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Etienne Perrot sj

Un professeur de morale plein d’humour (ça existe) me disait un jour : « Moi, je suis un bourreau de travail. La preuve ? Je laisse toujours le travail en souffrance. » A y regarder de près, c’est plutôt le travail qui fait souffrir la morale, ce qui bouscule l’éthique et la malmène.

mardi, 28 avril 2015 14:59

Robot, es-tu là ?

Dans ce numéro de choisir, Serge Tisseron, psychiatre, évoque le danger d’une relation affective avec les robots domestiques. On peut s’attacher à ces aides-ménagères électromécaniques comme on s’attacherait à un petit chat. Le risque provoqué par ces engins sans âme est d’asservir. Comme à un vieux tricot troué devenu trop familier, ou comme une huître au rocher, on s’y accroche. Au cinéma, dans La guerre des étoiles, le robot R2-D2 a fait couler plus de larmes aux spectateurs que les millions de morts de la planète que le méchant Dark Vador fait exploser sous les yeux horrifiés de la princesse Leia. D’où les tentatives évoquées par le psychiatre : donner aux robots quelques aspects repoussants pour neutraliser les dangereux sentiments d’empathie.

jeudi, 16 avril 2015 16:47

Cléricalisme

Les témoignages présentés dans ce numéro laissent penser, avec juste raison, que le prêtre suisse n’a plus rien de clérical. Car aucun ne chercherait à diriger politiquement la société.

Le prêtre aujourd’hui semble avoir revêtu le vêtement que saint Vincent de Paul exigeait des Filles de la Charité rassemblées dans la Congrégation religieuse qu’il venait de fonder : s’habiller comme les jeunes filles modestes de leur temps, servir les pauvres en passant inaperçues. C’est sans aucun doute dans cet esprit que notre pape François répondit à un journaliste laïc qui l’interviewait : « Quand j’ai face à moi quelqu’un de clérical, je deviens automatiquement anticlérical. Le cléricalisme ne devrait rien avoir à faire avec le christianisme. »

mardi, 03 février 2015 01:00

Hymne à la transcendance !

Les attentats injustifiables contre le personnel de l'hebdomadaire Charlie Hebdo ont provoqué un mouvement planétaire de protestation, bien orchestré par les politiques. Parmi tous les slogans, le plus répandu fut, sans aucun doute, « Je suis Charlie ». Ce slogan a résonné jusque dans le temple de Carouge, ce dimanche 11 janvier, où le pasteur le placardait sur sa toge noire, avant d'expliquer le sens de cette solidarité : ni au nom de l'unité (trop sensible à la récupération politique), ni au nom de la citoyenneté (trop sujette au refus des étrangers), mais au nom de l'humanité bafouée dans son existence-même, et dont la dignité est inséparable de la liberté d'expression.

mardi, 04 novembre 2014 13:52

Guerre juste ?

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, mais pourvu que ce fût en une juste guerre », écrivait Charles Péguy, dont nous célébrons cette année le centenaire d'une mort cueillie sur les champs de bataille au tout début de la guerre de 1914. Depuis un siècle, l'idée de déclarer une guerre « juste » n'est venue dans la tête d'aucune personne de bon sens. Car il n'existe pas de guerre qui n'engendre ses injustes barbaries.

Et voilà que le 19 août dernier, le pape François semble rompre avec ce consensus. Dans l'avion qui le ramène de Corée du Sud, le saint Père évoque la guerre en Irak et l'avancée des hordes de l'Etat dit islamique. « Dans le cas où il y a une agression injuste, je peux seulement dire qu'il est légitime d'arrêter l'agresseur injuste », a-t-il précisé. Le pasteur Dietrich Bonhoeffer, évoquant le désastre allemand sous la conduite d'Hitler, prenait la comparaison d'un train mené par un mécanicien fou ; il en concluait, lui aussi, qu'il fallait neutraliser le mécanicien, quitte à le supprimer si nécessaire.

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