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vendredi, 08 mai 2020 11:13

Covid-19: lire les signes et agir

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Chapelle Notre-Dame d'Orient, Sermizelles (F) © Philippe Lissac /GODONGDeux attitudes peuvent être adoptées face à la crise déclenchée par la pandémie du Covid-19. Nous pouvons, avec résignation, attendre que cela passe, ou en profiter pour réfléchir au sens que nous donnons à notre vie et nous mobiliser de manière créative. Le cardinal jésuite Michael Czerny sj est sous-secrétaire de la Section des migrants et des réfugiés du dicastère pour le service du développement humain intégral. Il propose une réflexion autour de ces deux voies, dans cet article publié le 22 avril 2020 sur Religión Digital et traduit en français ici.

Le Covid-19 est en train de mettre à dure épreuve la résistance physique, mentale et sociale de nations entières. La contagion s’est répandue très rapidement et de façon mondiale, provoquant une crise sanitaire profonde et mettant à genoux l’économie mondiale. Telle une loupe, elle a fait ressortir les points faibles de l’organisation sociale et la vulnérabilité de nombreuses personnes. Il suffit de penser aux familles qui vivent dans la pauvreté, aux personnes âgées, aux prisonniers, aux sans-abri, aux migrants et aux demandeurs d’asile, ou encore aux victimes de la traite des personnes. Et pourtant le Saint-Père reconnaît parmi eux «une véritable armée qui combat dans les tranchées les plus périlleuses. Une armée sans autres armes que la solidarité, l’espoir et le sens de la communauté qui renaissent en ces jours où personne ne peut s’en sortir seul» (12 avril).

D’ici la fin du mois de mai, le coronavirus aura infecté plusieurs millions de personnes dans le monde. Il nous inflige une dure leçon, payée au prix considérable de vies humaines. «Nous ne pouvons pas nous permettre d’écrire l’histoire présente et future en tournant le dos à la souffrance de tant de personnes» (17 avril). La capacité d’apporter une réponse appropriée à la douleur et à la pauvreté de ceux qui sont marginalisés et invisibles nous permettra de mesurer le développement authentique, intégral, durable de nos pays. On ne pourra résister à cette pandémie qu’avec «les anticorps de la solidarité».

Lire les signes des temps

Parallèlement, nous pouvons interpréter ce que nous sommes en train de vivre avec les yeux de la foi et faire nôtre l’invitation toujours actuelle du concile Vatican II qui nous incite à tendre l’oreille à la voix de Dieu qui parle à travers les faits et les événements humains (Gaudium et Spes, 4). Cette attention à l’histoire, interprétée comme «lieu» ou topos où advient le salut, représente un des thèmes cruciaux de l’enseignement de François. De l’encyclique Laudato si’ aux exhortations apostoliques Evangelii Gaudium, Gaudete et Exsultate et Querida Amazonia, le Souverain Pontife nous invite à lire les signes des temps, en nous indiquant comment s’y prendre. Les «signes» disent que nous nous trouvons face à une sorte de croisement ou de crise (krisis). Deux voies s’ouvrent à nous, deux manières différentes d’affronter l’urgence.

La première consiste à choisir de rester inertes, d’attendre que l’épidémie suive son cours -en nous répétant à nous-mêmes que de toute façon elle finira bien par passer- et tâcher seulement de ne pas sombrer dans le vaste marécage des problèmes quotidiens. Il s’agit d’une attitude de résignation, qui se nourrit du besoin de se rassurer et qui obéit à une sorte de «logique de substitution»: il suffit de penser à nous adapter au malaise ambiant, en trouvant éventuellement le moyen de continuer à faire ce que nous faisions avant, sans contrevenir aux restrictions imposées par les autorités

Devenir des acteurs de l'Évangile

L’autre voie, en revanche, consiste à accueillir ce moment et à cultiver activement un rapport vital avec le Christ, en nous plaçant d’une manière créative à la recherche de ceux qui ont particulièrement besoin de notre aide. Adhérer à la «logique salvatrice» de l’Évangile veut dire prendre en charge l’incertitude, afin de faire l’expérience d’une nouvelle identité et d’une mission de chrétiens baptisés et de disciples missionnaires. L’urgence nous offre l’occasion de montrer (et d’être!) le beau visage d’une Église au service de nombreux frères et sœurs, solidaire de leurs souffrances et ouverte à leurs besoins. Une Église consciente d’être Peuple de Dieu en marche (Lumen Gentium, 9), capable d’affronter courageusement les défis présents, en mettant notre espérance en Jésus-Christ, aussi bien dans le temps présent que pour l’avenir.

