banner religion 2016
vendredi, 22 juin 2018 14:27

Le pape François à Genève! (2)

Écrit par

pape COEL’œcuménisme en actes, par la rencontre! Certains attendaient -ou espéraient- des déclarations fracassantes. Mais l'événement de cette visite du pape au Conseil œcuménique des Églises pour ses 70 ans, ce 21 juin 2018, résidait dans la rencontre elle-même, chaleureuse, entre le Saint-Père et les représentants des autres Églises. La seconde partie de cette journée s'est déroulée l’après-midi, dans le hall de conférence Willem Visser’t Hooft, du nom du premier secrétaire général du COE, sous la tapisserie recouvrant le mur et montrant le Christ ressuscité dans la mandorle. Tous les participants ont lancé un appel pour un travail œcuménique de toutes les Églises compris comme témoignage de paix, mais surtout menant sur le terrain à des actions concrètes en faveur de la justice.

Dans son discours adressé personnellement au pape François, Agnes Abuom, présidente du Comité central du COE, a déclaré: «Il y a plus qu’une simple coïncidence dans le fait que la lecture de l’Évangile du jour soit tiré du verset 7 à 15 du chapitre 6 de Matthieu, le passage sur la prière qui englobe le texte du Notre Père. Il est difficile de trouver un texte plus fondamental pour notre Pèlerinage de justice et de paix que celui-là.» Une interprétation que le pape François partage, et qu’il a souligné lors de son homélie, aux forts accents pastoraux, proclamée en fin d’après-midi à la messe de Palexpo, devant les 40’000 participants: «Pain. Jésus dit de demander chaque jour au Père le pain. Cela ne sert à rien de demander plus: seulement le pain, c’est-à-dire l’essentiel pour vivre. Le pain est d’abord la nourriture suffisante pour aujourd’hui, pour la santé, pour le travail d’aujourd’hui; cette nourriture qui malheureusement manque à tant de nos frères et sœurs. Pour cela je dis: attention à qui spécule sur le pain! La nourriture de base pour la vie quotidienne des peuples doit être accessible à tous. Demander le pain quotidien c’est dire aussi: “Père, aide-moi à avoir une vie plus simple.»PhotoByAlbinHillert© Albin Hillert/WCC

Un nouvel œcuménisme plus concret

Mme Abuom a ensuite remercié le pape «de la qualité nouvelle de la coopération» entre le COE et le Vatican via, en particulier, le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens mais aussi la Secrétairerie d’État. Les fruits de ce travail œcuménique entre les Églises se manifestent concrètement sur le terrain comme manifestation de paix. Aussi est-il particulièrement important de le développer dans les pays en crise, comme le Soudan du Sud, la Colombie, la péninsule coréenne, le Burundi et la République démocratique du Congo, pays où le COE est très impliqué.

Ce progrès de la coopération œcuménique entre les Églises tournée vers la justice et la paix a aussi été souligné avec optimisme par le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE. Le slogan de cette rencontre, Cheminer, prier et travailler ensemble, «saisit le dynamisme profond de cette journée, a-t-il déclaré. Le mouvement prend de l’ampleur, les expressions de notre unité en Jésus Christ se multiplient et vont de plus en plus loin. Nous assistons à un nouvel élan œcuménique pour affronter la réalité d’une humanité divisée et de la création qui souffre» : réfugiés, lutte contre la pauvreté, sauvegarde de l’environnement, dialogue interreligieux… «Pour beaucoup de ces activités, nous travaillons en collaboration avec le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, sous la direction du cardinal Kurt Koch, qui a inlassablement œuvré pour que cette rencontre ait lieu. Nous sommes déterminés à aller plus loin avec vous.»

