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mardi, 06 octobre 2009 12:00

Minarets : prenons de la hauteur !

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Le Général de Gaulle disait autrefois : « En cas de difficulté, prenez de la hauteur, on ne s'y bouscule point ! » A propos de l'initiative anti-minaret qui sera soumise au vote populaire, le 29 novembre prochain, en Suisse, il convient justement d'élever le débat afin de rejeter, en toute conscience et vigoureusement, cette prise de position.

Certes, on peut comprendre et partager la réserve, voire le malaise, d'autorités communales qui, Outre-Sarine, s'opposent à l'édification d'un minaret qui modifierait incontestablement le paysage familier de leurs concitoyens. Mais, l'expérience le montre, dans le monde politique et spécialement dans les relations internationales, et donc religieuses, il est toujours conseillé de ne pas se laisser entraîner dans les vagues apparentes et réductrices de clichés, de slogans unilatéraux. De tels courants, abondamment entretenus par les médias, alimentent les esprits par des scènes de violence qui ne concerneraient actuellement que des musulmans, qu'il s'agisse de l'Algérie, du Proche-Orient, de l'Afghanistan, des Philippines, etc. Lorsque préjugés et soupçons se donnent ainsi la main pour « diaboliser » des agitateurs extrémistes, un pas est vite franchi, celui de combattre en vrac la charia, les minarets, en un mot « l'islamisation » de la société suisse. Dans ce contexte, les réactions et les formules deviennent de plus en plus raccourcies, au point d'en arriver à des dérives xénophobes.

L'article de Stephan Lathion nous aide précisément à clarifier, autant que faire se peut, ce que signifie, en cette période de la mondialisation et grâce au bienfait de la laïcité de l'Etat, le « vivre ensemble ».[1] En la circonstance, il y a donc lieu, surtout en matière politique, d'élargir le concept de la tolérance afin d'entrer délibérément dans le respect de l'autre et de son identité culturelle. Car le verbe « tolérer » est encore trop chargé de condescendance, d'acceptation à contrecoeur de l'autre, alors que l'une des finalités majeures de tout groupe social vise à « bien vouloir » lui faire une place, et qui plus est, un espace reconnu.

Une altérité mal vécue, l'expérience le démontre souvent, conduit immanquablement au rejet, à l'exclusion. Le respect d'autrui et le préjugé de sympathie, les Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola en rappellent les données fondamentales : « Il faut présupposer que tout bon chrétien doit être plus prompt à sauver la proposition du prochain qu'à la condamner » (Exercices spirituels n° 22). La confrontation avec d'autres serait ainsi à même de renforcer notre identité propre dans la mémoire de notre passé personnel et de notre histoire collective. Par là même, un chemin d'humanité, c'est-à-dire d'une intégration authentique, s'ouvre. Dès lors, l'autre, avec ses différentes façons de mener sa vie, n'est plus ressenti comme une menace, mais comme un partenaire à connaître, à comprendre, à apprécier, à recevoir, à accueillir. En d'autres termes, la diversité culturelle qui caractérise l'identité suisse inclut, dans les limites de l'ordre public, le droit de vivre sa foi au grand jour et, par voie de conséquence, la construction d'édifices religieux propres à sa démarche religieuse. L'argument selon lequel des Etats, dans d'autres régions du monde, ne reconnaissent pas la même liberté d'expression ne saurait être présenté comme une objection dirimante dans la mesure où une symétrie de l'injustice ne constitue nullement une solution adéquate.[2]

En arrière-fond de la question posée par cette initiative, voici qu'une autre perspective se découvre, celle de la présence paisible des musulmans en Suisse avec lesquels les chrétiens sont appelés à contribuer au bien-être de la société. Le témoignage que les uns et les autres ont à donner ensemble porte précisément sur leur contribution commune à la paix. Dans cette visée, qui n'est certainement pas celle des auteurs de l'initiative, la formule « prenons de la hauteur » pourrait être aisément commentée, et non de manière naïve, par la paraphrase suivante : prenons de la profondeur, on s'y bouscule encore moins?

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