, de découvertes, de créativité, de célébrations, de formations, ancrés dans la tradition chrétienne et fécondés par le dialogue avec le monde des idées, de la culture, des sciences humaines. Cette circulation entre la nef et le parvis, entre l’hier et l’aujourd’hui, reste au cœur de notre projet. Art subtil que celui de la rencontre. Dans notre monde hérissé de murs, nous proposons de conjuguer notre foi aux aspirations spirituelles des gens de 2020. Car tout part de l’ermitage vers l’an 610, se poursuit par la première église du monastère (actuel musée lapidaire). Puis par le cloître et la collégiale. Des bâtiments qui nous rappellent que des êtres humains ont mis leur confiance en Dieu et qu’aujourd’hui encore, nous pouvons découvrir les traces de l’Invisible dans le visible de ce patrimoine religieux afin d’en recevoir un élan pour l’avenir. Ces dix premiers mois de fête ont démontré que l’art, la connaissance et les expériences de foi élèvent l’être humain vers le divin. Car la foi n’est pas de croire quelque chose mais d’adhérer à Quelqu’un.»

Informations supplémentaires sur le site www.ursanne1400.ch

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