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Gérard Joulié

lundi, 28 novembre 2016 17:09

Le philosophe caméléon

Le poète John Keats disait: «Ce qui choque et scandalise le vertueux philosophe comble d’aise le poète-caméléon.» On peut se demander si le courant moderniste ou post-moderniste de la philosophie occidentale n’a pas fait sienne, en la prenant dogmatiquement au sérieux, l’assertion d’un poète qui n’était lui-même, comme il le dit, qu’un caméléon. Car il s’agit bien là d’une contestation radicale de l’esprit de sérieux, de fixité et de certitude, par des philosophes qui se posent comme des antiphilosophes, des contre-philosophes, sans pour autant être des poètes. Des poètes de la philosophie.

mardi, 29 novembre 2016 15:00

Une littérature impure

Des goûts et des couleurs en littérature, de leur bien-fondé ou de l’inanité ou de l’inutilité des jugements littéraires. Sur quel critère sont-ils fondés? Le goût change, l’homme aussi. Ce que l’on aimait hier, l’aimera-t-on aujourd’hui ? Relit-on ce qu’on a aimé enfant? Finit-on toujours les lectures commencées? Se souvient-on même de ce que l’on a lu? Où finit le bavardage? Où commence la littérature  L’enfant distingue-t-il entre la grande et la moins grande littérature? Ces distinctions ne sont-elles pas le fait d’adultes rassis, de dégustateurs un peu blasés qui n’ont plus grand appétit.

lundi, 28 novembre 2016 15:34

La saison du poète

«A ce moment l’aube se leva; sachant que Shéhérazade ne commencerait à parler qu’à la nuit, le préfacier en profita et, baisant le sol devant le roi lecteur, il dit...» (Mille et une nuits.)

La nuit, les animaux vont boire, chasser, aimer et le conteur triomphe du temps aboli. La nuit, en Orient, c'est le réveil du corps et de l'esprit, et le jour, c’est la vraie nuit de l’Oriental étendu sur une ottomane, un grabat ou une natte. Le jour, le bazar est fermé et sur les routes les passants sont sourds au klaxon, transformés en somnambules, indifférents au trafic.

lundi, 08 août 2016 15:12

La voie du blâme

Pascal Quignard,
Critique du jugement,
Paris, Galilée 2015,
264 p.

Les mystiques sont hérétiques car leur affaire est de trouver Dieu par des voies singulières. Leur démarche n’est pas en accord avec l’intention simple et somme toute assez démocratique qui est visible dans l’Evangile : le même Dieu pour tous. Les mystiques se posent en aristos, en spécialistes, en connaisseurs de Dieu - eux qui se méfient tant du savoir et qui prétendent que Dieu est inconnaissable et qu’il ne se connaît même pas lui-même - et se réservent une grâce choisie, trouvée par une voie savante et ardue - fût-elle celle du blâme, fût-elle contraire à tout savoir, qu’il soit philosophique ou théologique.
Pascal Quignard s’inscrit indéniablement dans cette lignée de mystiques plus ou moins sauvages dont l’Eglise a gardé certains dans son giron et dont elle a excommunié beaucoup d’autres. Dans le cas de Quignard elle n’aura pas d’excommunication à prononcer, ce dernier s’étant, si j’ose dire, excommunié lui-même depuis longtemps en déclarant sinon haut et fort, du moins dans chaque ligne de ce qu’il écrit, son athéisme.

 

Lucien d’Azay,
Keats, Keepsake,
Paris, Les Belles
Lettres 2014, 224 p.

Edgar Poe, qui avait lu Keats, disait qu’à côté du roi des cieux, sur un autre trône, se tenait un autre Dieu, plus terrible encore et plus beau. Je rapproche cette pensée de ce qu’écrivait Keats à sa fiancée Fanny Brawne, à savoir que pour décrire le culte qu’il vouait à son être physique, « il lui faudrait un mot plus éclatant que celui d’éclat, plus beau que celui de beauté ».

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CouvLivreChoisir

Coédité par choisir et les éditions Slatkine, ce recueil regroupe douze nouvelles retenues par le jury du concours pour écrivain(e)s lancé par notre revue lors de son 60e anniversaire.

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