dimanche, 27 juin 2021 06:54

Lire ou écrire, une clé pour la liberté

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Bibliothèque de la Fondation Jan Michalski  © Leo FabrizioLe confinement a été bénéfique pour l’activité littéraire. En dépit de la fermeture des librairies, la demande de livres a été particulièrement forte et les éditeurs croulent sous les manuscrits. La littérature a donc permis aux uns d’échapper à l’enfermement, et à d’autres de se donner l’impression d’exister dans le désert social de la pandémie. Si la vraie liberté se trouve là où le moi perd ses limites et ses contraintes, le confinement lui a offert un biotope favorable, et l’œuvre littéraire lui a ouvert le chemin d’un monde plus essentiel que celui dans lequel les mesures sanitaires le séquestraient. Lire pour sortir de l’enfermement, écrire pour repousser les barreaux d’une prison.

La lettre a le pouvoir de faire vibrer la corde des sentiments et de l’émotion et d’emporter le lecteur au-delà de l’immédiat, vers des zones intérieures où sommeillent les grandes énigmes de la vie et de la mort. L’espace d’un instant, la beauté exprimée lui permet d’échapper au temps pour entrer en communication avec les mystérieuses puissances de l’être. Magie intemporelle de l’écriture. L’éternelle poésie des Psaumes suggère des mots pour se faire entendre jusqu’au ciel; Homère et Dante entraînent sur le cycle de la vie et de la mort; un poème de Mallarmé emmène sur les purs glaciers de l’esthétique; les héros des romanciers font tressaillir dans le secret de notre conscience les vices et les vertus qui nous habitent, et les questions métaphysiques qui tourmentent les personnages de Dostoïevski nous font basculer du moi de surface vers le moi profond.

Toute écriture n’engendre pas nécessairement une œuvre littéraire. Les écharpes rouges qui proclament le nombre d’exemplaires vendus ou les coups de cœur de notre libraire ne consacrent pas nécessairement un monument «plus durable que l’airain» (Ære perennius: Horace). Quand bien même lauréats de prix littéraires ou invités de La grande librairie, leurs auteurs ne sont pas assurés d’une place au catalogue de la littérature mondiale.

L’œuvre littéraire n’échappe pas aux ambitions du commerce. Lorsqu’elle vient demander au battage médiatique ce qu’elle doit être, elle perd sa virginité. Soumise aux humeurs de la mode et aux bricolages militants, l’écriture quitte alors le domaine de la littérature pour celui du langage, au risque d’accoucher de chimères au sexe problématique. Une langue évolue, certes, à condition de ne pas se prostituer avec la politique ou l’idéologie ni renoncer à sa pureté. Expression privilégiée d’une culture, l’œuvre littéraire respecte le Verbe qui lui donne corps, sans pour autant abdiquer sa liberté et sa créativité.

Découvrez le sommaire de notre dossier «Ce que la littérature révèle de nous», in choisir n° 700, juillet-septembre 2021.

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