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mercredi, 10 janvier 2018 10:45

Symbolique des lettres hébraïques

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Amen en hebreuAmen en hébreuDans la tradition hébraïque, chaque lettre est un voile qu’il faut soulever avec délicatesse pour voir apparaître son mystère. Formée à l’étude de la Torah et du Talmud auprès de plusieurs rabbins à Paris, Rivka Crémisi enseigne la symbolique des lettres hébraïques dans l’étude du texte biblique en hébreu. Conférencière, auteure du livre Splendeur des lettres, splendeur de l’être (éd. Dangles), elle soulève quelques bouts de voile pour choisir.

La Kabbale nous explique qu’un mot hébreu est une boîte à bijoux; il faut l’ouvrir avec attention pour découvrir sa beauté faite de mystères à priori insondables. Ainsi, la compréhension symbolique du mot hébreu nous permet de passer du voilé au dévoilement.

Amen

Amen est un mot hébreu absolument magnifique. Il est constitué de trois lettres, Aleph, alphabet hebreu aleph, Mem, alphabet hebreu mem, Noun, alphabet hebreu nun.

La lettre Aleph est toute lumière. Elle porte le chiffre 1 et symbolise donc l’unité, ce qui est à l’origine de tout, le silence primordial, le plan du non manifesté. Aleph est le point de départ, le commencement, l’unité divine par excellence puisque qu’elle est la première lettre du mot Ayin Soph, l’énergie primordiale. Elle débute également les mots «amour», ahavah, et «vérité», émet.

La lettre Mem vient du mot Mayim, qui signifie «l’eau». Ce mot en hébreu est toujours au pluriel, car il s’agit des eaux d’en haut et des eaux d’en bas, témoignage de l’origine de la création lors de laquelle elles furent séparées par la deuxième parole d’Elohim, au deuxième jour de la Genèse.
Mem est une lettre presque fermée et porte un espace en son cœur. Sa petite ouverture vers le bas fait penser à un canal utérin. Le fœtus se développe dans l’eau. Mem nous renvoie à l’origine matricielle, au mouvement vital perpétuel. Mem est ainsi une lettre matrice; elle permet le passage et la transformation. Elle porte le chiffre 40. C’est pourquoi, tous les épisodes de la Bible qui évoquent le chiffre 40, comme par exemple les 40 jours que Moïse a passé au Mont Sinaï pour recevoir la Torah, ou les 40 ans de pérégrinations des Hébreux dans le désert avant d’atteindre la terre de la promesse, Israël, ou enfin les 40 jours que Jésus a vécu dans le désert, tenté par Satan, sont des exemples notoires qui montrent le temps nécessaire d’une maturation, avant de passer une porte de transformation et d’accoucher à une autre dimension.
Noun en hébreu est un poisson des eaux profondes. Cette lettre symbolise quelque chose de caché et d’enfoui dans les profondeurs de la mer et aussi dans notre intériorité. Noun permet la rencontre de l’ombre, des forces encore inconscientes qui ont besoin d’être révélées à la conscience de l’être humain. Ainsi l’homme se défait peu à peu de ses opacités, de ses peaux psychiques, afin de grandir vers la lumière de la Neshamah, le niveau d’âme très spiritualisé.

À travers la compréhension symbolique de ces trois lettres constituant le mot Amen (souvent traduit dans la tradition chrétienne par «ainsi soit-il»), nous pouvons entendre intérieurement que l’être humain reçoit du monde de l’inconnaissable, la lumière d’Aleph; celle-ci s’incarne dans les profondeurs de nos entrailles matricielles, à travers le Mem, pour descendre enfin dans la profondeur du Noun final, monde de nos eaux encore inconscientes. Ainsi, chaque cellule de notre corps est habitée par Amen. Alors, nous pouvons ressentir et exprimer: «Je suis la foi», Ani emounah.

Nééman

Dérivé du mot Amen, en hébreu biblique, le mot nééman signifie la fidélité et aussi celui qui parle bien. Quels liens y a-t-il entre Amen, la fidélité et celui qui parle bien? La fidélité est présente chez celui qui porte la Émounah, la foi. Cette foi dont parle la symbolique hébraïque n’est pas reliée à un dogme mais plutôt à une densité de souffle dans le corps et dans le cœur de l’homme. Cette foi est génératrice d’élan; elle vit dans les viscères, dans le cœur, dans l’esprit. Le souffle dans la bouche de l’homme est nourri de l’énergie de reliance des trois dimensions de Aleph, Mem, Noun. Il parle vrai, il parle bien et donc il est fidèle aux énergies dont il est nourri.

Nous pouvons mieux comprendre maintenant ce que les lettres hébraïques nous apportent. Ce ne sont pas seulement des lettres qui écrivent des mots, des chapitres, des livres. Elles portent et véhiculent directement la lumière d’Ayin soph, l’énergie cosmique, l’énergie de la Source. Chaque lettre est issue de la lumière divine qui lui imprime une qualité et une information spécifique. Le Verbe, les textes fondamentaux, la parole brillent de cet éclat. Les lettres ont une importance fondamentale dans la tradition hébraïque qui est une tradition d’écriture. Lorsqu’on prononce le mot «alphabet», on est relié à l’hébreu par alpha, beta, les deux premières lettres grecques qui viennent de l’hébreu : Aleph, Beth.

