banner religion 2016
jeudi, 28 septembre 2017 11:12

La spiritualité dans les hôpitaux

Écrit par

FrickLes questions spirituelles, sur le sens de la vie, sont des questions humaines universelles. Le jésuite allemand Eckhard Frick plaide depuis des années pour un accompagnement spirituel n’excluant personne dans les hôpitaux et dans toutes autres structures de soins.

Médecin psychiatre, spécialiste en médecine psychosomatique et psychanalyste, il a été ordonné prêtre en 1992. Jusqu’en 2015, il a été chercheur et enseignant dans le domaine de l’accompagnement spirituel à l’Université de Munich. Depuis 2015, il dirige le centre de recherche Spiritual Care à l’Université technique de Munich et enseigne à la Haute école de philosophie.

Il a été interviewé par Zeilupe, le magasine mensuel de Pro Senectute suisse (n° 10, octobre 2017).

Usch Vollenwyder: Quelle différence y a-t-il entre les questions religieuses et les questions spirituelles?
Eckhard Frick : «On peut renoncer à une appartenance religieuse, adhérer à une Église ou en sortir. Les questions spirituelles -celles qui concernent le sens, l’origine et la destination- sont des questions humaines. Depuis toujours et dans toutes les cultures, les croyants, comme les athées, cherchent des réponses. Finalement, même la conviction que la vie est déterminée par la physique et la chimie est une réponse.»

Alors, d’après vous, tous les êtres humains sont spirituels?
«Il y a de grandes différences. Le sociologue Max Weber et le philosophe Jürgen Habermas disent d’eux-mêmes qu’ils n’ont pas ‹l’oreille musicale religieuse›. À mon avis, en définitive, il n’y a pas d’être humain dépourvu de ‹l’oreille musicale spirituelle›. En effet toute personne a un esprit -en latin spiritus- qui lui est indissolublement lié. C’est pourquoi personne ne devrait être privé d’une aide spirituelle.»

Comment définissez-vous l’accompagnement spirituel des malades?
«On est en présence, d’une part, des souhaits et des besoins spirituels des patientes et patients et, d’autre part, de la prise en charge, c’est-à-dire des soins, du souci que l’on a d’eux dans les professions de la santé. Il faut que médecins et soignants aient une compétence spirituelle, que chez eux, intérieurement, les feux soient au vert pour les questions spirituelles. Des sondages montrent que les malades souhaitent que leur médecin ne se contente pas de combattre les symptômes de leur maladie, mais qu’il les accompagne durant cette période difficile. Et l’on ne peut pas ici ignorer les demandes d’ordre spirituel.»

N’est-ce pas trop exiger du personnel médical?
«La familiarité avec la spiritualité et les capacités à communiquer devraient faire partie de la formation en vue des professions médicales. Les questions spirituelles ne peuvent plus être simplement déléguées à l’aumônier. La spiritualité des professionnels de la santé est une source d’énergie que l’on ne fait que commencer à découvrir.»

Les aumôniers seront-ils donc un jour superflus?
«La grande qualité de leur formation, leur spécialisation et leur expérience sont importants dans le domaine de l’accompagnement spirituel. Ce serait faire preuve de courte vue que de ne pas intégrer des professionnels d’une telle qualité dans l’ensemble des soins entourant la fin de vie. Et cela d’autant plus que la conception qu’ont de leur profession la plupart des accompagnateurs pastoraux a évolué, passant de restrictions dogmatiques étroites à une ouverture interreligieuse. Dans l’intérêt des patients, les compétences particulières de l’accompagnement pastoral et l’ouverture du personnel médical en matière de spiritualité se complètent.»

Peut-on apprendre à « bien » mourir?
«On entend souvent des conseils tels que ‹Tu dois lâcher prise› ou ‹Réconcilie-toi›. Mais aucune personne bien-portante ne peut dire à un mourant comment il doit ‹bien› mourir. Certains meurent sans s’être réconciliés. D’autres refusent jusqu’au bout de lâcher prise. Je m’oppose à l’idée d’une mort conforme à un modèle donné; pour la mort, il n’y a pas de norme. J’aime ce poème de Rainer Maria Rilke: ‹Seigneur, donne à chacun sa propre mort, celle qui vient de la vie dans laquelle il a trouvé l’amour, le sens et la détresse.›

Vous êtes médecin, théologien et prêtre jésuite. Où va votre préférence?
«En tant que scientifique, je m’étais tout d’abord entièrement consacré à la médecine psychosomatique; ce n’est qu’au cours de mes recherches à l’Université de Munich que ces deux domaines ont convergé. Mais si je devais aujourd’hui choisir entre la médecine et la spiritualité -par exemple parce que ma mort serait imminente- je choisirais la voie spirituelle. Pourquoi suis-je entré dans l’ordre jésuite? À cause de cette parole de notre fondateur, Ignace de Loyola, qui me fascine jusqu’à ce jour: ‹Chercher et trouver Dieu en toutes choses›. Et je suis reconnaissant de la retrouver sans cesse dans mon cadre de vie, même dans notre monde technologique, sécularisé et souvent si éloigné de Dieu.»

Reproduction autorisée par Zeilupe, traduction en français par Claire Chimelli, pour choisir.

Lu 124 fois

Dernier de Usch Vollenwyder

Plus dans cette catégorie : « Se tenir là Accompagnement en fin de vie »