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jeudi, 15 novembre 2018 14:41

Mettre l’humain au cœur de la finance

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bourseLe modèle financier déconnecté de l’économie réelle et basé sur le rendement à court terme a fait son temps. Parier sur une croissance durable et éthique est possible, mais, pour ce faire, la finance doit revenir à une création de richesses plus «qualitatives». Telle est la thèse développée par Paul H. Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance à Genève, lors d’une conférence donnée le 13 novembre, à la paroisse Saint-Paul de Cologny, intitulée Finance responsable: un point de vue chrétien?

«La finance a pêché par manque d’éthique», a expliqué Paul H. Dembinski. «Dès le début des années 70, elle a été envisagée comme la solution capable de résoudre tous les problèmes», mais cette «financiarisation» du monde basée sur le rendement et le quantitatif n’a eu de cesse d’occulter la dimension qualitative ou éthique. Le professeur d’économie à l’Université de Fribourg a donc certifié que sans changement, «notre société va droit dans le mur». Alors quelles solutions avancer pour transformer le monde de la finance? Et de proposer quelques pistes dans la ligne de l’éthique sociale chrétienne.

Le Vatican montre l’exemple

Au mois de mai dernier, le Vatican a publié un plaidoyer pour l’humanisation de l’économie. Sobrement intitulé Oeconomicae et pecuniariae quaestiones (Questions économiques et financières), le texte n’en est pas moins radical, selon le conférencier. Il a pour ambition de fournir des repères éthiques concrets en matière de régulation du marché. Il en appelle aussi aux entrepreneurs, afin qu’ils initient un retour vers une finance plus axée sur le bien commun et la responsabilité sociale. Pour ce faire, une amélioration significative de la transparence dans les affaires bancaires et monétaires ou encore l’instauration de comités d'éthique dans les conseils d'administration est nécessaire. Le texte met encore en exergue l’exigence d’une formation éthique dans les écoles de commerce.

Outre les institutions financières, cet appel à agir est adressé avant tout à chacun, rappelle l’économiste: «Ce texte est une manière de dire que le besoin d’intégrité doit se retrouver dans toutes les couches de la société.» Cette dernière n’a d’ailleurs pas attendu le plaidoyer du Vatican pour faire bouger les choses.

La jeunesse et la création de richesses

Un des signes du changement est l’attribution du Prix Nobel d’économie 2018 à William Nordhaus et Paul Romer. Ces deux économistes ont postulé que la performance économique peut réellement s’accompagner d’un impact positif sur le plan social et/ou environnemental. Ce qu’atteste la croissance d’un des segments les plus prometteurs de la gestion responsable, l’impact investing, qui accorde autant d’importance à l’impact social et environnemental de la gestion financière qu’à celle de la performance. D’ailleurs, l’offre de ce genre de produits financiers est en hausse constante et répond à une importante demande du côté de la génération des millenials. Ces derniers ne considèrent plus que la création de richesse est uniquement financière. Bien au contraire, ils désirent que leurs investissements reflètent leurs valeurs personnelles, ce que confirme le professeur Dembinski. Pas d’excès d’optimisme non plus néanmoins, car même si les valeurs éthiques servent à faire avancer la cause de l’impact investing, le profit reste encore au centre de la manœuvre.

«Le texte du Vatican interpelle le chrétien dans ce qu’il fait au niveau financier», affirme enfin l’économiste. De quoi, peut-être, nudger* les chrétiens afin de ne pas désinvestir le monde de la finance.

*Nudge ou «coup de coude» en français est une théorie économico-comportementale mise en lumière par Richard Thaler en 2008. Cette technique vise à inciter des personnes ou une population ciblée à changer leurs comportements ou à faire certains choix grâce à des suggestions indirectes.

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Avec, en exclusivité sur notre site, les propos de Pierre Emonet sj, directeur de choisir, et de Charles Morerod op, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.