Le monde fut créé par le Verbe et c’est également par le Verbe que l’homme traverse les différentes étapes de la naissance à la mort. Et puisque le rapport de l’homme au monde passe par le langage, il faut un langage toujours neuf pour dire cette création et pour construire le futur. C’est pourquoi la structure de la langue hébraïque nous invite à un mouvement dynamique, permettant de voir un nouveau mot dans chaque combinaison possible. La guémaṭriah, qui permet de mettre en relation deux ou plusieurs mots portant la même valeur chiffrée, conduit à nous questionner sur les liens possibles entre ces mots. On entre dans le mot, on l’étire, on l’ouvre, et celui-ci se révèle riche d’une multiplicité de sens qui permet de nouvelles interprétations. Par ce processus, nous rentrons peu à peu dans l’infinitude.

L’alphabet hébreu est beaucoup plus qu’un alphabet; il ouvre un accès à la connaissance universelle par la voie du symbole. En tant qu’être humain, nous n’avons pas la possibilité d’être directement en contact avec l’invisible. Le mystère ne peut être communiqué ainsi, mais il se révèle sous la forme de symboles et de métaphores. C’est à travers le symbole, que nous allons appréhender petit à petit, le monde du caché, le mystère. Il est une voie réelle de communication entre le visible et l’invisible. Les symboles ne sont pas des conventions mais ouvrent un chemin qui permet de se relier et de communier avec l’invisible.

Par la symbolique, nous entrons dans une pluralité d’interprétation du texte biblique qui se situe bien au-delà du sens littéral. Ces nouvelles lectures nous interrogent et nous font cheminer. Le texte est compris et éclairé, en fonction du niveau de réception et de conscience de celui qui l’étudie.
Notre jardin intérieur devient peu à peu un jardin de sens. Ainsi, nous nous approprions le texte qui devient vivant. Par ailleurs, il nous offre des lectures de nous-mêmes.
Les vingt-deux lettres de fondement sont les vingt-deux forces essentielles émanées du Nom Divin unique. C’est sur ces vingt-deux lettres que repose la création toute entière et c’est par ces vingt-deux lettres que la création se développe.

«Il traça et sculpta 22 lettres sorties d’un Tohu Bohu et d’argile…
Vingt-deux lettres fondamentales: il les a gravées, sculptées, permutées, pesées,
transformées. Avec elles, il a représenté tout ce qui a été formé et tout ce qui sera formé.»
Sepher Yetsirah 1/ 11 et 2/2

On pourrait dire que les vingt-deux lettres sont les chromosomes de l’Adam Qadmon, qui est l’être Cosmique, l’Homme Primordial. Les lettres et les mots, les chiffres évoquent les harmonies cachées de la structure du monde telle qu’elle a été établie par le Créateur.
Il est intéressant de noter que l’être humain possède vingt-deux paires de chromosomes homologues, appelés également autosomes plus une paire de chromosomes sexuels X ou Y, selon que nous soyons homme ou femme; vingt-deux paires de chromosomes comme les vingt-deux lettres hébraïques.
L’univers a été créé par les lettres puis par les chiffres. L’ordre cosmique et l’ordre humain sont basés sur des chiffres. Les galaxies, les planètes, les atomes, la musique, l’anatomie du corps humain, l’ADN, les cellules, les molécules sont chiffrés.
L’anatomie est entièrement chiffrée comme la voûte céleste. Notre corps, expression du microcosme est un reflet du grand macrocosme. Le chiffre n’est pas un numéro mais une qualité vibratoire, une qualité de résonance.
L’anatomie est l’étude du caché, du plus petit, en nous. Par sa symbolique, elle révèle notre corps divin.
Nous déchiffrons le corps comme nous déchiffrons un texte.

L’anatomie est l’inscription de la résonance divine dans la matière, dans l’incarnation. La matière corporelle est la traduction du divin. Le corps est là pour témoigner que le souffle sacré existe. Le corps est la mémoire de l’humanité, la charpente du temple. Le troisième temple sera un corps de chair, un corps de souffle.

Chaque lettre est porteuse de vibration, de symbolique, de mémoire de l’univers. La lettre est toute lumière. Chacune d’elles est la cristallisation de l’un des aspects de la manifestation du verbe divin.
Les mots sont des vortex d’énergie qui prennent forme quand ils descendent dans la matière.
Les lettres servent de fil conducteur pour retrouver le sens profond et la présence divine au cœur de toutes choses. Elles sont un outil précieux de passage pour cheminer vers notre source, gal, galHebreux3
Les lettres constituent un tissage vibratoire. L’infini se transforme en fini dans les lettres. Elles sont vibrations sonores de l’univers, énergies vivantes de lumière, sources et facteurs de guérison.
Les lettres sont des braises, notre étude et notre souffle les transforment en flammes de vie.

Spendeur CremisiRivka Crémisi, Splendeur des lettres, splendeur de l’être, Toulouse, Dangles 2016, 414 p. Plus d'informations sur le site www.rivka-cremisi.com

Rivka Crémisi propose des stages de Symbolique et calligraphie des lettres hébraïques en co-animation avec Shinta Zenker, peintre, calligraphe et enseignante de calligraphie hébraïque et de calligraphie latine. Elle sera à Crêt-Bérard, près de Lausanne, pour trois week-end, les 27-28 janvier et les 14-15 avril prochain. Inscriptions: Crêt-bérard au 00 41 21 946 03 60

 

Pour visiter autrement la tradition de la Kabbale et l'alphabet hébraïque, lire L'hébreu, langue initiatique, par Élisabeth Smadja, paru dans le dossier "Invisible" du numéro 686 de la revue choisir. À commander à (Fr. 13,50 + frais de port)

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