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mercredi, 05 juillet 2017 08:40

Des extrêmes à la radicalisation

Écrit par

p23SpieringsHerrmannDe l’infiniment petit à l’infiniment grand de l’Univers, des violentes et meurtrières catastrophes naturelles à la fragilité d’une aile de papillon ou la douceur d’un flocon de neige, de la barbarie la plus sanguinaire aux purs actes d’amour, de la misère et la faim qui tenaillent des populations entières à la richesse indécente de quelques-uns toujours plus fortunés (voir l'article d'E. Perrot), les extrêmes sont de ce monde, constamment et partout. Ils modèlent nos environnements, influencent le cours de l’Histoire, inspirent nos âmes... et choisir, qui se penche sur ce sujet dans son numéro d'été.

Cris de révoltes contre l’ordre divin ou la fatalité, supplications, remerciements se font plus vifs lors de deuils douloureux ou de radieuse plénitude. Le questionnement métaphysique s’intensifie dans les moments de crises profondes et de déroutes des cœurs. Les regards se portent instinctivement vers le Ciel quand l’homme, debout en pleine nature, regarde avec allégresse l’immense océan, la voûte étoilée, les majestueuses crêtes enneigées ou le puissant chêne déployant ses branches au-dessus du pré. Il expérimente alors qu’il est partie d’un tout (L. Espinassous, Fr. Berger) ; il pense au-delà du visible, il médite sur le Bien et le Mal.

Une situation extrême n’est donc pas bonne ou mauvaise en soi. Elle induit un mouvement, une décision qui peut être constructive ou destructrice. Quand elle rejoint l’homme dans son désir de se dépasser, d’explorer de nouvelles solutions, de construire un monde plus sûr, plus juste... avec les autres, pour les autres, quand elle le conduit à expérimenter l’altérité et le décentrement, elle se fait porteuse de vie, de bien, de beau. Mais quand elle le mène à l’isolement, au narcissisme stérile, au nihilisme (quoi de plus extrême que l’ère du vide ?), à l’annihilation de la pensée de l’autre, elle se fait chemin de mort et l’éloigne de sa source divine. « Le piège de l’extrême, écrit Bruno Fuglistaller dans ce numéro, c’est de s’en faire le sujet. »

Sur le plan social, ce mouvement se traduit en Occident par une radicalisation de la pensée collective, religieuse ou idéologique (A. Petrache, A. Spierings). En quête de sens, l’homme s’accroche à toutes sortes de -ismes (terrorisme, nationalisme, fondamentalisme, scientisme) réducteurs et mortifères. Les sciences ont bien tenté de remplacer les religions et d’apporter réponses et sécurité, mais sans grand succès (J.-L. del Bayle, Fr. Le Blay). Les spiritualités qui se centrent sur l’Autre, qui mettent l’homme en relations, qui appellent à l’écoute de l’intériorité, au dialogue et au discernement et qui rappellent notre responsabilité à l’égard de la Création ont un rôle pacificateur à jouer. Pour faire face aux écueils où nous entraînent les extrêmes du monde et préserver notre liberté de pensée, connaissance et sagesse, science et foi doivent se conjuguer. « Tiens ton esprit libre, même pour faire le contraire.... En cela n’abdique jamais », nous conjurait déjà Ignace de Loyola, il y a 500 ans.

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