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jeudi, 28 octobre 2021 13:21

Quelle synodalité espérer? Réflexion du cardinal Czerny

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© Philippe Lissac/GodongLe pape François a lancé le 9 octobre 2021 un processus synodal mondial afin de préparer, avec tous les membres de l’Église, le Synode sur la synodalité prévu en octobre 2023. Comment faire pour que ce travail en amont n’aboutisse pas sur une simple production de nouveaux documents, mais permette à chacun d’être vraiment entendu par l'institution, et suscite l’envie de rêver à nouveau l’Église et de s’y engager en vue d’une mission commune? Pour le cardinal jésuite Michael Czerny, le Synode sur l’Amazonie peut être considéré comme «un banc d’essai majeur» sur cette voie. Invité par le Forum «Fribourg Église dans le monde», il a présenté sa vision du visage d’une Église «franciscaine» après le Synode sur l’Amazonie.

Le Synode sur l’Amazonie -auquel choisir a consacré un dossier en octobre 2019- s’est tenu à Rome il y a deux ans déjà, sous le titre Amazonie, de nouvelles voies pour l’Église et une écologie intégrale. Porteur de nombreuses attentes (en partie déçues, il faut bien le dire), il portait sur les questions écologiques et pastorales de la région amazonienne, ainsi que sur les préoccupations des peuples indigènes et sur les droits de l’homme.

Le Synode sur la synodalité de 2023

Ce Synode, par ailleurs, a suscité des espoirs quant à une réforme de l’Église selon les principes de contextualité et de synodalité mis en avant par le concile Vatican II. En 2015, à l’occasion du 50e anniversaire du Synode des évêques, le pape François déclarait: «Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire. Ce que le Seigneur nous demande, en un certain sens, est déjà pleinement contenu dans le mot ‘‘Synode’’. Marcher ensemble –laïcs, pasteurs, évêque de Rome– est un concept facile à exprimer en paroles, mais pas si facile à mettre en pratique.»

Un processus long... et lent... comme l’a révélé celui mis en œuvre autour du Synode sur l’Amazonie, mais néanmoins porteur d'espoirs de changement. «Le processus enclenché ne s’est pas arrêté à la cérémonie de clôture du Synode sur l’Amazonie ni même à la publication des documents finaux. Il se poursuit et entraîne un renouveau non seulement en Amazonie, mais, avec la grâce de Dieu, au sein de l’Église entière», a déclaré Michael Czerny sj [1] lors de sa conférence (intégralité de sa présentation ici).

Le Synode sur l’Amazonie a eu cela de très particulier en effet que, sous couvert d’une appellation régionale, il a interpellé et interpelle encore l’Église universelle. «Combien il a été difficile pour un bon nombre de comprendre clairement et utilement le processus synodal! s’est exclamé le cardinal Czerny. Cette confusion était en partie attribuable au bruit des médias, mais aussi, plus profondément, à la difficulté d’une saisie, de l’extérieur, de la grande importance de l’Amazonie pour le reste du monde et le reste de l’Église.»

Le pape s’est servi du document final des Pères du Synode pour formuler, dans son exhortation Querida Amazonia, ce sens ecclésial élargi, a souligné encore le cardinal jésuite. «Il est tout à fait frappant que le facteur dynamisant ne se limite pas à nos frontières habituelles -mon diocèse, mon État, mon coin du monde– mais qu’il provient plutôt de ce territoire plus vaste, plus diversifié et plus vulnérable qu’est l’Amazonie, qui est plus vital que jamais pour la santé de la planète. Souvenez-vous que Jésus lui-même ne venait pas de la Judée mais de la Galilée; non de Jérusalem mais de Nazareth; non du milieu des pharisiens et des prêtres, mais de celui des paysans et des ouvriers. Et souvenez-vous que les gens autour de lui –par exemple Nathanaël qui demandait: "De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon?" (Jean 1,46)– ont trouvé difficile de reconnaître et d’accepter ce prophète sans accréditation et sans référence sociale. Nous avons donc nous aussi de la difficulté à reconnaître combien les zones périphériques du monde nous fournissent un message important, une occasion importante, une grâce et une action providentielle importantes.»

