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mercredi, 28 novembre 2018 15:42

C’est ma peine. Enfants de détenus

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acatLa vie d’un enfant est souvent anéantie lorsqu’un de ses parents est placé en détention. À moins que cela ne soit contraire à son intérêt supérieur, il faudrait tout faire pour l’aider à maintenir une relation avec ce parent, la plus apaisée possible, en conformité avec l’article 9 de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant. Ce n’est pas toujours le cas en Suisse.

À l’occasion de la Journée des droits de l’homme du 10 décembre 2018, ACAT-Suisse a choisi de lancer une pétition pour une meilleure protection des droits des enfants des détenus.

Selon l’Office fédéral de la justice, environ 9000 enfants sont séparés en Suisse d’un père et/ou d’une mère en détention. «Ils sont les victimes collatérales d’une infraction qui n’est pas la leur», commente l’Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), dans un argumentaire titré Ce n’est pas ma sentence et pourtant c’est ma peine.

L’ONG présente des témoignages d’enfants de détenus. Trina (prénom fictif), âgée de 12 ans aujourd’hui, en avait 7 quand sa mère a été mise en détention provisoire (pour 21 mois) pour une histoire de corruption. La détention provisoire étant plus restrictive que le régime pénitentiaire, la petite fille n’a pu voir sa maman qu’une fois par mois, pendant une heure seulement. En plus, elle ne pouvait pas lui parler au téléphone: «Quand j’ai entendu que maman était en prison, j’étais triste. Et quand j’allais lui rendre visite, j’étais contente. Mais je devais attendre longtemps pour le revoir. Et le temps que je passais avec elle était toujours trop court», témoigne-t-elle aujourd’hui.

Si globalement les directeurs des pénitenciers sont conscients de l’importance pour les enfants du maintien du lien avec leurs parents détenus, «il n’existe malheureusement dans notre pays ni directive claire permettant de respecter les droits de ces enfants ni pratique uniforme entre les cantons», explique le texte des pétitionnaires. Adressée à la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police (CCDJP), la pétition (à retrouver ici) demande qu’une étude sur la situation des enfants de prisonniers soit menée par la Confédération, en conformité avec la recommandation adressée à notre pays, en 2015 déjà, par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU. Elle demande aussi que la législation, la politique et la pratique suivent la Recommandation du Conseil de l’Europe adoptée en avril 2018. Celle-ci souligne que le respect des droits et besoins de chaque enfant, ainsi que la qualité des contacts avec son parent incarcéré sont compatibles avec la nécessité de garantir la sûreté et le bon ordre dans les établissements pénitentiaires.

REPRLa détention d’un parent peut vite tourner au cauchemar pour le reste de la famille, rappelle Viviane Schekter, qui accompagne ces situations au quotidien en tant que directrice du Relais Enfants Parents Romands (REPR): «Une personne derrière les barreaux implique souvent toute une famille dans l’ombre.» Les enfants souffrent de traumatismes, d’angoisses et d’autres problèmes physiques ou psychiques. Des études montrent qu’ils sont plus susceptibles que la moyenne de développer des comportement agressifs ou de sombrer dans la dépression.

«Voir ses parents et savoir ce qu’ils font, ce qu’ils mangent et où ils dorment peut grandement soulager les enfants concernés», témoigne pour sa part Renate Grossenbacher, qui elle aussi accompagne des enfants qui souhaitent rendre visite à leur père ou mère en prison, cette fois sur mandat de l’Armée du Salut.

Pour en savoir plus, Human rights Suisse a préparé un bon dossier sur la question.

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