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Lettres

jeudi, 16 février 2017 14:35

Jardins intérieurs

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Bleu azur, mauve délicat, orange crème, noir velours : les iris s’étirent vers le ciel avec la fierté de milliers de paons. Comme chaque année, le Jardin des iris du Château de Vullierens est un enchantement. Je déambule parmi les couleurs, comme dans le film Dreams de Kurosawa (1990), dans lequel un amoureux de Van Gogh plonge dans un paysage à l’huile. Mais les visiteurs sont encore plus extraordinaires que les fleurs. Là, un vieux monsieur s’agenouille devant un iris grenat pour le photographier en très gros plan à l’aide d’un énorme appareil photo ; plus loin, une jeune fille s’accroupit pour attraper un iris turquoise dans l’écran de son smartphone. Des centaines de personnes courbées en train d’immortaliser les pétales ourlés : heureux pays que celui où ses habitants s’agenouillent devant la nature !

jeudi, 16 février 2017 13:52

Adieu forêts, adieu jardins !

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Adam qui, nous dit l’Ecriture, était jardinier de son état, eut deux fils : Abel qui gardait les moutons et Caïn qui labourait la terre. Le sacrifice que Caïn offrit au Seigneur déplut à Dieu sans que l’on sache pourquoi. Tous les dieux sont capricieux et celui de la Bible ne fait pas exception. Après la faute de ses parents et le meurtre de son frère, Caïn dut donc travailler la terre à la sueur de son front. C’est de ce malheureux proscrit que descend l’infortunée race humaine. L’homme fut donc dès l’origine laboureur et berger. Il débroussaillait la forêt et apprivoisait les bêtes que le Seigneur avait créées fières et sauvages, comme le tigre de William Blake et du douanier Rousseau qui broie la gazelle dans ses puissantes mâchoires avant de la dévorer.

jeudi, 09 février 2017 15:10

Matin de cendres

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SägeserLa revue choisir a donné carte blanche au jeune écrivain vaudois Florian Sägesser, auteur de Point de suture (Olivier Morattel Editeur), livre sélectionné pour le Prix littéraire SPG qui récompense la première œuvre littéraire d’un auteur romand, écrite en langue française et éditée par une maison d’édition suisse romande parue entre le 1er février de l'année écoulée et le 31 janvier de l’année en cours. Il sera remis lors du 33e Salon du livre et de la presse de Genève qui se tiendra du 26 au 30 avril prochain.

Mon café me brûle. Matin de cendres. Je me consume, ne subsiste que l'amertume. Le goût des regrets. Je repense à la veille, puis à l'avant-veille, puis à avant-avant-hier. Je pense à aujourd'hui, le chant de la monotonie, les notes de la mélancolie. J'imagine demain. J'esquisse après-demain, mon jour de congé, je pourrais faire une grasse matinée – suis-je encore capable de faire une grasse matinée?

samedi, 31 décembre 2016 13:35

La berceuse de la nuit aux loups. Conte

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La nuit, temps des rêves, de l'attente, mais aussi des peurs. Pour son premier numéro de l'année, choisir vous invite à pénétrer dans cet univers. Et à démarrer l'aventure avec ce conte, offert à nos lectrices et lecteurs par Marie-Luce Dayer.

Maya se trouvait laide, sans charme, ignorante, sans valeur. Personne, selon elle, ne lui témoignait une admiration quelconque et dans sa famille, elle était persuadée d’être le mouton noir. Dans le champ de ses amies, il y en avait bien une ou deux qui étaient sympathiques, mais elles avaient toutes des intérêts qui ne la branchaient pas. Elle avait seize ans et ne savait pas que faire de sa vie ! Un professeur de langues lui conseilla de partir étudier une langue étrangère. Ça pourrait toujours lui servir. Elle se laissa conseiller et accepta un poste de jeune fille au pair dans un pays nordique.

Quittant famille et amis, elle prit la direction du Nord. Elle ne savait pas que celui-ci est le lieu de toutes les patiences, de toutes les germinations, mais elle l’apprit peu à peu.

mardi, 29 novembre 2016 14:00

Une littérature impure

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Des goûts et des couleurs en littérature, de leur bien-fondé ou de l’inanité ou de l’inutilité des jugements littéraires. Sur quel critère sont-ils fondés? Le goût change, l’homme aussi. Ce que l’on aimait hier, l’aimera-t-on aujourd’hui ? Relit-on ce qu’on a aimé enfant? Finit-on toujours les lectures commencées? Se souvient-on même de ce que l’on a lu? Où finit le bavardage? Où commence la littérature  L’enfant distingue-t-il entre la grande et la moins grande littérature? Ces distinctions ne sont-elles pas le fait d’adultes rassis, de dégustateurs un peu blasés qui n’ont plus grand appétit.

lundi, 28 novembre 2016 16:09

Le philosophe caméléon

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Le poète John Keats disait: «Ce qui choque et scandalise le vertueux philosophe comble d’aise le poète-caméléon.» On peut se demander si le courant moderniste ou post-moderniste de la philosophie occidentale n’a pas fait sienne, en la prenant dogmatiquement au sérieux, l’assertion d’un poète qui n’était lui-même, comme il le dit, qu’un caméléon. Car il s’agit bien là d’une contestation radicale de l’esprit de sérieux, de fixité et de certitude, par des philosophes qui se posent comme des antiphilosophes, des contre-philosophes, sans pour autant être des poètes. Des poètes de la philosophie.

gerard colombatL’automne arrive, et avec les attendus prix Nobel 2016. L’an passé, le prix littéraire a distingué pour la première fois une femme de langue russe, Svetlana Aleksandrovna Alexievich, pour son œuvre engagée et courageuse, qui part et parle des profondeurs du cœur. Et qui dénonce les mensonges de l’État soviétique.

« Si tu es blessé, ne crains pas de m’appeler. Appelle-moi, toute honte bue. Et moi, j’irai jusqu’à ta porte, même par des chemins semés d’épines. Je veux que personne, même pas Dieu lui-même, n’ajuste l’oreiller sous ta tête. » (Gabriela Mistral, Poemas del éxtasis, IX)
Svetlana Aleksandrovna Alexievitch raconte qu’elle était en train de repasser du linge lorsqu’elle reçut l’appel de l’Académie de Suède lui annonçant qu’elle était la lauréate du prix Nobel de littérature 2015. L’écrivain habite un petit appartement à Minsk, au bord d’un lac, logement qui changea d’aspect dans les jours qui suivirent ce fameux appel téléphonique.

dimanche, 25 septembre 2016 08:17

Sa rencontre avec Dieu

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AlexisJeni 2016Alexis Jenni 2016 © C. FossatiHomme de lettres et de sciences, Alexis Jenni n’avait enfant qu’une image floue de la foi. Pourtant, du plus loin qu’il se souvienne, l’écrivain français avait «le goût de Dieu». De son parcours d’athée à sa rencontre avec Lui, il a fait un livre : «Son visage et le tien». Choisir lui consacre un article dans sa revue de l’automne et propose ici la vidéo de la conférence qu’il a donnée à l’Espace Fusterie de Genève, en juin 2016, dans le cadre des rencontres «Un auteur, un livre».

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