Par une approche très maïeutique, où l’on reconnaît le philosophe et le voyageur en plus de l’historien, l’auteur guide son lecteur à travers le temps et l’espace. On ne se perd pas dans le dédale. La première partie traite de la mise en place de trois inventions, toutes trois chrétiennes, en autant de mythes fondateurs: ceux d’Eretz Israël en tant que terre sans peuple, du sionisme (dans sa forme calviniste et évangélique) et d’une nation juive. La deuxième partie, Le sionisme comme projet colonial, décrit méticuleusement les origines religieuses et géopolitiques d’une des idéologies qui aura le plus marqué l’histoire récente, ainsi que l’élaboration de la Déclaration Balfour et du mandat britannique sur la Palestine.
L’histoire est habituellement écrite par les vainqueurs. L’auteur offre ici un autre son de cloche: «En deux siècles, le passage d’un rêve mystico-théologique à un projet colonial s’était réalisé.» Il arrête son exposition au commencement de la période mandataire britannique sur la Palestine. À la fin de son ouvrage toutefois, il entrouvre la fenêtre sur l’implacable suite logique de l’histoire, en citant entre autres Golda Meir, une fondatrice de l’État d’Israël, alors qu’elle s’exprimait peu après une foudroyante conquête territoriale de celui-ci en 1967: «Ils n’existaient pas.» Ces gens qu’elle ne pouvait nommer, puisqu’ils n’existaient pas, ce sont les Palestiniens.
Une large étude, indispensable à ceux qu’intéresse l’histoire de l’Europe et du Proche-Orient ou celle des religions et des idéologies.