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jeudi, 28 décembre 2017 08:48

Le dévoilement, un don

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Mai 2005, festival Music to rock the Nation, Paris © Nicolas Messyasz/CIRICMai 2005, festival Music to rock the Nation, Paris © Nicolas Messyasz/CIRICExplorer le thème Musique et identité révèle des surprises. Je fais partie des personnes pour lesquelles le lien avec la musique est compliqué. Dépourvue d’oreille et de mémoire musicales, chantant faux, je suis en outre tétanisée dès que l’on me demande de citer un morceau aimé ou de choisir un disque. Je préfère laisser les animateurs radio ou les bandes aléatoires d’ITunes décider pour moi. Osons un peu de psychologie de café du commerce: on est ce qu’on écoute, comme on est ceux que l’on fréquente!

Se profiler via ses préférences musicales peut être perçu comme un acte très intime, comme une manière de se définir, de se positionner socialement (Eugène et A. Dalmazzo, pp. 52-59); et choisir soi-même un morceau, comme une acceptation de se laisser contaminer par une atmosphère extérieure à soi ou d'exacerber son propre état émotionnel (F. Lauria, pp. 49-51). Écouter de la musique n’est donc pas un acte anodin, contrairement à ce que pourrait laisser croire le nombre de gens se baladant dans la rue avec des écouteurs dans les oreilles ou qui, accompagnent leur vie quotidienne de mélodies.

Immatérielle, invisible, la musique a des effets bien réels, physiques, psychologiques et spirituels. «Le chant rejoint d’une manière toute particulière les profondeurs de l’être humain et aide chacun à se construire au-dedans. Il contribue à nous unifier, corps et esprit», écrit frère Jean-Marie de Taizé (p. 45). Ce n’est guère étonnant si le chant est utilisé comme une porte d’entrée sur l’invisible par presque tous les courants spirituels et religieux, des chamans amazoniens (J. Narby, pp. 32-35) aux liturgies grégoriennes. Ni qu’il soit banni par les plus fondamentalistes qui cherchent à contrôler les voies d’accès à Dieu, comme les Talibans d’Afghanistan qui punissent les musiciens et brûlent les enregistrements.

Pour que l’Esprit divin ne reste pas un extrême lointain et invisible, nous devons l’expérimenter, et pour cela recourir à des médiateurs, des symboles, qu’ils soient lettres (E. Smadja, pp. 29-31), musiques, icônes (G. Nevejan, pp. 41-43) ou sacrements (B. Sesboüe, pp. 24-28). Notre imagination créatrice peut être un instrument de la contemplation, enseignait saint Ignace.

Le désir existentiel d’aller au-delà du monde matériel et visible, de faire reculer notre horizon (Fr. Euvé, M. Mayor), de sortir de nous-mêmes pour s’ouvrir à notre environnement, aux autres et à l’Autre (St. Kusar) habite l’humanité. Mais ce désir ne peut être comblé sans qu’il soit partagé par notre vis-à-vis. Une réciprocité de l’ordre du dévoilement. «À quoi penses-tu», demande l’amoureuse à son amant. Cette question touche à la part ineffable en chacun. Un mystère permanent, qui ne peut être levé sans un acte d’abandon posé par amour… Il n’y a pas d’accès à l’Invisible sans Sa grâce qui précède tous nos actes, et sans ouverture et confiance de notre part.

Découvrez ici le sommaire de la revue choisir n°686, avec ses deux dossiers : L'invisible et Musique et identité

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