Malgré ses nombreux efforts pour établir le déroulement des faits et pour comprendre comment et pourquoi les protagonistes du drame en sont venus à ces extrémités, le livre se clôture sur ce constat: la personne humaine reste toujours un mystère pour autrui.
Le récit se concentre sur Jo Di Mambro, un des deux gourous du mouvement, et sur sa fille Emmanuelle (nom emprunté), qui périt à Salvan à l’âge de 12 ans. Mais nous y croisons bien d’autres adeptes, certains un peu paumés, d’autres socialement très bien intégrés. Il revient ainsi sur les contradictions du mouvement et de ses membres: affaires financières douteuses, luttes pour le pouvoir, manipulation et emprisonnement des esprits… mais aussi sincérité, recherche spirituelle et amour.
Julien Sansonnens signe là un livre sensible, bienveillant même. Sa capacité à entrer en résonance avec tous les « personnages » de l’histoire le mène à ressentir parfois de la fascination face à certains rituels, à se laisser gagner par leur beauté scénique et par la chaleur humaine qui relie les participants. Et c’est cette expérience qu’il transmet au lecteur qui est peut-être la plus à même à apporter un début de réponse au pourquoi de ce drame effroyable.
Mais là où nous ne pouvons plus suivre l’auteur, c’est lorsque son empathie le fait mettre sur un même balancier toutes les manifestations humaines du désir de transcendance. Il compare des dogmes de la foi chrétienne, comme celui de la Trinité, à des rituels ésotériques obscurs de l’OTS qui empruntent leurs symboliques et leur langage à toutes sortes de mouvements religieux, allant de l’Égypte pharaonique à l’hindouisme, en passant par la Bible (une des références est celle du Corps christique). Ainsi encore lorsqu’il rapproche la conception théogamique (sans rapport sexuel) de la fille de Di Mambro, mise en scène lors d’un rituel éprouvant, à la conception virginale du Christ. Un relativisme qui relève sans doute d’un manque de connaissances théologiques, mais aussi de la sensibilité politique de l’auteur, ancien président du POP vaudois.
En dehors de cela, L’enfant aux étoiles sonne juste et fait vivre au lecteur une expérience troublante: celle de se retrouver à la fois en dehors et à l’intérieur d’une secte.