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Lars Klawonn

lundi, 21 janvier 2019 11:51

Poèmes à moi-même

poemes a moi meme sylvoisalFatigué depuis bien longtemps déjà des poncifs de la théorie, de la philosophie et de la politique, Sylvoisal croit bien plus à la coïncidence de la bête et du saint. Et à celle de la vie et de la poésie. La poésie, c’est la jeunesse et le chant, c’est la voix et le corps; c’est la voix qui fait corps avec les vers; c’est le cœur meurtri, déchiré, souffrant. Alors que la philosophie donne «la voie du Progrès et de l’Histoire». Dans sa très belle préface de Poèmes à moi-même, Sylvoisal oppose la poésie à la philosophie; l’un est un enchantement et l’autre un simple jouet pour l’adulte.Avant de proposer une série de poèmes classiques, thématiquement liés autour de l’amour et de la mort. Ce sont les pensées d’un homme veuf qui, comme Bernanos, éprouve le désir vif de «voir», de «se voir» et de «se voir mourir», c’est-à-dire le désir de mourir pleinement lucide; de voir le secret de l’au-delà, de le contempler avec les yeux vivants, d’avoir ainsi la vision de sa mort.

mercredi, 22 août 2018 10:57

Au château de Sylvoisal

hors commerce sylvoisalAprès Forêt silencieuse, ce livre-fleuve sorti en 2017, Sylvoisal fait paraître, coup sur coup, deux textes courts, toujours aux éditions Cadratin: un recueil de poésie et un récit en prose, deux livres si différents dans le genre, les thèmes et les sentiments exprimés qu'il est saisissant de les comparer.

Pour le lecteur fidèle de Sylvoisal, on est en terrain connu. Pour les autres, on va à la découverte d'une œuvre inépuisable en variations. Notre poète ne cherche pas à composer avec le lecteur. Ce qui compte pour lui, c'est de trouver une forme qui le satisfait pour dire ce qu'il a à dire. Comme toujours, on sous-estime les poètes...

mercredi, 06 juin 2018 13:54

La fin du poète maudit?

plumeJ'aimerais réagir à l'article de Céline Zufferey, intitulé Écrivain, un métier. La fin du poète maudit, qui a paru dans le n°687 de choisir. L'écrivain y défend l'idée que l'écriture littéraire est un métier que l'on peut apprendre. Elle a suivi une formation en création littéraire. «Les retours de mes collègues et de mes mentors m'ont amenée à situer mon écriture, à la préciser et à l'affirmer», écrit-elle. Cette formation a aussi permis que son écriture «progresse plus rapidement.»

Je ne mets pas en cause que l'on puisse faire des expériences positives en échangeant avec d'autres écrivains, par exemple en sein d'un atelier d'écriture. Personnellement, je ne suis pas convaincu du bien fondé de la méthode, mais j'admets que chacun doit suivre la voie qui lui convient. Par contre, je me trouve en désaccord total avec Mme Zufferey quand elle se livre à la démystification de l'écrivain. Pour faire cela, elle remonte au XIXe siècle et s'en prend à ce qu'elle appelle «le mythe de l'écrivain maudit», à savoir le poète démuni et marginal, l'éternel incompris qui souffre de son génie méconnu. Elle écrit qu'il y avait alors deux catégories d'écrivain, ceux qui se conforment au goût du public et ceux qui poursuivent la logique de l'art pour l'art. C'est une vision assez simpliste. La réalité est beaucoup plus complexe. Mme Zufferey semble croire que la morale et les vertus sont les caractéristiques d'une classe et qu'au XIXe on était incapable de juger de la qualité d'un texte littéraire indépendamment de la précarité supposée ou vraie de son auteur.

jeudi, 29 mars 2018 17:06

Sylvoisal, poète mystique

penthee menadesPenthée poursuivi par les Ménades de Charles Gleyre © Kunstmuseum BâleCe recueil est l’aboutissement et le point culminant d’une œuvre poétique riche et dense, qui constitue une recherche continuelle autour des mêmes thèmes et questions. Une idée le traverse, comme un fil rouge, celle que le salut passe par le péché. Dans Les Ménades, elle s’exprime dans sa forme la plus cristalline et la plus aboutie.

Sylvoisal
Les Ménades
Vevey, Le Cadratin 2016, 104 p.

vendredi, 18 août 2017 12:22

Précarité et nihilisme

choisir 684Dans son article De Malraux à Houellebecq (choisir n°684), M. Jean-Louis Loubet de Bayle nous présente une excellente synthèse de différents courants de pensée par rapport à André Malraux et son analyse de la civilisation moderne. J’aimerais juste exprimer un désaccord partiel concernant les deux points suivants: la précarité et le nihilisme.

L’idée selon laquelle, dans les sociétés traditionnelles, la vie des hommes et des sociétés était dominée par la précarité, qui absorbait une grande partie de leur énergie et de leur faculté de réflexion, me semble fausse. C’est l’inverse qui est vrai. Vivre dans la précarité et l’insécurité, vivre constamment à proximité de la mort, faisait que l’homme restait en alerte. Les inquiétudes de son existence l’approchaient de Dieu dont qu’il restait proche. C’est dans les moments de crise, de guerre et de détresse que les églises se remplissent. Il n’y a rien de pire pour la réflexion que l’absence d’inquiétude propre à l’opulence consumériste. Comme la foi, la réflexion se nourrit de l’inquiétude.

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