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jeudi, 03 novembre 2022 18:02

Ce que choisir a été pour moi

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Je sais très bien quand écrire m’est devenu quelque chose de sérieux. C’était en 2018, l’année où j’ai terminé mon premier manuscrit. Après quelques tentatives de publication et quelques refus, j’en ai commencé un autre. Je savais que je n’allais pas me décourager. Mais quand même: c’est qu’on est très seul, lorsqu’on écrit. Et cette solitude, on doit apprendre à l’aimer, et en prendre soin. Mais écrire, c’est aussi lancer des appels à la ronde; on voudrait simplement que quelqu’un nous réponde un jour.

À l’occasion de sa participation au concours d’écriture Le Choix, Fanny Desarzens, vidéaste et écrivaine, s’est faite remarquer par les éditions Slatkine, chez qui elle a publié cette année son premier roman, Galel.

C’est durant cette période, à l’écriture de mon deuxième roman, que mon père m’a fait passer une annonce. La revue choisir lançait un concours d’écriture pour ses 60 ans.[1] Je me souviens bien quand j’ai décidé de participer. Je me souviens, parce que je savais que ça allait être important. C’était une confrontation totale: envers un jury, un éventuel lectorat, envers moi-même. Car, au final, peu de gens m’avait lue jusque-là. Alors, sur le thème Le choix, j’ai créé Lignine.[2]

Écrire me demande un grand effort. Parce qu’il s’agit de démêler des nœuds. De faire passer des choses trop grandes dans un entonnoir. Ou encore de chasser les idées comme on chasserait des beaux papillons, avec un filet aux mailles trop larges. Parce qu’écrire, c’est prendre l’immense pour le caser dans le tout petit, sans rien casser, sans rien abîmer. Que ça garde la même force, même à cette place-ci, créée rien que pour ça. Et être lu, ensuite. Savoir si cette force qu’on a ressentie s’est transmise ou non. Cette force, je la nomme amour. Parce que c’est pour cela, je crois, que j’écris: c’est ma manière de dire que j’aime.

Et donc, ma nouvelle Lignine a vu le jour. J’ai appris qu’elle avait été sélectionnée au mois de juin 2020, dans les vignes de Lavaux où je travaillais. De ce moment aussi, je me souviens. Du choc que cette annonce a été. De mon soulagement et de ma joie. choisir m’a permis de vivre tout cela; cette première et grande émotion de se dire: on a lu ce que j’ai fait.

J’ai été peinée d’apprendre que la revue tourne sa dernière page. Mais je sais qu’il y a de ces choses qui durent: pour moi, ce sera la reconnaissance. Car vous avez été les premiers à donner une matérialité à mes mots.

Pour finir, je voudrais citer Christian Bobin: «Écrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir.» Voilà ce qu’est et restera pour moi cette revue: une porte qui m’a été ouverte.

[1] Cf. Lucienne Bittar, choisir fête ses 60 ans et lance un concours de nouvelles!, 4 novembre 2019. (n.d.l.r.)
[2] Cette nouvelle a été publiée dans Le choix. Recueil de nouvelles de jeunes talents, Genève-Carouge, Slatkine-Revue choisir 2021, 124 p., frs 25.- Un livre à commander auprès de (n.d.l.r.)

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Coédité par choisir et les éditions Slatkine, ce recueil regroupe douze nouvelles retenues par le jury du concours pour écrivain(e)s lancé par notre revue lors de son 60e anniversaire.

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Michel Gounot Godong

Hier traîtres ou champions de la version, aujourd’hui passeurs de culture, voire même auteurs, les traducteurs suscitent un intérêt certain. Une évolution qu’analyse Josée Kamoun.


Michel Gounot Godong

Scénarios de films imbibés de whisky, cinéastes alcooliques, publicités pour des marques de bière: l'ivresse côtoie depuis des décennies Hollywood. Virée éthylique avec Patrick Bittar dans le cinéma étasunien.