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mercredi, 29 septembre 2021 09:45

Sortir de soi, ça fait du bien!

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© P. Deliss/GodongLe psalmiste l’a chanté, nos âmes ont soif d’absolu, nos cœurs soupirent après la complétude (cf. Ps 63). À cause de ce manque, nous souffrons, parfois de manière stérile, mais sans lui nous n’irions pas à la rencontre des autres et de l’Autre. Ce numéro présente deux voies pour remédier à cet état d’insatisfaction: la compassion et l’ivresse. Elles ont en commun qu’elles partent du désir de «sortir de soi». Quant à leurs retombées…

Il serait tentant de caricaturer. L’ivresse porterait à une fuite en avant désordonnée et égotique, tandis que la compassion mènerait à l’action efficace pour le plus grand bien de chacun et de tous. Ce serait vite oublier, d’un côté, que l’ivresse a longtemps été considérée comme un état privilégié pour accéder au divin (Noémie Graff). Dans la sobria ebrietas (la sobre ivresse spirituelle) évoquée par Bernard de Clairvaux, l’âme, rassasiée, trouve même son aboutissement dans une contemplation permettant d’habiter pleinement le monde (Thierry Collaud). De l’autre côté, une compassion mal canalisée -plus précisément la détresse empathique- peut mener à des états de confusion affective et de repli sur soi.

Empathie, compassion, miséricorde, autant de mots qui se chevauchent et se confondent parfois. S’ils disent tous l’expérience d’une émotion partagée qui prend aux tripes face à la souffrance d’autrui et s’ils invitent à agir pour soulager cette douleur, leur assise diffère… et les résultats escomptés avec.

Philosophes, éthiciens, religieux et psychologues se rejoignent: aider les autres, faire preuve de générosité est un moyen de donner du sens à sa vie et de s’épanouir. Le don gratuit est certes un leurre, mais pourquoi s’en priverait-on sous prétexte d’ambivalences et d’égoïsme de transfert (Étienne Perrot sj) ? Une meilleure question serait de savoir quel compas adopter face aux difficultés sur le terrain. Les uns mettent en avant l’altruisme efficace, savant mélange d’émotions, de raison et de calculs économiques, où l’essentiel est de répondre aux besoins du plus grand nombre de personnes possible, nonobstant les contextes culturels ou politiques (Peter Singer). D’autres, se référant aux écrits de Paul Ricoeur, soulignent qu’il n’y a pas de compassion sans respect de la personne et hors de la vraie rencontre avec autrui (Paul Bouvier). Pour d’autres enfin, la compassion -ou miséricorde- est un attribut divin, et donc une vertu morale (Alain Thomasset sj) qui nous presse à ajuster notre regard sur le Christ, un guide pour le moins efficace! 

Découvrez le sommaire de notre édition d'octobre 2021, n°701

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