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mercredi, 06 juillet 2011 12:00

Le désir de foi : Musset

Écrit par

Godo 42767Emmanuel Godo, Une grâce obstinée. Musset, Cerf, Paris 2010, 218 p.

Depuis une dizaine d'années, l'auteur, professeur de littérature et écrivain, focalise sa réflexion sur le sens spirituel de l'expérience littéraire. Avec ce nouvel ouvrage, il nous entraîne dans l'aventure peu banale qu'a été le parcours rapide et vite consumé de Musset, « poète romantique ».

L'âge romantique, souligne-t-il en commençant son étude, est, aux points de vue psychologique, moral, esthétique et religieux, le temps de la première personne, le temps du Je. Les penseurs romantiques veulent faire la part de toutes les composantes de l'être et admettent la possibilité d'une ontologie du sentiment. La structure du moi romantique étant donc par nature contradictoire, elle entraîne ce moi dans des polarités si différentes qu'il ne parvient jamais à établir un état d'équilibre.

Sur ce point, Musset présente un cas de romantisme pur : il vit tendu entre des pôles inconciliables (tragique, joyeux, pur, impur, sublime et impuissant), là où l'écartèlement est le plus vif. Et l'on voit comment son oeuvre est traversée par deux aspirations contraires : celle qui fait de l'écriture un jeu et celle qui exige une sincérité absolue.

Comme tous les romantiques, il a besoin de foi. Mais l'objet de cette foi lui importe peu ! Poésie, contes, théâtre... Il fait feu de tout bois. Certains ont trouvé que ses contes ne sont que de charmantes variations sur du rien... mais c'est justement ce rien que le poète sonde, car ce rien lui semble sources infinies, fontaines narratives où gît peut-être le mystère du coeur. Il est fasciné par l'ombre, par les extrêmes qui se jouxtent et son écriture fonctionne avec une grande rapidité : des sauts, des gambades, des enjambées qui pourraient tenir de ce qu'on a pensé être une forme d'épilepsie, laquelle a été attestée par ses biographes. Musset est joueur, en amour et aussi en politique. Il croit en la liberté, au hasard. Il risque et recherche le vertige, mais au sein d'un cadre rigoureux et stable.

Son théâtre lui a valu le succès. Il aurait voulu qu'il soit le reflet intime de son être : « Ma vie est si bizarre et il y a un tel désaccord entre mon coeur et ma tête, ou pour mieux dire, entre moi et mes actions, que j'ai été forcé de m'habituer depuis longtemps à avoir ma pensée dans ma poche et à ne l'en tirer qu'en rentrant chez moi. »

Tout chez Musset est relié à l'amour, mais l'homme disséminé qu'il est ne peut se reconnaître dans une vision unique de l'homme et de Dieu. Tout incroyant qu'il soit, il n'en poursuit pas moins un dialogue avec la figure du Christ et, dans La Confession d'un enfant du siècle, il prend ses distances avec les antagonistes du Christ. Il interroge sans cesse les raisons que son époque pourrait avoir de nouveau pour espérer, pour tenir face à ce qu'il nomme le vide de Dieu. Il y a en Musset un besoin de croire et il n'y parvient pas. Entre le « pas encore » et le « déjà plus », il a passé sa vie entre les saveurs des commencements et l'amertume des lendemains.

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