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jeudi, 06 août 2020 09:09

Des nouvelles de Beyrouth

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Résidence jésuite à Beyrouth après explosion © Michel Nader sj, 4 août 2020Les explosions survenues le 4 août 2020 dans le port de Beyrouth ont frappé un pays déjà au bord de l'effondrement économique et social, et cela en pleine pandémie de coronavirus. Cet article se base sur des informations données par l'agence cath.ch, notamment par le journaliste Jacques Berset, et sur le témoignage du jésuite libanais Michel Nader sj, présent sur les lieux au moment des faits, qui donne des nouvelles de la communauté jésuite de Beyrouth (voir la fin de l'article).

À Beyrouth, l'onde de choc des deux explosions a détruit ou gravement endommagé les bâtiments dans un rayon d'un kilomètre. Plus de 130 personnes ont été tuées, 5000 blessées et 300'000 personnes sont actuellement sans abris. Le Premier ministre libanais Hassane Diab a affirmé que cette catastrophe était due à l'explosion de quelque 2750 tonnes de nitrate d'ammonium entreposés illégalement dans le port de Beyrouth, désormais hors-service. Les vitres de nombreux immeubles, églises et magasins ont volé en éclats à des kilomètres à la ronde. Le Conseil supérieur de la défense a ainsi déclaré Beyrouth «ville sinistrée».

À la première page d'An Nahar, le premier quotidien de langue arabe au Liban, on peut lire: «Le gouvernement défaillant se suicide... Catastrophe.» D'autres journaux titrent: «Beyrouthoshima».

Beyrouth, 4 août 2020. © Aide à l'Eglise en détresseLe pays, structurellement affaibli, qui a recueilli plus de 1,5 million de réfugiés syriens depuis le début de la guerre en Syrie, est au bord de la faillite. Alors que des centaines de milliers de réfugiés vivent dans des camps dans des conditions catastrophiques, la population locale est également de plus en plus pauvre. On estime qu'un tiers de la population libanaise et deux tiers des réfugiés syriens au Liban vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le système de santé souffre également énormément de la crise économique. De très nombreuses personnes n'ont pas accès aux soins médicaux nécessaires, ou insuffisamment. La crise du coronavirus, qui a durement touché le Liban, a encore aggravé la situation. Le soir de l'explosion, Beyrouth était confinée pour la deuxième fois.

Les couvents et communautés religieuses ouvrent leurs portes 

«Tout cela survient alors que près de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté depuis la “révolution” qui a commencé le 17 octobre 2019», confie à cath.ch le Père Samih Raad, professeur au séminaire interdiocésain de Metz, où il enseigne le dogme et le dialogue interreligieux. Toute sa famille a quitté les lieux dévastés et le mari de sa cousine, blessé, se trouve dans un hôpital à Jbeil (l'ancienne Byblos).

Les quartiers d'Achrafieh, quartier chrétien de l'est de Beyrouth, Bourj Hammoud, fief de la communauté arménienne du Liban, Dora, autre quartier à majorité chrétienne, de même Antélias, au nord de Beyrouth, sont durement frappés, ainsi que la Corniche.

«L'hôpital Saint-Georges, également connu sous le nom d'hôpital Al Roum, qui n'avait jamais fermé ses portes durant la guerre civile, n'est plus opérationnel. C'est l'un des trois principaux centres médicaux libanais, situé à Rmeil, Beyrouth. Un appel a été lancé et tous les couvents et communautés catholiques ont rouvert leurs portes pour accueillir les familles dont les foyers ont été dévastés et celles qui fuient les lieux, craignant les émanations toxiques. Les communautés religieuses leur fournissent des vivres et de l'eau. Dans ces circonstances, les Libanais font preuve d'entraide et montrent leur solidarité», poursuit le Père Samih Raad.

