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vendredi, 13 novembre 2020 08:08

Patience, questionnement... journal d’une crise

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Messe de l'Assomption en plein air, 15 août 2020, église Notre Dame de la Gorche, aux Contamines (F). © Pascal Deloche/GODONGLe Père jésuite Federico Lombardi, ancien directeur du Bureau de presse du Vatican, a livré sur Vatican News, durant près de quatre semaines, ses réflexions sur la crise que traverse actuellement le monde. Cette série d'articles écrits durant la première vague de Covid-19 mérite d’être redécouverte, la seconde vague semblant encore plus dure à traverser pour nombre de personnes. Extraits choisis, pour en faciliter la lecture.

«Le nouveau millénaire, dans lequel nous sommes entrés il y a de cela vingt ans, n'a pas été, dans l'ensemble, une ère de progrès lumineux pour l'humanité. Cette ère s'est ouverte sur le 11 septembre 2001 et la deuxième guerre du Golfe, puis nous avons eu une grande crise économique et une guerre mondiale "éclatée", la destruction de la Syrie et de la Libye, l'aggravation de la crise environnementale, de nombreux autres problèmes, et maintenant une pandémie mondiale avec ses conséquences […]. L'expérience de la pandémie, même quand elle sera surmontée, restera certainement une expérience commune d'incertitude, d'insécurité, de difficulté à gouverner le chemin toujours plus complexe de la société contemporaine. Nous ne savons pas si, à l'avenir, nous considérerons cette pandémie comme une opportunité de croissance dans la solidarité ou comme une nouvelle source de tensions internationales et de déséquilibres sociaux», écrit Federico Lombardi dans le dernier de ses articles, Une Église humble pour une humanité éprouvée.

Il ajoute que «nous avons pris conscience de notre fragilité […] Nous avons réalisé que notre destin n'est qu'en partie entre nos mains, même si la médecine et la science font des choses merveilleuses.» (In Conversion) Oui, «la pandémie [est un] temps de grande souffrance, [mais aussi un] temps de grand amour. Le virus est contagieux, mais l'amour aussi peut l'être.» (In Donner sa vie)

Un terreau pour la conversion

Le jésuite salue «l'ensemble des personnes qui endurent les conséquences de la pandémie, voire la mort, parce qu'elles se consacrent généreusement et de toutes leurs forces au service des autres, tant dans leur corps que dans leur esprit». Appelés par vocation, si ces individus «ne se dérobent pas au risque, ce n'est pas par irresponsabilité et légèreté, mais par un sens du devoir animé par un amour plus fort que la peur».

Solidarite Notre Dame de Tanger, association catholique d'aide aux migrants, Paris, juillet 2020. © Philippe Lissac/GODONGParfois, nous aurions tendance à considérer «les malheurs du monde, dans laquelle tant d'innocents sont impliqués, comme une punition d'un Dieu vengeur» (in Conversion); l’ancienne voix du Vatican y voit plutôt un terreau favorable «où l'amour peut, le plus souvent, se développer au-delà de nos prévisions et de nos attentes, atteindre des sommets où le raisonnement et la parole échouent, où un feu intense brûle dans le cœur». (In Donner sa vie) Il estime qu’il ne faut tout de même pas se voiler la face: «Un jour ou l’autre, cette pandémie passera. À un prix terrible, mais elle passera […] Mais nous serons-nous convertis, au moins un peu, ou commencerons-nous immédiatement à reprendre les mêmes routes qu'auparavant?» car, «d'une certaine manière, nous devons reconnaître que dans l'infirmité nous étions devenus meilleurs et que, dans la force, nous sommes vite revenus à l'oubli de Dieu». (In Conversion)

Le constat est évident pour Federico Lombardi: «[Cette] pandémie est aussi un appel à une conversion spirituelle, plus profonde. Un appel non seulement pour les fidèles chrétiens, mais aussi pour tous les hommes, qui restent des créatures de Dieu même lorsqu'ils ne se souviennent pas de Lui. Une vie meilleure dans notre maison commune, en paix avec les créatures, avec les autres, avec Dieu; une vie riche de sens, nécessite une conversion.» (In Conversion).

Réorganiser nos priorités

Il reconnaît que «beaucoup de choses ont changé pour le mieux, comme les conditions de vie de nombreuses personnes pauvres, les possibilités de traitement et de chirurgie, la libre circulation, l'éducation, l'information et la communication. Mais en même temps, l'obsolescence de nombreux biens a été accélérée bien au-delà de ce qui était nécessaire, juste pour alimenter le développement économique et les profits dans certains secteurs, et la publicité pousse obsessionnellement le désir de nouveauté superflue, créant une véritable addiction qui fait paraître comme nécessaire la dernière chose, le dernier produit […] Ainsi, dans de nombreux domaines, l'accélération du changement risque de devenir une fin en soi, un esclavage plutôt qu'un progrès.» (In L’occasion de mettre de l’ordre dans notre vie) Cette course effrénée a aujourd’hui «subi un choc magistral», ce qui nous donne peut-être l’occasion de revoir nos priorités.

