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lundi, 04 décembre 2017 11:54

En marche vers l'unité

Écrit par

Behr SigelLes textes qui composent ce recueil ont été réunis par Olga Lossky, à qui l’on doit déjà une biographie d’Élisabeth Behr-Sigel. Ils constituent un complément précieux aux ouvrages de cette théologienne au parcours singulier, que l’on a appelée la grand-mère de l’orthodoxie d’Occident, et couvrent une vaste période (1932-2000).

Elle-même issue des milieux de l’émigration russe, Olga Lossky a regroupé en cinq grands chapitres ces textes de formes diverses, dans un ordre qui n’est pas strictement chronologique mais qui correspond plutôt aux grands thèmes qui ont marqué la pensée d’Élisabeth Behr-Sigel.

Élisabeth Behr-Sigel
En marche vers l’unité
Point de vue d’une théologienne orthodoxe
Édition établie et préfacée par Olga Lossky
Paris, Cerf 2017, 340 p.

Au travers de méditations bibliques, de cours sur les théologiens de l’émigration russe et de conférences s’adressant tant à des milieux orthodoxes qu’à un public plus large, on retrouve les grandes questions qui se sont posées dans la rencontre de la communauté orthodoxe russe émigrée, après la révolution de 1917, avec l’Occident: l’unité de l’Église, l’héritage de la tradition patristique, la confrontation avec la culture, le rôle des laïcs et l’engagement chrétien dans le monde d’aujourd’hui.

Présent tout au long de ces écrits, l’enracinement dans les sources bibliques et patristiques est «le socle» à partir duquel ces questions sont abordées. S’interrogeant notamment sur l’actualité et la pertinence des Pères de l’Église pour la pensée d’aujourd’hui, sujet débattu par nombre de théologiens récents, elle montre qu’il ne s’agit ni de «liquider… l’héritage des Pères comme un bagage encombrant», ni de «respecter respectueusement des formules devenues vides ou opaques», mais de retrouver ce qui, à leur époque, leur a permis de parler à leurs contemporains dans le langage de leur culture. «Être fidèle aux Pères, écrit-elle, c’est retrouver leur inspiration créative pour évangéliser l’homme moderne, c’est tenter de déchiffrer les signes de notre temps.»

Des notes de cours sur des théologiens tels que Serge Boulgakov, Vladimir Lossky et Paul Evdokimov, dont elle fut proche, mises en forme par l’éditrice, rendent compte du renouveau de la recherche théologique au sein de l’orthodoxie. Une série de textes réunis dans le chapitre intitulé Perspectives œcuméniques explorent l’histoire du Schisme de 1054, en éclairant le contexte historique et culturel, mais aussi les conséquences de cette rupture qui s’est creusée au cours des siècles. L’auteur souligne à cet égard que l’émergence d’une «orthodoxie occidentale» dans les communautés de la diaspora a ouvert la voie, au travers de rencontres œcuméniques, à des efforts visant à dépasser les antagonismes dans ce qu’elle nomme «l’impatiente patience».

Elle qui fut luthérienne avant de découvrir l’orthodoxie analyse aussi diverses positions protestantes face à l’orthodoxie; avec une grande netteté, elle aborde en particulier le difficile problème de l’hospitalité eucharistique qui se pose notamment dans des mouvements tels que l’ACAT, dont elle fut l’une des responsables pendant de nombreuses années. Elle invite les chrétiens à «tendre à une réconciliation authentique, non dans le clair-obscur d’un œcuménisme sentimental ou pragmatique, mais à la lumière de la charité qui trouve sa joie dans la vérité».

Une question centrale, pour Élisabeth Behr-Sigel, celle de la place et du rôle des laïcs dans l’Église, a fait l’objet d’un cours où elle rappelle les vicissitudes du terme et de la notion de laïcat dans son rapport avec les ministères ordonnés. Insistant sur le «sacerdoce royal» de tous les baptisés, et donc sur l’éminente dignité et responsabilité des laïcs, elle mentionne certaines dérives, apparues au cours de l’histoire, qui se révèlent à travers le langage et ne sont pas sans incidences sur le rapport entre l’Église et le monde. Elle note toutefois une lente prise de conscience dans la réflexion ecclésiologique récente et évoque aussi brièvement la question d’un «éventuel accès des femmes au ministère sacerdotal» (à laquelle elle a consacré par ailleurs deux ouvrages), question qui, dans l’Église orthodoxe, demeure ouverte. Les derniers textes du recueil sont consacrés à l’engagement des chrétiens dans le monde, notamment dans le domaine des droits de la personne; elle évoque une «nouvelle alliance» entre «chrétiens post-idéologiques et défenseurs post-idéologiques des droits de l’homme», lieu d’une possible rencontre «sur une philosophie… de la personne humaine en tant que mystère et valeur absolue».

Lucide, mais avec compassion, elle réagit à des évènements contemporains comme le document du patriarcat de Moscou sur la doctrine de l’Église russe (publié en 2000) ou la loi Veil sur l’avortement. Selon elle, l’engagement chrétien dans le monde fait partie de la confrontation et du dialogue avec la modernité. C’est dans la liturgie, centre de la vie ecclésiale, que les fidèles sont nourris pour leur mission dans le monde, la «liturgie après la liturgie».

Ce recueil permet de mieux cerner la pensée d’Élisabeth Behr-Sigel, de même que l’émergence et le développement d’une pensée orthodoxe désormais établie en Occident, dont elle fut le témoin attentif.

Pour en savoir plus sur cette personnalité œcuménique hors du commun, lire encore les articles de Jerry Ryan, Élisabeth Behr-Sigel, et de Thierry Schelling.

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