70, un chiffre porteur de sens

Le pape, pour sa part, a basé son discours autour de la signification biblique du chiffre 70 (pour les 70 ans du COE), «une période de temps accompli, signe de bénédiction divine». Mais que l’on retrouve aussi dans l’appel de Jésus de nous pardonner «jusqu’à soixante-dix fois sept fois» (MT 18,22), appel qui ouvre la porte à «une charité démesurée», une «charité qui, après des siècles d’opposition», permet aux membres de cette assemblée «d’être ensemble, comme des frères et des sœurs réconciliées et reconnaissants envers Dieu notre Père». Une charité qui a poussé bien des chercheurs de l’unité dans le passé à ne pas se laisser freiner «par les nœuds embrouillés des controverses» mais à trouver «l’audace de regarder au-delà et de croire à l’unité».(Voir notamment Œcuménisme et transformation culturelle)  «Grâce à l’Esprit saint, a poursuivi le pape, inspirateur et guide de l’œcuménisme, la direction a changé et une voie aussi nouvelle qu’ancienne a été tracée d’une façon indélébile: la voie de la communion réconciliée.»

Mais le chiffre 70 est aussi celui du nombre de disciples que le Christ a envoyé sur les routes pour porter la Bonne Nouvelle. Ce témoignage aujourd’hui demande du courage: «Nous ne serions pas fidèles à la mission qui nous est confiée si nous réduisions ce trésor à la valeur d’un humanisme purement immanent, adaptable aux modes du moment. Et nous serions de mauvais gardiens si nous voulions seulement le préserver, en l’enterrant par peur d’être provoqués par les défis du monde (cf. Mt 25, 25).»

L’œcuménisme du sang

Le pape a ensuite confirmé son désir de travailler toujours plus à la recherche de l’unité des chrétiens avec le Conseil œcuménique des Églises. Et tout comme les représentants de ce mouvement, il a mis l’accent sur les réalisations concrètes, s’exclamant: «Voyons ce qu’il est possible de faire concrètement, plutôt que de nous décourager pour ce qui ne l’est pas. Regardons aussi nos frères et sœurs qui dans différentes parties du monde, spécialement au Moyen-Orient, souffrent parce qu’ils sont chrétiens. Soyons proches d’eux. Et rappelons-nous que notre chemin œcuménique est précédé et accompagné par un œcuménisme déjà réalisé, l’œcuménisme du sang, qui nous exhorte à aller de l’avant.»

Pour découvrir pourquoi le pape François fascine autant, les réformes qu'il a déjà amené, son style pastoral particulier, ce que les gens attendent de lui, Léman Bleu Télévision a proposé une émission en direct, entrecoupée d'images et d'interviews d'invités, protestants et catholiques, dont le jésuite, Bruno Fuglistaller, membre du conseil de rédaction de choisir et supérieur de la Communauté jésuite de Genève.


À la fin de la cérémonie au COE, le pape s'est rendu à Palexpo pour une messe, où l'attendait avec impatience, pour certains depuis le matin déjà, plus de 40'000 fidèles venus de toute la Suisse. Une organisation qui doit beaucoup aux 300 bénévoles qui se sont engagés pour l'occasion

benevolesCoaching des bénévoles engagés pour la messe du 21 juin. © Jean-Claude Gadmer

Pape gadmerRencontre avec des fidèles à Palexpo. © Jean-Claude Gadmer

papa mobileLe pape François traverse la foule des fidèles enthousiastes dans sa papamobile. © Jean-Claude Gadmer

papa mobileMalgré sa fatigue, le pape se montre comme toujours très généreux avec ceux qui l'attendent. © Jean-Claude Gadmer

messe GadmerHomélie du pape à la messe du 21 juin 2018, à Genève. © Jean-Claude Gadmer

Après l’émouvante célébration eucharistique, les membres de la Conférence des évêques suisses ont pu rencontrer brièvement le pape François. Ils lui ont remis en cadeau une copie de la Vierge noire d’Einsiedeln qui est également vénérée en Argentine, au couvent Los Toldos. Ce couvent a été fondé il y a 70 ans par des bénédictins d’Einsiedeln et le pape le connaît de l’époque où il était archevêque de Buenos Aires. Une autre copie de la Vierge noire se trouve dans la chapelle de la Garde suisse au Vatican.

Vierge noire EinsiedelnLa Vierge noire d'Einsiedeln © Jean-Claude Gadmer

Visionner ou revisionner ici la messe retransmise par Vatican News.

Lu 1559 fois