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vendredi, 06 mars 2015 01:00

Arles au tournant

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Les Rencontres d'Arles

Les Rencontres d’Arles célèbrent chaque été la photographie dans tous ses états. Cette année, un cliché s’impose : une page se tourne. Et quelle page ! Directeur depuis 2008, François Hebel a assuré au festival un rayonnement exceptionnel, jusqu’à décupler son public. Il a choisi de passer la main, à défaut de s’accommoder des projets ambitieux de la Fondation Luma, pourtant fidèle mécène des Rencontres. C’est Sam Stourdzé, directeur depuis 2010 du Musée lausannois de l’Elysée, qui prendra le relais dans des conditions sensiblement nouvelles.
Dirigée par la collectionneuse et mécène suisse Maja Hoffmann, la fondation Luma entreprend en effet d’installer sur le site des anciens ateliers de la SNCF, friche emblématique des Rencontres, un vaste complexe culturel dont la signature sera une tour dessinée par Frank Gehry. L’architecte américano-canadien est l’auteur de réalisations célèbres dans le monde entier, dont le Musée Guggenheim de Bilbao. Le chantier est ouvert. La restauration de l’Atelier des Forges s’est achevée peu avant l’ouverture des Rencontres. L’Atelier de la Mécanique est dévolu à une présentation de maquettes de Frank Gehry, conçue et animée par des artistes contemporains renommés. Deux bâtiments sur quatre sont restés cette année encore aux Rencontres, l’Atelier de Chaudronnerie et le Maga - sin électrique.

Le fleuve jaune
Habitué à passer une longue journée et parfois davantage sur le site des ateliers, le visiteur ne peut que se sentir frustré. Son parcours ne sera pourtant pas vain. L’accrochage des œuvres de photographes proposés pour le Prix Découverte est toujours passionnant. Le prix est attribué lors de la semaine d’ouverture des Rencontres. Il va cette année à un photographe chinois né en 1980, Kechun Zhang, dont la suite d’images est aussi poétique que le titre donné à son parcours de mémoire : Le fleuve Jaune qui jaillit vers le Nord en grondant. «
Les plaisirs tumultueux de la vie moderne nous ayant détournés du fleuve sinueux, nous ne prenons plus le temps de le contempler sereinement, écrit le lauréat. C’est pourquoi j’ai décidé de suivre son rythme. Même si je pense que montagnes et fleuves échappent au commentaire du photographe, il était grand temps de briser le silence dans lequel s’était réfugiée mon âme et de partir observer ses flots au fil des saisons. »
Ses photographies contemplatives ne signifient en rien un retour au naturalisme. Elles révèlent une recherche de subtils décalages et de secrètes harmonies entre le fleuve et la présence de l’homme et de ses œuvres.
Dans le même Atelier de Chaudronnerie est présentée une exposition col- jusqu’au 21 septembre collective de photographes néerlandais organisée par Erik Kessels, Small Universe. Le besoin hollandais de documenter. Elle est révélatrice d’une communauté où chacun se trouve doté d’un espace personnel réduit, et condamné à déborder sur l’espace des autres ou à se faire déborder par lui. Cela donne des situations cocasses, picaresques, émouvantes : une histoire entière basée sur la vie d’une plante (Hans de Vries), une insertion dans la vie des autres par consentement ou par effraction (Hans Eijkelboom), une accumulation de vêtements et de chaussures par une femme habitant un minuscule appartement (Milou Abel).

L’histoire en albums
D’autres lieux traditionnels des Rencontres offrent cette année encore des expositions de prestige. Photographe de stars, auteur de portraits iconiques de Mick Jagger, Andy Warhol ou Kate Moss, inspirateur du Blow Up d’Antonioni, David Bailey sature les chapelles latérales de l’église Sainte-Anne.
L’église des Frères-Prêcheurs est partagée entre deux souvenirs de la Grande Guerre : une lancinante et accablante suite de monuments aux morts documentés par Raymond Depardon et, dans un cabinet sombre, des mises en scène par Léon Gimpel d’enfants jouant à la guerre dans Paris, en août 1915, images émouvantes, drôles et tragiques.
La présentation de la Walther Collection à l’Espace van Gogh tient de l’histoire de la photographie, articulée autour d’ensembles et de séries. Elle illustre un parcours de collectionneur inauguré par des œuvres de photographes allemands du début du siècle dernier (Karl Blossfeld, August Sander), poursuivi, parmi d’autres, par des portraits de Richard Avedon, des gravières industrielles de Bernd et Hilla Becher, des coiffures africaines de ‘Okhai Ojeikere, des scènes du journal intime de Nobuyoshi Araki… A elle seule, la collection pourrait revendiquer le titre de Parade, octroyé généreusement à la dernière édition des Rencontres orchestrées par François Hebel.
Un dernier éclairage sera pour l’installation de l’artiste brésilien Vik Muniz à l’église des Trinitaires. La photographie s’y trouve mise en abyme. La série Album reprend des scènes ordinairement consignées dans les albums de famille (portrait d’enfant, photo de classe, mariage). A partir de l’assemblage de multiples fragments emprunté à des albums d’anonymes, patiemment collectionnés, l’artiste tire des photographies de grand format. Le même procédé est utilisé pour les Cartes postales de nulle part, qui célèbrent des destinations populaires. Un imaginaire tiré du réel. Certaines vues ont profondément chan gé ou n’existent tout simplement plus.

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