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Jacques Petite

jeudi, 04 octobre 2018 15:30

L’éclipse de la mort

RedekerRobert Redeker
L’éclipse de la mort
Paris, Desclée de Brouwer 2017, 224 p.

Le titre de l’ouvrage en résume parfaitement le contenu (éclipse n’étant pas synonyme de disparition). Partant de ce que nous constatons tous dans les vies publique et personnelle de la majorité de nos contemporains, souvent avec désolation, l’auteur, philosophe et écrivain fécond, montre magistralement l’importance que la mort a dans notre culture depuis plus de deux mille ans. Nous pourrions dire avait, puisque nous vivons aujourd’hui sans y penser.

mardi, 03 mai 2016 17:33

Dépénalisation de l’euthanasie

René Stockman
La boîte de Pandore
Réflexion sur l’euthanasie sous une perspective chrétienne
Namur, Fidélité/Editions jésuites 2015, 148 p.

Voilà un livre bien construit, honnête, provenant d’un homme dont l’autorité en la matière ne fait aucun doute : théologien flamand (actuel supérieur des Frères de la Charité), il a longtemps été directeur d’institutions psychiatriques. Le titre, La boîte de Pandore, résume bien le constat de l’auteur : la dépénalisation de l’avortement a préparé celle de l’euthanasie (en Belgique en 2002), ainsi que son combat : René Stockman s’est courageusement engagé dans le débat public. Ces deux dépénalisations, analyse-t-il, sont le résultat de la perte du sens de la vie et de la dignité de toute personne.

RenéGirad Sacré © Ed.  Montparnasse6Le décès récent du philosophe et académicien français René Girard n’a pas provoqué de grandes émotions et peut de vagues, un excellent article mis à part paru dans Le Temps1. Pourtant, cet éminent penseur, né à Avignon en 1923 et mort en Californie où il a enseigné durant des décennies, a apporté un éclairage nouveau et puissant à notre compréhension du mystère du mal et de la violence collective.

Enseignant passionné de littérature, presque autodidacte, René Girard a patiemment poursuivi sa recherche hors des sentiers battus2. A partir des textes sacrés, des récits mythologiques, des livres d’histoire et de la littérature mondiale (Shakespeare, Dostoïevski, ses préférés, mais aussi C. Levy-Strauss, Nietzsche et Freud qu’il a contestés sur plusieurs points), il a fait trois découvertes majeures qui découlent les unes des autres : le désir mimétique, origine de la violence et de la rivalité ; le bouc émissaire, mécanisme de la violence collective ; la fin des sacrifices dans la Bible hébraïque et la révélation du Mal satanique dans les Evangiles.

mercredi, 10 décembre 2014 01:00

La jalousie, l'envie, la compétition

La jalousie humaine est un sentiment qui n'épargne personne. A l'inverse des autres «péchés capitaux», elle ne procure ni plaisir ni soulagement. Au contraire, la jalousie, en principe, fait plus souffrir le jaloux que le jalousé. Pour mieux l'appréhender, il convient de différencier les visages qu'elle présente. Les écrits des grecs anciens et la Bible sont révélateurs à ce sujet.

jeudi, 19 décembre 2013 11:22

Qohélet commenté

Faessler 44425Marc Faessler, Qohélet philosophe. L'éphémère et la joie, Genève, Labor et Fides 2013, 320 p.

Le Qohélet, autrefois appelé Ecclésiaste, est un livre mystérieux. Son auteur est aussi énigmatique que les circonstances de sa composition (probablement au IIIe siècle av. J.-C.). Premier et unique livre « philosophique » de la Bible, Qohélet reste, par ses questions plus que par ses réponses, d'une actualité et d'une pertinence stupéfiantes.
Le théologien Marc Faessler, ancien directeur du Centre protestant d'études de Genève, lui a consacré un ouvrage remarquable, où il chemine avec le lecteur, approfondissant le sens de chaque mot. Il nous propose une traduction personnelle qui dépoussière certains ter­mes.
Le premier thème de l'ouvrage, c'est l'éphémère. Le bonheur, la vie ne durent qu'un instant ; tout n'est que « vanité », dans le sens de vain, de vent. Le terme hébreu ével (Marc Faessler le traduit par buée) revient comme un leitmotiv ; il s'apparente (mêmes consonnes) à Abel, dont la vie a été brève mais bénie de Dieu, alors que l'humanité souffre encore de la caïnisation des rapports humains (« Suis-je le gardien de mon frère ? » Gn 4,10). Qohélet, se faisant passer pour Salomon, démontre avec force l'inanité des solutions proposées par le désir humain et ses pulsions. L'accumulation des biens, le savoir, le pouvoir, une certaine sagesse, tout cela est ével. Il évoque même la tentation du désespoir et, dans un verset magnifique de sensibilité, de l'alcoolisme.
La méditation se poursuit sur le thème du temps, dont l'hébreu distingue trois formes : le temps chronologique (zeman), celui de l'horloge ; le temps intérieur (ét), le seul qui nous importe, temps du présent qui ne reviendra pas, du moment favorable (le kairos des grecs), temps que nous actualisons par nos décisions et nos actions, en rapport avec nos désirs ; enfin, le temps caché (ôlam), insaisissable, mal traduit par éternité ou pour les siècles et les siècles. L'ôlam nous surplombe et, comme l'éphémère, nous ouvre à la Transcendance.
Après avoir semblé toucher le fond du désespoir (« A quoi cela sert-il de naître ? ») Qohélet nous fait entrer dans la grande surprise : l'éphémère, la souffrance sous toutes ses formes et la certitude de la mort n'empêchent pas ce qui nous tombe dessus comme un ca­deau en plus de la vie : la joie ! La joie est inopinée, donnée, elle n'est ni liée aux conditions extérieures, ni prévisible par des dispositions psychiques, à l'opposé du plaisir que l'homme recherche, parfois jusqu'à l'addiction.
Pur hasard, clin d'œil du destin ? Non, dit Qohélet, qui, loin d'être pessimiste ou fataliste, suggère que pour être capable d'accueillir la joie, il faut s'y préparer, notamment en cherchant le Bien. Démarche possible seulement si l'on reconnaît qu'on n'est pas le centre du monde, mais que la vie, le monde et ses défauts, comme la joie, sont des dons.

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