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samedi, 06 juin 2009 12:00

Pour une parole crédible

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L'année paulinienne, promulguée à l'occasion du bimillénaire de sa naissance, s'achève en ce mois de juin 2009. Elle a fait connaître la vie, la pensée et l'action de l'homme Paul, derrière le saint. Elle m'inspire une réflexion sur la crise de l'autorité dans les Eglises chrétiennes et plus particulièrement dans l'Eglise catholique dont quelques événements récents ne sont que les symptômes.

Même si elle s'origine dans son expérience du Christ ressuscité - il en est convaincu et il l'affirme à plusieurs reprises dans ses lettres -, l'autorité apostolique de Paul est très souvent contestée et battue en brèche. La certitude qui l'habite, qui lui vient du Christ vivant et qui l'anime dans l'affirmation de la liberté du croyant par rapport aux anciennes règles, ne le transforme pas en un doctrinaire qui ignore la situation des gens à qui il s'adresse dans la cité. Cette même certitude n'en fait pas un « administrateur » d'Eglises qui gère à distance des conflits. Comme on l'observe en particulier dans la question épineuse de la participation des croyants aux repas pris dans la cité, près des temples de Corinthe, Paul est attentif à préserver les pratiques traditionnelles de convivialité et de sociabilité. Pour lui, la mission de l'évangélisation ne s'oppose pas à une attention soutenue aux situations sociales des membres de la communauté et à une capacité d'adaptation. Les sentiments et les émotions qu'il exprime à ses correspondants montrent aussi une forte implication personnelle. Les communautés qui sont fragiles, et dont il espère la croissance, représentent à ses yeux la seule attestation indiscutable de l'authenticité de sa mission.

Certes, les débats et les conflits des petites communautés pauliniennes ne sont plus ceux des Eglises mondiales d'aujourd'hui, mais la manière dont Paul a exercé l'autorité apostolique demeure porteuse de sens. Albert Rouet, l'archevêque de Poitiers, déclare à propos des événements récents qui marquent la crise de l'autorité : « On se rend compte que toute parole qui vient d'en haut, qui n'est pas engagée dans un dialogue, après avoir écouté et entendu l'autre, ne peut plus être une parole crédible (...) Tant que l'Eglise va se contre-distinguer de ce monde, tant qu'elle va vouloir vivre dans une nébuleuse ou en état d'apesanteur, elle perdra toute crédibilité. C'est un problème pour nous tous, pour le pape bien sûr, mais aussi pour les évêques, pour toutes les communautés chrétiennes. Notre monde n'écoute que ce qui est prononcé à hauteur de visage d'homme. Tant qu'on n'aura pas compris cela, on ne pourra pas être entendu, ni même compris (...) La question à se poser est de se demander quelle est notre posture vraie pour être en capacité d'être entendu. On se rend compte que sans partage, il n'y a pas de posture vraie (...) La crédibilité ne se décrète pas. » [1]

Ces paroles fortes et claires d'un responsable d'Eglise sont ajustées à l'intuition de Paul : l'observation et l'attention « à hauteur de visage d'homme » et surtout la bienveillance qui se construit dans le partage. La posture vraie, c'est-à-dire en relation avec la situation vécue des gens, donne une assise à l'autorité. Je ne crois pas que l'engagement du témoin fasse défaut dans l'Eglise. Aujourd'hui comme hier, certains témoins, plus institutionnels comme Grégoire le Grand dans l'Antiquité tardive ou Jean Calvin au XVIe siècle, ou aussi charismatique que François d'Assise au XIIIe siècle, servent encore de références.[2] On peut y ajouter d'innombrables figures de notre temps, hommes et femmes, comme Oscar Romero, qui s'est transformé et humanisé au fil des années au contact de son peuple salvadorien, ou Paul Faraj Rahho, l'archevêque chaldéen de Mossoul, qui incarnait sa communauté et qui fut assassiné l'an dernier au moment du Chemin de Croix. Leurs oeuvres se poursuivent, portent leurs fruits et touchent encore nos contemporains.

L'autorité, comme son étymologie l'indique, sert à faire croître et grandir. Elle devrait en particulier promouvoir et soutenir les laïcs présents dans la société et l'Eglise, pour chercher avec d'autres des solutions aux problèmes qui se posent.

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