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vendredi, 04 novembre 2016 09:43

Elections américaines, l’importance des catholiques

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Donald Trump and Hillary Clinton during United States presidential election 2016Après avoir négligé les électeurs catholiques pendant la quasi totalité du cycle électoral, les médias ont finalement ouvert les yeux et reconnu l’importance de cette catégorie d’électeurs, quelques semaines avant les élections américaines du 8 novembre 2016. Jusqu’à présent, le seul groupe religieux dont il était question était celui des chrétiens évangéliques. La mesure dans laquelle ils soutenaient ou non Donald Trump a été analysée dans les moindres détails, sans que personne ne se soucie du vote des catholiques au cours des primaires.


Les médias ont oublié que le soutien fidèle des catholiques appartenant au camp républicain a joué un rôle capital dans les nominations de Mitt Romney et de John McCain. Mais cette année, nous ne savons pas vraiment comment les républicains catholiques ont voté au cours des primaires parce que personne ne le leur a demandé. Les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote n’ont posé de questions qu’à propos des chrétiens évangéliques. Or les catholiques, qui ne votent pas en bloc, peuvent déterminer l’issue d’une élection. Ils représentent en effet un quart de l’électorat. En outre, dans presque toutes les élections présidentielles depuis 1932, les catholiques ont voté pour le vainqueur. Si les démocrates perdent les voix des catholiques, ils ne peuvent pas remporter les élections.

Ce qui a finalement attiré l’attention des médias, c’est une série de sondages récents qui ont précisément demandé aux électeurs catholiques ce qu’ils pensaient et pour qui ils allaient voter. Un nouveau sondage du PRRI (Institut public d’étude des religions) a mis en évidence que Clinton avait une avance de 23 points sur Trump chez les catholiques (55% contre 32%). De même, un sondage du Washington Post-ABC News a donné à Clinton une avance de 27 points chez les catholiques (61% contre 34%). Comme dirait Donald, c’est une avance «énoooorme», surtout si l’on examine les résultats du président Obama auprès des catholiques il y a quatre ans. Clinton a quatre points de plus qu’Obama chez tous les électeurs, mais 25 points de plus chez les électeurs catholiques dans le sondage Post-ABC. C’est l’évolution la plus importante d’un groupe démographique dans le sondage.

Le seul groupe où l’on observe une évolution similaire est celui des femmes blanches ayant fait des études supérieures et dont la désaffection à l’égard de Trump a été bien relayée dans les médias. Je pense que si les enquêteurs étudiaient le groupe des femmes blanches catholiques ayant fait des études supérieures, l’évolution serait encore plus importante.

Le vote des catholiques n’est pas monolithique
Les catholiques d’origine hispanique ont été poussés dans les bras du parti démocrate par l’argumentaire anti-immigrants des politiciens républicains, en particulier de Trump. Il n’est pas surprenant que Clinton ait le soutien de 76% des catholiques qui ne sont pas de race blanche (principalement d’origine hispanique) dans le sondage du PRRI, Trump n’obtenant que 13% au sein de ce groupe. Mais ceci n’explique pas complètement pourquoi Trump obtient une cote bien plus mauvaise que Romney auprès des catholiques, étant donné que les catholiques d’origine hispanique étaient fermement dans le camp républicain il y a quatre ans.
La grande différence, selon le sondage Post-ABC, se situe au niveau des catholiques de race blanche chez lesquels on observait une avance de 19 points de Romney sur Obama, alors que maintenant c’est Clinton qui a une avance de 6 points. Le soutien apporté à Clinton grandit chez les catholiques de race blanche, qui préféraient Trump à Clinton en mars dernier (56% contre 29%) mais qui la soutiennent maintenant à raison de 51% contre 45%, selon le sondage Post-ABC.

La plupart des commentateurs estiment que la cause n’est pas tant le fait qu’on aime Hillary mais plutôt qu’on se fait du souci à propos de Donald. Plus les catholiques entendent les arguments de Donald, plus ils sont rebutés. Son argumentaire anti-immigrants a non seulement éloigné les catholiques d’origine hispanique, mais lui a aussi fait du tort auprès des catholiques de race blanche, qui sont conscients du fait que la plupart de ces immigrants sont leurs frères et soeurs dans la foi catholique. En outre, ils ont en mémoire les histoires qu’ils ont entendu raconter au sujet de la discrimination à laquelle ont été confrontés leurs parents, grands-parents ou arrière-grands-parents lorsque ceux-ci ont débarqué aux Etats-Unis.
Enfin, comme le reste du pays, à mesure que la date des élections se rapproche, les catholiques arrivent à la conclusion que si Trump est amusant à regarder, il n’a pas la carrure d’un président.

Si Clinton remporte les élections à une majorité écrasante, ce sera parce qu’elle aura réussi à ramener les catholiques de race blanche dans le camp démocrate. Ces électeurs seront également importants dans les circonscriptions et les Etats «pivots», qui détermineront la composition de la Chambre des représentants et du Sénat.

Thomas J. Reese sj

Cet article a été publié à l’origine le 1er septembre 2016 dans le National Catholic Reporter et traduit par europe-infos.

En 2014, le Père Reese a été nommé par le président Obama à la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde. Il a été élu pour un mandat d’un an à la présidence de cette commission en juin 2016.

A écouter encore sur Radio Vatican, l'éclairage de Marie Gayte, maître de conférence à l’Université de Toulon, qui travaille sur la question de l’intersection entre la politique et la religion aux Etats-Unis.

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