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lundi, 10 décembre 2018 06:46

L'origine religieuse des droits humains

Écrit par

ZuberEn cette année du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, l’ouvrage, à la fois très clair et bien documenté de l’historienne française Valentine Zuber, est un compagnon de réflexion indispensable: les droits de l’Homme ont en effet une double origine, religieuse et laïque. L'auteure concentre son exposé sur le christianisme face aux libertés modernes, du XVIIIe au XXIe siècle.

Valentine Zuber
L’origine religieuse des droits de l’homme. Le christianisme face aux libertés modernes (XVIIIe-XXIe siècle)
Genève, Labor et Fides 2017, 380 p.

Valentine Zuber montre que religieux et philosophes des Lumières se sont souvent passé le relais, que les textes actuels sont une combinaison entre droits naturels (d’origine religieuse et divine) et droit positif (profane). Les rédacteurs de plusieurs instruments des Droits de l’Homme étaient des religieux ou avaient été inspirés par des idéaux religieux: l’abbé Grégoire et le pasteur Raban Saint-Etienne pour la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, et d’autres pour la Déclaration universelle de 1948.

L’historienne souligne à juste titre que l’Église catholique a longtemps émis des réserves sur la conception jugée exagérément individualiste des droits de l’Homme et considérée comme une «tentative impie de mise en place d’une religion civile affranchie de la vraie religion». Ce n’est qu’avec Vatican II (et la Déclaration de la liberté religieuse de 1965) que l’Église catholique a rejoint le débat sur les droits de l’Homme. Quant aux Églises orthodoxes, elles n’ont que très récemment donné leur appréciation sur l’idéologie contemporaine des droits de l’Homme: une encyclique de l’Église orthodoxe russe, en 2008, et un Concile panorthodoxe en Crète en 2016 ont précisé la compréhension théologique orthodoxe des droits humains.

Catholiques, orthodoxes et protestants revendiquent un fondement divin des droits humains. Les trois courants religieux chrétiens rappellent les devoirs de l’Homme envers son Créateur, corollaire de la jouissance de leurs droits par les humains, enfants de Dieu.

Valentine Zuber conclut son ouvrage en évoquant les tendances à la fin du XXe siècle et au début du XXIe de rejet des droits de l’Homme par des gouvernements au nom de la sécurité nationale et par des religieux au nom de leurs traditions. Ces tendances régressives devraient faire l’objet d’une lutte continue de tous, laïcs et religieux, pour éviter la réapparition et la légalisation de la torture et de l’esclavage, la réduction des droits des femmes et l’abolition de la liberté religieuse, un des premiers principes de liberté.

Michel Veuthey

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