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lundi, 25 mars 2013 08:28

Des jésuites évêques et cardinaux

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Malgré l’insistance des papes et des rois, Ignace a toujours refusé que des jésuites soient nommés évêques ou cardinaux jusqu’au moment où, en 1554, embarqué à la suite du roi Jean III du Portugal dans un projet de réunion de l’Église éthiopienne à Rome, il finit par proposer trois de ses compagnons comme évêques : un patriarche d’Éthiopie et ses deux évêques auxiliaires

Dans les Constitutions de la Compagnie de Jésus, Ignace a exclu toute prétention de la part des jésuites à rechercher directement ou indirectement une dignité ou une prélature à l’intérieur comme à l’extérieur de la Compagnie, à moins d’y être contraints par l’obéissance sous peine de péché. Voilà qui est clair. Lui-même s’était opposé vigoureusement à plusieurs reprises à la nomination de certains de ses compagnons comme évêques ou cardinaux. En 1546 le roi Ferdinand Ier, frère de Charles Quint, avait demandé les Pères Nicolas Bobadilla, puis Claude Jay comme évêques de Trieste. Paschase Broet avait été proposé pour l’évêché de Majorque. Par deux fois, en 1553 et 1554, Pierre Canisius avait été pressenti comme évêque de Vienne. Charles Quint en 1552 et Philippe II en 1554 avaient proposé au pape Jules III de nommer cardinal le Père François de Borgia. Et Paul IV en 1555 voulait faire de même avec Diego Lainez, le futur successeur de saint Ignace. Chaque fois Ignace s’y opposa. Dans une lettre adressée au roi Ferdinand en décembre 1546 il se justifie : « si nous acceptions cette dignité nous renverserions la Compagnie. Au point que si je voulais imaginer ou inventer un moyen d’abolir ou de détruire notre Compagnie, l’acceptation d’un évêché serait un des plus efficaces, disons le plus efficace de tous. » Les raisons qu’il donne concernent la vocation particulière de la Compagnie. La charge d’un diocèse serait un vrai handicap pour la mobilité des jésuites qui sont appelés à aller partout dans le monde ; elle serait au détriment de leur engagement missionnaire ; elle signifierait la dispersion des rares forces de la Compagnie. Enfin, « nous fournirions un riche arsenal aux murmures, aux médisances, (…). Car le monde est si corrompu que, lorsqu’on voit entrer l’un de nous dans un palais, que ce soit celui du pape, des princes, des cardinaux ou des nobles, on croit que l’ambition nous y mène. »

Étonnant retournement en 1554, lorsque le roi du Portugal lui demande des jésuites pour organiser la hiérarchie de l’Église romaine en Éthiopie ! Il s’en explique dans une lettre à Juan Nuñez Barreto, le jésuite pressenti comme patriarche et qui hésitait à accepter sa nomination. Être évêque en Éthiopie est une source de souffrances, de fatigues et de dangers, alors qu’en Europe, c’est une dignité qui, ordinairement, flatte l’ambition et stimule la convoitise. Sans compter que, dans le cas particulier, il s’agit de renforcer l’unité de l’Église en ramenant l’Église d’Éthiopie dans le giron romain. S’il exclut l’épiscopat comme occasion de flatter la vanité et la cupidité (à l’époque beaucoup d’évêchés étaient dotés de confortables bénéfices), Ignace veut bien l’envisager lorsqu’il devient un service plein de renoncements et une dangereuse mission. Aussi, après le cas de l’Éthiopie, il assortira d’une déclaration la Constitution écartant les dignités ecclésiastiques pour les jésuites : la Compagnie « garde sa liberté pour laisser cette charge ou pour l’accepter dans les cas où elle jugera que cela est très important pour le service divin » (Const. N° 818).

Aujourd’hui être évêque ou … pape, n’est de loin pas une sinécure. La somme de soucis et de labeurs que suppose la charge d’une Église particulière ou universelle, exige un courage et un renoncement qui évacuent tout risque de vanité ou de cupidité.

Il y a actuellement 77 jésuites évêques, dont 5 cardinaux et ….un pape qui servent l’Église.

Pierre Emonet s.j.

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