«Nous avons tous entendu parler de "l'examen de conscience" pour nous mettre devant Dieu et ainsi remettre de l'ordre dans nos vies. Mais nous l'avons souvent oublié. La pandémie qui a bouleversé les rythmes de notre vie n'est-elle pas une occasion inespérée de réorganiser nos priorités pour qu'elles trouvent leur but et leur sens?»

Les rythmes liturgiques, les temps de culte et de prière ont aussi subi d’importants bouleversements. «La possibilité réduite d'aller à l'église aura [-t-elle donc] un effet négatif sur la foi et la vie spirituelle [?] Il se peut aussi que ce soit une époque où -comme Jésus l'a dit à la Samaritaine- nous apprenons à adorer le Seigneur en esprit et en vérité, en tout lieu, même dans la maison où nous sommes obligés de rester, même dans une inactivité extérieure forcée.» (In L’occasion de mettre de l’ordre dans notre vie)

La communion spirituelle

«Le contexte porte naturellement à compenser le manque de participation physique et sociale par une communication médiatique» (in Place pleine et place vide). «Ces derniers mois, beaucoup d'entre nous ont été positivement surpris par les possibilités offertes par la communication numérique. Nous espérons les utiliser également à l'avenir, mais avec l'extension de l'isolement, nous avons réalisé que cela ne suffit pas.» (In Avec quel regard nous retrouverons-nous?) «[Cette] technologie numérique peut utilement servir de médiateur et accompagner notre relation, mais la présence physique mutuelle des personnes, leur corps comme transparence des âmes, leur proximité et leur rencontre restent le point de départ et de référence originel de notre expérience et de notre chemin. Jésus n'a pas été une manifestation virtuelle de Dieu, mais son incarnation, précisément pour que nous puissions Le rencontrer.» (In Avec quel regard nous retrouverons-nous?)

En effet, «en ce temps prolongé de jeûne eucharistique obligatoire, de nombreuses personnes qui étaient habituées à la communion sacramentelle fréquente ont de plus en plus ressenti le manque de "pain quotidien" eucharistique». (In La communion spirituelle) Pourtant, si «recevoir la sainte hostie est très important, ce n'est pas la seule et indispensable façon de s'unir à Jésus et à son corps qu'est l'Église». En ces temps difficiles, Federico Lombardi rappelle que «le mystère célébré est le même, mais la façon d'y participer a changé. Le pape François aime regarder dans les yeux les personnes présentes et dialoguer avec elles. Aujourd'hui, le regard et la voix sont médiatisés par la technologie, mais ils parviennent toujours à atteindre le cœur. L'assemblée n'est plus physiquement présente, mais elle est là et elle est vraiment unie, à travers la personne du célébrant, autour du Seigneur qui meurt et ressuscite» et c’est «un signe fort de la présence de l'Esprit, qui tient ensemble le "Corps Mystique" du Christ». (In Place pleine et place vide)

La vertu de la patience

L’épreuve de la pandémie exige de nous un surplus de «charité patiente dans nos relations avec nos proches, elle exige de la patience dans la maladie, elle exige de la patience prévoyante dans la manière de combattre le virus et de reprendre le chemin en solidarité avec la communauté ecclésiale et la communauté civile dont nous faisons partie […] La patience n'est pas seulement une qualité nécessaire de l'amour quotidien pour nos proches et tous les autres avec lesquels nous devons vivre. C'est aussi une dimension de notre foi et de notre espérance à travers tous les événements de la vie et de l'histoire.» (In La patience, vertu de la vie quotidienne) Nous continuons d’apprendre, tout comme «l'Église continue d'apprendre que sa seule véritable force est la foi en Jésus-Christ ressuscité et le don de son Esprit. Un fragile vase d’argile dans lequel est contenu le trésor d'un pouvoir de vie au-delà de la mort.» (In Une Église humble pour une humanité éprouvée)

L’ancien directeur jésuite du Bureau de presse du Vatican conclut par ces mots dans Une Église humble pour une humanité éprouvée: «Offrir à l'Esprit du Seigneur un espace ouvert d'attente et de désir, un espace concret d'esprits et de cœurs, d'âmes et de chair humaine, afin qu'il puisse agir et se manifester dans le tissu profond de notre humanité -celui des guerres et des pandémies- comme une puissance de salut contre la fragilité et la solitude, contre l'aridité, contre la confusion, contre les tromperies des illusions et contre le désespoir, comme une puissance d'espoir pour la vie éternelle. Cela peut bien faire une humble Église, sœur, compagne et servante d'une humanité éprouvée. Et c'est le plus important.»

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