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lundi, 10 décembre 2018 06:39

Droits humains, un idéal commun

Écrit par

aurenche

En ce 10 décembre 2018, la Déclaration universelle des droits de l’Homme fête ses 70 ans. Au cœur de ce document, on trouve l'affirmation de l’égale dignité de chaque être humain. Une assertion qui peut paraître évidente, mais qui dans les faits ne l'est souvent pas, comme le souligne dans un livre qui vient se sortir l’avocat français Guy Aurenche, président d’honneur de la Fédération internationale de l'action des chrétiens pour l'abolition de la torture.

Guy Aurenche
Droits humains: n’oublions pas notre idéal commun!
Paris, TempsPrésent 2018, 152 p.

La Déclaration universelle des droits de l’homme a 70 ans (en annexe à la fin de ce livre). Elle a donné naissance à des centaines de textes, traités, conventions, pactes, etc. et pourtant «nos capacités destructrices n’ont pas seulement changé d’intensité mais sont devenues absolument menaçantes». Nous prenons conscience des «limites de notre planète, de notre fragilité et du déploiement de notre toute puissance».

Dans la fiction du sauve-qui-peut identitaire, de la dictature de la technologie, nous nous posons des questions. Y a-t-il un pilote à bord? Où a disparu la boussole? «L’humanité n’est-elle pas en train de plonger dans un burn out généralisé, demande Guy Aurenche, la paralysant et l’enfermant dans ses propres limites qu’elle avait jusque-là toujours voulu repousser?»

À travers un plaidoyer pour la dignité de la personne, maître-mot de ce livre, Guy Aurenche nous fait profiter de ses multiples engagements, entre autres à la FIACAT (pour l’abolition de la torture) et au CCFD-Terre solidaire (contre la faim et pour le développement). Tous les domaines de la vie sont touchés: l’environnement, l’économie, le commerce mondial, la politique, les religions, les migrations… «La mise en œuvre des droits humains invite, voire contraint, la communauté internationale à organiser le partage des souffles portés par chaque être humain, par chaque peuple et par chaque culture. »

Pour l’avocat, « les droits humains nous redisent que l’essentiel passe avant l’urgent. Ils nous invitent à reprendre souffle au cœur de la bourrasque […] en osant libérer l’énergie créatrice, celle de la dignité de toute personne: la nôtre.» Heureusement des hommes et des femmes, innombrables à travers le monde, continuent à se battre pour la dignité. «Les droits humains ne dispensent ni de l’engagement politique, ni de la réflexion philosophique ou religieuse, ni du changement de nos modes de vie, ni de la joie, ni de la confiance… Ils nous invitent à grandir en dignité […] fondement de la construction de notre vivre-ensemble mondial.»

Guy Aurenche nous fait partager sa passion dans toutes les rencontres qu’il a faites à travers le monde. Car c’est du «terrain» qu’il parle. Il ranime sans cesse la flamme de l’espérance pour lutter contre l’oubli, le défaitisme… Ce livre se termine par une goutte de poésie où sont invoqués les artistes et les poètes qui ont trouvé les mots pour exalter «l’incroyable audace des femmes et des hommes assez fous pour croire qu’un droit international au service de l’humanité est possible».

J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie
Andrée Chédid



Aurenche2
L'avis d'un praticien

Dans son Préambule et son article 1, la Déclaration universelle des droits de l’Homme dit ceci: «Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde…» (…) «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits…»

Pour Guy Aurenche, ce terme de dignité est central. Il l’a souligné lors d’un débat avec le philosophe Pierre Manent, organisé le 27 octobre par Justice et paix France: «Je suis un praticien, mais un praticien ayant des convictions, et pour moi les droits de l’homme ne sont en rien une philosophie nouvelle, même s’ils sont nourris par des courants philosophiques: c’est une évidence. Ils sont d’abord un cri face à l’inacceptable. Je pars surtout du texte de 1948, qui est souvent peu cité par les partisans ou les adversaires de l’idée de droits humains; pour la première fois, il y a un texte qui a prétention universelle. (…) Les peuples du monde entier ont proclamé leur foi en la valeur de la dignité de l’homme. À l’époque, il y avait 58 pays, donc il n’y avait pas toutes les cultures du monde (aujourd’hui nous sommes 196). C’est un choix commun, même si pour nourrir ce choix, les approches sont différentes. (…) Ce qui m’intéresse dans la dynamique des droits de l’homme, c’est d’ouvrir ce débat universel et non de nier les philosophies, les spiritualités, les approches culturelles qui vont fonder ou qui vont ou qui vont nourrir (pour nous chrétiens incarner) cette référence à la dignité.» (Extrait de la Lettre Justice et Paix France, n° 241, décembre 2018 )

Prière de Guy Aurenche, pour la FIACAT

Seigneur, toi qui as connu les pleurs et l’angoisse, béni sois-tu.
Tu oses manifester ton émotion devant la mort et l’abandon.
Tu dis ta compassion envers ceux qui «pourraient défaillir en chemin».
Nous avons tant de mal devant la souffrance, qui nous rend absents, ou bavards.
Apprends-nous, toi qui sais aussi souffrir, à être pleinement présents aux côtés de ceux que la douleur accable.

Seigneur, révolté par l’injustice et par l’hypocrisie, béni sois-tu.
Tu nous donnes une loi d’amour et de partage.
Tu nous demandes d’y ajuster nos vies.
Dis-nous, toi qui meurs par fidélité à ton message,
Comment inventer sans cesse les règles d’un monde plus juste.

Seigneur, tu sais te retirer et prier, béni sois-tu.
Tu nous révèles la fraternité en nous désignant le Père.
Nous avons tant de mal à choisir entre l’activisme et la démission.
Nous craignons le silence de ton absence ou l’exigence de ton appel.
Viens prier en nous lorsque le découragement se fait sentir,
Quand la prière paraît scandaleuse face à tant de violences.

Seigneur, tu es vivant, béni sois-tu.
Ta parole et tes gestes nous remettent sur le chemin de la vie.

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