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jeudi, 01 septembre 2016 13:38

Du vert dans nos Églises

Écrit par

Creation BeatLe 1er septembre 2016 a marqué la deuxième Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création. Une Journée que le pape François a instituée l’an dernier avec l’espoir que «les détenteurs du pouvoir et de l’argent» ne soient pas indifférents face au cri des pauvres et de la terre. Cette année, la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création a été pour le Saint Père l’occasion de délivrer un nouveau message fort: «Faisons preuve de miséricorde envers notre maison commune.» Le pape souhaite que cette journée puisse impliquer d’une manière ou d’une autre non seulement l’Église, mais toutes les Églises et communautés ecclésiales, et qu’elle soit célébrée en consonance avec les initiatives que le Conseil Œcuménique des Églises organise sur ce thème.


« Tendre l’oreille à la Création »
Ce même 1er septembre a aussi été l’occasion pour l’association œcuménique Église et environnement (oeku - www.oeku.ch/fr) de lancer son action Un Temps pour la Création 2016 qui s’inscrit dans le cadre de la campagne œcuménique Tendre l’oreille à la Création. Tout au long de la période quinquennale 2016-2020, oeku a en effet décidé de consacrer ce moment liturgique à l’un de nos cinq sens. L'année 2016 débute ainsi le cycle thématique avec l’ouïe; suivront l’odorat (2017), le toucher (2018), le goût (2019) et la vie (2020).
"L’action Un Temps pour la Création offre donc cette année l’opportunité aux paroisses de diriger leur attention sur les sons de la Création : concert d’oiseaux et de grenouille, vent et tempête, paroles et musique. Il y a lieu aussi de prendre conscience de tous les bruits qui portent atteinte à la création ou de découvrir la valeur du silence – dans la méditation et dans la nature.»


Initiatives suisses pour l’environnement
Cette journée mondiale doit aussi être l’occasion de se poser les bonnes questions quant à la société dans laquelle nous voulons vivre et évoluer. Par exemple en se positionnant clairement lors des votations fédérales relatives à l’environnement, notamment le 25 septembre, date à laquelle les Suissesses et les Suisses devront voter sur l'initiative populaire Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte) déposée par les Verts en automne 2012. Son objectif? Réduire -d’ici 2050- l’impact écologique de la Suisse «à un niveau que la nature puisse supporter» et répondre ainsi à l’accord climatique conclu à Paris. «Fallait-il une initiative pour réclamer une économie verte?» se demande François de Vargas, ancien secrétaire romand de la Déclaration de Berne. Apparemment oui si l’on considère que «...les plus grands partis politiques, les milieux de l'économie, se mobilisent pour la combattre». Il poursuit: «L'initiative mettrait (selon eux) en danger la croissance économique, la compétitivité de la Suisse, signifierait une intrusion de l'État dans la vie privée. Le Parlement a rejeté l'initiative. En juin dernier, le Conseil fédéral présentait, en guise de contre-projet, des modifications à la Loi sur la protection de l'environnement qui vont dans le bon sens. Mais ces modifications ont été repoussées par une majorité du Conseil national. Devant un tel refus, il faudrait voir se dresser tous les citoyens lucides, toutes celles et ceux qui pensent à leurs petits-enfants, ainsi que les Églises et ceux qui ont une approche spirituelle de la création et des êtres humains.» (Lire le texte intégral de François de Vargas ci-dessous.)
Cette initiative est également soutenue par l’association œcuménique Église et environnement, qui recommande aussi aux Suissesses et aux Suisses d’accepter, le 27 novembre 2016, l’initiative Pour une sortie programmée de l’énergie nucléaire, les vieilles centrales nucléaires constituant un risque croissant pour la sécurité, note-t-elle dans un communiqué daté du mois d’août: «La sortie programmée de l’énergie nucléaire s’impose sur le plan éthique est faisable du point de vue technique et est sensée sous l’angle économique», estime le comité d’oeku.

Votre revue s’engage

Depuis plusieurs décennies, choisir s’engage pour la sauvegarde de la Création en proposant des articles d’information, de compréhension et de réflexion, à l’image de son numéro thématique de cet été 2016 axé autour du jardin, qui propose notamment un article de René Longet, expert en développement durable, sur «La Terre de demain: Jardin ou désert?» (in choisir n°679-680, juillet/août 2016). La revue s’est également largement fait écho de l’encyclique du pape Laudato Sì' dans deux de ses numéros, celui de septembre 2015 (n°669) et celui de octobre 2015 (n°670). Elle continuera s’engager, convaincue que notre Terre mérite toute notre attention. C.F.