Michael Czerny sj a rappelé en amont ce que la tenue du Synode sur l’Amazonie de 2019 doit à Vatican II, à la Conférence du CELAM de 1968, et à la rencontre tenue en 2007 par les évêques d’Amérique latine à Aparecida. Dans un document structuré autour de la configuration bien connue du voir -«la biodiversité et l’écologie exceptionnelles de l’Amazonie», juger -la situation dans la région- et agir, Aparecida a offert un plan pastoral décisif, encore pertinent à l’heure actuelle et pour d’autres régions du monde (détails dans le PDF de sa conférence).«La suite incombe à de nombreuses personnes: manifestement, aux habitants, tout d’abord, de la région de l’Amazonie, de leurs prêtres, de leurs religieux et religieuses, et de tous leurs collaborateurs laïcs… et, tout aussi manifestement, à vous et à moi, puisque François exhorte l’Église, à l’échelle planétaire, à tirer des leçons de l'Amazonie et à s’approprier sa vision et ses rêves dans leurs propres territoires.»

Le responsable du groupe qui a rédigé le document final de la rencontre d’Aparecida était à l’époque... le cardinal Jorge Maria Bergoglio sj (futur pape François).

«Il y a un an, en pleine pandémie, nous avons reçu Fratelli tutti (3 oct. 2020) sur l’amitié et la fraternité sociale. L’avertissement que lançait le pape ne saurait être plus clair: soit nous sommes frères, soit tout s'écroule (…) À l’urgence de rebâtir l’Église et de répondre à la crise socio-environnementale, François ajoute un appel encore plus radical à une responsabilité partagée en tant que frères et sœurs. Il poursuit en abordant la culture de la rencontre, le dialogue et l’amitié sociale, l’amour politique et les voies d’une rencontre renouvelée qui inclut la réconciliation et le pardon. Ni l’Église ni le monde ne peuvent être réparés si persistent les terribles oppositions en cours: les peuples autochtones contre les colonisateurs, les femmes contre les hommes, la dépopulation des zones rurales au profit des villes, le nord contre le sud, et ainsi de suite.»

Questions à l'usage des Alpins et d'autres

Poursuivant sa réflexion, le cardinal Czerny a relancé la balle du côté des participants au 12ème Forum «Fribourg Église dans le monde» -et plus largement à tous ceux qui, en Suisse et en Europe, se lanceront dans le processus synodal- avec ces quelques questions:

  • «Est-ce que l’Église, au cœur de l’Europe, va vers les gens et est présente à la société?
  • Contribue-t-elle à l’énorme tâche de l’éducation de la nouvelle génération de sorte que les prochaines générations aient un avenir?
  • L’Église pratique-t-elle la conversion intégrale? Est-elle disposée à confesser ses péchés écologiques et à chercher à se réconcilier pour ce qui est de la part qu’elle a assumée dans la destruction de notre maison commune?
  • À quel point cette Église est-elle samaritaine? Est-elle vraiment au service des gens qui souffrent et qui meurent quotidiennement de l’isolement, de la pauvreté et de l’injustice, aggravés par la pandémie? La période actuelle est-elle marquée par un engagement courageux ou par un repli sur soi dans un réflexe de préservation?
  • Cette Église encourage-t-elle l’inculturation, le respect et le dialogue interculturels, et la culture de la rencontre? Les attitudes colonialistes ont-elles été pleinement rejetées?
  • Est-elle ouverte aux nouvelles pratiques œcuméniques et interreligieuses? Ses pratiques se limitent-elles à des préoccupations religieuses et doctrinales, ou portent-elles également sur des enjeux socio-économiques, politiques, culturels et socio-environnementaux?
  • Cette Église ose-t-elle repenser les structures ecclésiales; repenser la formation des diacres candidats au sacerdoce et des séminaristes; reconnaître le laïcat, particulièrement le rôle des femmes et des jeunes, et promouvoir diverses vocations laïques et un diaconat renouvelé; pour devenir authentiquement synodale, engagée dans les nouveaux sentiers du dialogue et du discernement? »

Et de rêver d’une Église dans les Alpes qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières, d’une Église dans les Alpes qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses lacs et montagnes, ses forêts, glaciers et plateaux.

[1] Le cardinal Michael Czerny sj est l’un des sous-secrétaires de la Section des migrants et des réfugiés du Dicastère pour le service du développement humain intégral. Il a été conseiller du président du Conseil pontifical « Justice et Paix » et a assumé de nombreuses charges de direction chez les jésuites.

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