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lundi, 14 novembre 2016 13:25

USA: l’Église catholique peut jouer un rôle dans la guérison de la nation

Écrit par

DemoRepubUSa2016

Maintenant que les élections sont derrière nous, l’Église catholique doit assumer un rôle positif en vue de la guérison des graves divisions de notre pays.
Des millions de personnes ont été choquées et déçues des résultats de ces élections et des millions d’autres vont se rendre compte que la victoire implique une responsabilité pour le pays. Les résultats sortis des urnes ont montré le fossé qui existe entre républicains et démocrates, Noirs et Blancs, hispaniques et anglo-saxons, habitants des zones rurales et citadins, jeunes et vieux, entre les personnes ayant une formation supérieure et les autres, et même entre hommes et femmes.


Les divisions politiques sont fortement marquées, les partis étant en désaccord sur des questions telles que la fiscalité, le salaire minimum, l’immigration, les règles de gouvernement, le réchauffement climatique et l’avortement. Et elles sont graves non seulement pour des raisons politiques, mais aussi à cause des accusations de racisme, d’intolérance, d’incompétence, d’immoralité et de criminalité lancées contre les candidats et leurs partisans.
De part et d’autre, tous ont prédit une catastrophe de proportions apocalyptiques en cas de défaite de leur propre cause.La nation peut-elle guérir, ou ces divisions vont-elles perdurer et s’envenimer?

L’Église catholique jouit d’une position unique pour contribuer à la guérison du pays. Elle est en effet présente dans presque toutes les régions, mais elle est aussi l’une des rares organisations comptant parmi ses membres des républicains et des démocrates, des hispaniques et des anglo-saxons, des Noirs et des Blancs, des hommes et des femmes, des riches et des pauvres, des diplômés et des gens sans formation académique, ainsi que des personnes de toutes les générations.
Le pape François a dit que l’Église devrait être comme un hôpital de campagne qui prend soin des blessés. Peut-elle favoriser la réconciliation et la guérison dont a besoin le reste du pays, ou les divisions de la nation provoqueront-elles une scission dans l’Église?

Dialoguer
La voie de la guérison consiste pour l’Église à proposer un modèle ouvrant la possibilité d’un dialogue entre les citoyens. Dans le discours qu’il a adressé l’an dernier aux évêques américains, le pape a dit: «Le chemin, c’est donc le dialogue: le dialogue entre vous, dialogue dans vos presbytères, dialogue avec les laïcs, dialogue avec les familles, dialogue avec la société. Je ne me lasserai pas de vous encourager à dialoguer sans peur... Le langage aigre et belliqueux de la division ne convient pas aux lèvres d’un pasteur, il n’a pas droit de cité dans son cœur et, même s’il semble pour un moment assurer une apparente hégémonie, seul l’attrait durable de la bonté et de l’amour reste vraiment convainquant.»
Le dialogue œcuménique a favorisé la compréhension et amélioré les relations entre catholiques et protestants, alors qu’il fut un temps où ils pensaient faire la volonté de Dieu en se massacrant mutuellement. Si les Démocrates et les Républicains pouvaient parvenir à une entente aussi bonne que celle qui règne aujourd’hui entre protestants et catholiques, notre pays se porterait très bien.
Les outils élaborés par l’Église pour le dialogue œcuménique pourraient être adaptés au niveau politique. Dans le dialogue œcuménique, nous avons appris notamment combien il importe de commencer par se concentrer sur les points sur lesquels nous sommes d’accord plutôt que sur nos divergences.

Le but du dialogue
est d’apprendre à connaître l’autre,
et non de chercher à le/la convertir.

Une foule d’action sont possibles, à tous les niveaux de l’Église.
Imaginons que chaque évêque invite à dîner quatre politiciens catholiques, deux républicains et deux démocrates, pour un entretien à l’abri des médias. Le rôle de l’évêque serait celui de l’hôte neutre, prêt à écouter. Ce n’est pas le moment de pontifier. Les participants pourraient commencer par évoquer leur foi personnelle, chacun parlant du rôle que celle-ci a joué dans sa vocation politique. Une telle rencontre vise à accroître la compréhension et le respect mutuels, et non à convertir l’autre à un point de vue particulier.
De telles initiatives ne sont pas nécessairement réservées aux seuls évêques, mais des paroisses, des collèges et autres organisations catholiques où se trouvent des démocrates et des républicains peuvent en prendre de semblables. Une formation à la technique du dialogue peut être utile, et des personnes ayant l’expérience du dialogue œcuménique pourraient la dispenser.

S’unir pour combattre
Le dialogue politique, comme le dialogue œcuménique, ne devrait pas se limiter à des conversations concernant des idées ou des thèmes généraux. On connaît aussi dans l’Église ce qu’elle appelle le «dialogue de vie», où il est question de «l’attitude et de l’esprit qui guident la conduite personnelle ... On y échange sur la manière de témoigner de l’Évangile dans tous les aspects de la vie, tout en entrant en relations avec les croyants de religion différente et en vivant à leurs côtés dans la paix» - et pourquoi pas avec les tenants d’opinions politiques différentes?
L’Église encourage aussi ce qu’elle appelle le «dialogue d’action sociale commune» où des «groupes de diverses provenances religieuses [ou «politiques»] s’unissent pour vivre leurs engagements de foi en luttant ensemble en vue de résoudre le problème des sans-abri, pour les droits des travailleurs, pour combattre la faim et autres maux de la société.» Si l’Église pouvait amener Républicains et Démocrates à s’unir pour combattre ces maux sociaux, ce serait un témoignage important pour le pays. Imaginez un républicain et un démocrate œuvrant ensemble afin de trouver un toit et des ressources pour une famille de sans-abri.

L’Église contribuera à la solution,
ou elle fera partie du problème.

Ou elle sera un agent de réconciliation et de guérison, ou son environnement politique finira par la diviser. Elle dispose des personnes, des ressources et des outils nécessaires. Alors, mettons-nous à l’ouvrage.

Thomas J. Reese sj (National Catholic Reporter : NCR)

Cet article a été publié à l’origine le 10 novembre 2016 dans le National Catholic Reporter
Texte traduit de l’anglais par Claire Chimelli
Lire la version originale

 

En 2014, le Père Reese a été nommé par le président Obama à la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde. Il a été élu pour un mandat d’un an à la présidence de cette commission en juin 2016.

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