Les nouvelles qui parviennent chaque jour des cinq continents nous parlent d’une Église qui se mobilise sur plusieurs fronts. On compte beaucoup de catholiques parmi ceux qui se sont retroussé les manches et qui n’ont pas hésité à se dépenser entièrement. Les innombrables initiatives de charité concrète témoignent que l’amour de Dieu agit d’une manière cachée, selon l’esprit évangélique du levain qui fait fermenter toute la pâte (Mt 13, 33). Pensons à ceux qui continuent à procurer de la nourriture, à fournir les services essentiels, la sécurité publique. Pensons aux nombreux médecins et infirmiers, aux prêtres et aux religieux qui, mettant leur vie en péril, demeurent en première ligne et restent près des malades. En se donnant «jusqu’au bout» (Jn 13, 1), ils nous offrent un témoignage lumineux de cohérence avec les enseignements et les exemples de Jésus, rappelant à tous que le soin de la personne malade a la priorité sur tout le reste. En ce moment, c’est l’être humain tout entier qui souffre et a besoin de guérison, et ils sont nombreux dans cette condition. Voilà pourquoi la prière aussi, que tous peuvent essayer d’offrir, apparaît indispensable.

En quête de sens et de Dieu

Dans ces conditions exceptionnelles, en ce temps «suspendu», qui a imposé à tous de ralentir, nous avons été contraints de réduire nos rythmes frénétiques, de changer nos habitudes, d’inventer de nouvelles perceptions, de nouveaux critères et de nouvelles réponses. La quarantaine nous a arrachés à notre réseau habituel de relations et, pour beaucoup, la solitude a représenté une surprise désagréable. Le nombre croissant de décès a causé un trouble profond chez ceux qui ne s’étaient jamais réellement situés face au mystère de leur propre mort.

En tentant de s’assumer avec une vie intérieure, à la recherche de réconfort et d’apaisement ou de redécouverte des traditions dans lesquelles ils avaient été élevés, nombreux sont ceux qui ont ressenti le besoin de se mettre en quête de Dieu. Il s’agit d’un tournant novateur à une époque où le progrès technique et scientifique est susceptible d’éloigner les gens de la religion.

Il est important lorsque l’on se met à la recherche de Dieu, d’entreprendre un examen sérieux de sa propre vie. Les certitudes sur lesquelles on a édifié son existence peuvent désormais sembler bancales, faisant alors surgir de brûlantes questions de sens. Pour quoi ai-je vécu? Pour quoi vais-je vivre? Serai-je capable de me dépasser? La foi, qui ébranle le «confort» dans lequel vit l’homme d’aujourd’hui, peut permettre à des questions d’affleurer lentement, tandis que Dieu est toujours prêt à y apporter une réponse.

Les médias peuvent faciliter l’accueil de ces «nouveaux chercheurs» et favoriser le rapprochement de ceux qui s’étaient éloignés de l’Église. Ceux qui aujourd’hui n’auraient peut-être pas le courage de franchir le seuil d’une église peuvent profiter des nombreuses occasions offertes par internet ou par les réseaux sociaux pour écouter la Parole de Dieu proclamée et enseignée, mieux connaître les contenus du Credo, s’unir au Saint-Père pour une heure d’adoration sur une place Saint-Pierre dramatiquement vide, ou «visiter» virtuellement l’église paroissiale de leur quartier.

Bien évidemment, ces propositions sont également destinées aux nombreux fidèles à qui manque cruellement la possibilité de se réunir à l’église et qui, en cette période, prennent part aux célébrations et aux rites en les suivant de chez eux.

À l’heure actuelle, les prévisions servent bien peu, car trop de variables sont en jeu; mais en étreignant le présent et guidés par l’Esprit Saint, nous pouvons discerner ce qui est essentiel: «C’est le moment de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le moment de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres.»

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