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lundi, 03 juin 2019 10:26

Un moyen, pas une fin

Un jour, alors que j’étais au noviciat et que nous évoquions l’ascèse, ma curiosité fut titillée et je sollicitai un entretien avec le maître des novices. Je lui demandai à quoi ressemblait la discipline, ce petit fouet dont j’avais entendu parler. Il me regarda un peu surpris, puis il sourit, se leva et revint avec une boîte…

Bruno Fuglistaller sj, Genève, accompagnateur spirituel; il est enseignant à l'Atelier œcuménique de théologie (AOT) à Genève.

Dans la boîte, il y avait une discipline et un cilice. Il m’expliqua qu’il avait récupéré l’objet de l’ancien noviciat, comme une sorte de souvenir. Cela m’avait laissé perplexe: un souvenir dans une boîte…

Plus tard, lors des années de vie religieuse qui suivirent, j’ai eu l’occasion d’entendre mes aînés évoquer leur expérience du noviciat, et pour certains de la discipline. Inutile de dire que la plupart d’entre eux l’avait pratiquée …  avec modération …  quand il l’avait pratiquée.

Au-delà de la question de l’ascèse et de la spiritualité, le terme discipline renvoie à une rigueur exercée sur soi ou d’autres. Au nom de quoi? en vue de quoi? et que régule-t-on? Parce que, finalement, c’est de cela qu’il s’agit. Les militaires, les religieux, les sportifs, les tenants de régimes alimentaires s’astreignent tous à des formes de discipline. Je suis admiratif devant la discipline avec laquelle certains s’engagent dans des activités, voire des états de vie, mais, si je suis honnête, toujours un peu perplexe aussi. Je me suis rendu compte, en effet, que certaines formes de rigueur s’autosuffisaient. La discipline, certes, peut se justifier par elle-même, sans autre forme de raison, mais la seule façon de la vivre sainement est quand elle ne trouve pas sa finalité en elle-même. Quand elle conduit vers autre chose ou rend autre chose possible.

Quel sens?

Dès lors qu’elle nous ouvre à un chemin qui dépasse son application, nous pouvons l’intégrer. Nous ne l’utilisons pas parce qu’il est bon que nous le fassions, mais parce qu’elle devient une activité qui fait sens et qui procure même une forme de satisfaction. Pas la discipline, mais ce qu’elle permet de vivre. Et si elle est vécue en vue de quelque chose, elle peut être très libérante.

Alors aujourd’hui, quand je pense à mon maître des novices qui avait gardé le souvenir de cet objet discipline -et qui je pense s’y était soumis-, je le vois comme un homme devenu vraiment libre, parce qu’ancré en lui-même et en Dieu. La vraie liberté.  

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