La population en colère 

Face à ce désastre, la population est en colère et réclame des comptes à la classe politique. «Le député Marwan Hamadé a présenté sa lettre de démission au secrétariat général du Parlement, appelant à la création d'une commission d'enquête internationale et à l'activation du Conseil supérieur pour le jugement des présidents et des ministres. Un journaliste chrétien, Marcel Ghanem, qui travaille à la MTV, a demandé la démission du président Michel Aoun et de tout le gouvernement: c'est une première dans notre histoire! Mais la population est à bout: la livre libanaise a perdu huit fois sa valeur depuis le début de la crise en octobre dernier. Les gens ont faim et comparent leur situation à celle de 1916, au départ des Turcs, quand la Grande famine régnait dans le pays... Le peuple en a marre de l'incapacité de toute la classe politique!»

Témoignage de Michel Nader sj

Résidence jésuite à Beyrouth après explosion © Michel Nader sj, 4 août 2020Le jésuite Michel Nader témoigne lui aussi de cet état de choc de la population. «Mardi 4 août 2020, aux alentours de 18 heures, temps local, nous avons vu et entendu une très forte explosion non loin de notre résidence jésuite. Une grosse fumée noire monte dans le ciel, tous les immeubles sont secoués, les fenêtres explosent, les portes se déchirent, les faux plafonds sont au sol… Cette scène de désolation et de destruction massive se retrouve partout dans notre résidence de onze étages. La communauté et le collège St-Gregory sont également lourdement endommagés. Dieu merci, nous n’avons eu que deux blessés mineurs.

Dans la ville, plus de 100 personnes ont été tuées et 4000 autres blessées. L’hôpital Hôtel-Dieu de France, tenu par l’Université de St-Joseph, n’a pas arrêté de soigner les blessés; dans les corridors, les docteurs cousent des points de suture.

Les immeubles de l’université et de l’hôpital ont été méchamment endommagés. Partout dans Beyrouth, on voit des fenêtres brisées, la rue jonchée de verre et on n’entend que les sirènes des ambulances et le bruit des fenêtres cassées qu’on nettoie. La ville est en état de choc. Les gens souffraient déjà sous le poids d’une très sérieuse crise politique et économique, la pandémie Covid-19 qui se diffusait, et maintenant cette vague de destruction et démolition s’abat sur eux!»

Appel à la prière 

Les appels à la prière pour les Libanais sont nombreux. S'adressant à la chaîne de télévision australienne EWTN News, le Père Miled el-Skayyem de la chapelle St Jean-Paul II dans le district de Kesrouan, au nord de la capitale libanaise, a déclaré: «Nous demandons à votre nation de porter le Liban dans ses cœurs en cette étape difficile et nous avons une grande confiance en vous et en vos prières, et que le Seigneur protégera le Liban du mal par vos prières.»

Appel aux dons

Une importante aide internationale a aussi rapidement était promise et organisée par nombre d’États et d'ONG. Parmi ces dernières, on compte l'Aide à l’Église en détresse et Caritas Suisse.

L’Aide à l’Église en détresse a décidé d'envoyer de toute urgence une somme de 250'000 euros à Beyrouth qui sera affectée pour venir en aide aux plus pauvres.
IBAN: CH47 0900 0000 6001 7700 3

Caritas Suisse est active au Liban depuis 2012 auprès des victimes de la guerre en Syrie et gère actuellement des projets dans le domaine de la formation et de la réduction de la pauvreté. Caritas Suisse est en contact avec ses organisations partenaires, comme Caritas Liban qui gère plusieurs hôpitaux à Beyrouth, et clarifie les besoins les plus urgents des personnes touchées par l'explosion: aide médicale d'urgence, restauration d'appartements et de maisons. L’œuvre d'entraide suisse au va allouer un premier montant d'aide d'urgence de 100'000 francs.
Compte: 60-7000-4

Traduction de l'anglais en français du témoignage de Michel Nader: Elisa Baldassarre

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Avec, en exclusivité sur notre site, les propos de Pierre Emonet sj, directeur de choisir, et de Charles Morerod op, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.