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lundi, 18 août 2014 11:02

Menaces d'extinction

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Les perturbateurs endocriniens sont parmi les polluants les plus pernicieux que la société humaine ait créés car ils dérèglent les capacités de reproduction d'une bonne partie des animaux, de façon certes relativement peu violente, mais parfaitement radicale. Une fois la reproduction d'une espèce animale perturbée, celle-ci est menacée d'extinction en quelques générations.

L'usage des pesticides s'est développé en parallèle à celui des plastiques. On imagine aisément les effets polluant des premiers, moins celui des seconds. Or, outre leurs effets de macro-pollution physique évidents visuellement, les plastiques sont aussi progressivement réduits en poussière par la lumière, la chaleur ou les frottements. Cette poussière n'est pas biodégradable, elle est un corps étranger à l'écosystème planétaire. Ainsi, les plastiques sont à la source d'une importante micropollution physique (on retrouve des microbilles de plastique partout dans la chaîne alimentaire, des bactéries aux carnivores) et d'une pollution chimique considérable : certains composants des plastiques sont relâchés dans toutes les eaux, les sols et l'atmosphère.
Parmi ces composants se trouvent nombre de perturbateurs endocriniens, et parmi ceux-ci certains phtalates[1] sont particulièrement redoutables. Ce n'est pas seulement en suçant leur tétine ou leurs jouets que les enfants se retrouvent empoisonnés aux phtalates : il leur suffit de se frotter à un sol en PVC - où ces molécules chimiques servent à rendre le contact moins dur - pour qu'ils migrent à l'intérieur de leur corps, par la peau donc. Parmi les multiples effets à long terme, on peut citer une féminisation des préférences de jeux des garçons, en dehors de toute pression sociale donc...
Chez nombre d'animaux, les phtalates perturbent la différenciation sexuelle, et par là leur reproduction. Or on en retrouve non seulement dans les animaux marins (où on les imagine volontiers) mais jusque dans l'épiderme des fourmis ; et ce partout dans le monde, même dans les lieux les plus secs et les plus reculés ! Car ces insectes absorbent ces polluants directement de l'atmosphère, qui en est chargée. Au vu des résultats scientifiques qui s'accumulent, il s'avère de plus en plus clair que la société de consommation, et plus particulièrement la société du plastique, est en train de faire subir à l'ensemble des animaux, des fourmis aux hommes, une transformation insidieuse et très dangereuse : on ne perturbe pas impunément les systèmes endocriniens à l'échelle planétaire.[2]

1 • Composés chimiques dérivés de l'acide phtalique, couramment utilisés depuis 50 ans dans la fabrication de matières plastiques, notamment du polychlorure de vinyle (PVC). (n.d.l.r.)

2 • Pour en savoir plus : Carlstedt et al., « PVC flooring is related to human uptake of phthalates in infants », in Indoor Air 23 :1, 2013 ; et Lenoir et al., « Ant cuticles : A trap for atmospheric phthalate contaminants », in Science of the Total Environment n° 441, New York, Elsevier 2012, pp. 209-212.

 

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