Oui à l'initiative « Économie verte »
par François de Vargas, ancien secrétaire romand de la Déclaration de Berne.
« Fallait-il une initiative pour réclamer une économie verte? Mais voyons! tout le monde est d'accord! Respecter l'environnement, faire des économies d'énergie, qui ne dirait pas oui? Est-ce que les Verts et les autres partis qui ont lancé l'initiative sur laquelle nous sommes appelés à voter le 25 septembre prochain n'enfoncent pas des portes ouvertes?
Malheureusement, ce n'est pas évident. Déjà les plus grands partis politiques, les milieux de l'économie, se mobilisent pour la combattre: L'initiative mettrait en danger la croissance économique, la compétitivité de la Suisse, signifierait une intrusion de l'État dans la vie privée. Le Parlement a rejeté l'initiative. En juin dernier, le Conseil fédéral a présenté, en guise de contre-projet, des modifications à la Loi sur la protection de l'environnement qui vont dans le bon sens. Mais ces modifications ont été repoussées par une majorité du Conseil national. (Et n'oublions pas qu'il a été élu en automne dernier par le peuple suisse qui, terrorisé par l'afflux des migrants a donné une majorité toujours plus forte à la droite). Devant un tel refus, il faudrait voir se dresser tous les citoyens lucides, toutes celles et ceux qui pensent à leurs petits-enfants, ainsi que les Églises, et ceux qui ont une approche spirituelle de la création et des êtres humains.


Que demande l'initiative?
L'initiative introduit deux nouveautés dans la Constitution:
1) le principe de l'économie circulaire (revaloriser au maximum les matériaux et éliminer les déchets sans dommages pour l'environnement, au lieu de les jeter après consommation),
2) une vision pour l'an 2050: «L'empreinte écologique de la Suisse doit être réduite à ce que, extrapolée à la population mondiale, elle ne dépasse pas un équivalent planète en 2050». Cela signifie que si la planète entière consommait et polluait autant que la Suisse, il faudrait 2,8 fois la production totale de la terre. Et qu'il faudrait que ce rapport soit ramené à 1 fois d'ici à 2050.
Objectif impossible, nous dit-on. Mais alors faut-il trouver normal que l'on épuise notre planète'?

Reprenons avec cette exigence de lucidité:
Il n'est tout simplement pas possible que l'économie mondiale continue à croître au rythme actuel. Plusieurs experts ont prédit la catastrophe. Déjà en 1973, le rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance mettait en garde contre la croissance démographique, annonçait la pénurie des matières premières, une pollution de plus en plus insupportable, etc. D'autres experts ont montré les conséquences attendues de la disparition d'espèces animales et végétales. Certains vont jusqu'à dire que l'effondrement de notre système économique est très proche.
Pour l'instant la catastrophe n'est pas arrivée. À part quelques crises économiques, jusqu'ici maîtrisées, et quelques attaques cybernétiques, la seule catastrophe qui ait touché l'Europe est l'afflux des réfugiés et la menace terroriste. Mais est-on sûr qu'il n'y ait pas de rapport? Les sécheresses en Afrique et en Orient, l'épuisement des ressources de la pêche, le chômage dans tant de pays dus au commerce mondial, n'ont-ils pas favorisé les flux migratoires? Et puis, la catastrophe écologique peut arriver d'un coup sans qu'on ait pu s'y préparer et elle serait irréversible (ex. Fukushima, incendies gigantesques, inondations, etc.)


Penser à nos petits-enfants
J'ai 78 ans. J'ai vécu peut-être la période la plus prospère que ne connaîtra jamais l'humanité. Mais que vivront mes petits-enfants? Connaîtront-ils un réchauffement climatique insupportable? La disparition des glaciers? Des pénuries d'électricité? Des catastrophes nucléaires? L'afflux de migrants suscitera-t-elle la haine dans notre pays, voire la guerre? Nos arrière-petits-enfants, devenus adultes, diront-ils: "Ah! Si au début du 21e siècle on avait pris les bonnes mesures!"


Mobilisation des Églises et de ceux qui ont une approche spirituelle de la Création
L'Église ne doit pas faire de politique paraît-il. Mais il ne s'agit pas ici de politique! Il s'agit de respecter le commandement «Tu ne tueras pas!», il s'agit du respect des droits humains! C'est ce qu'a merveilleusement compris le pape François, avec son encyclique Laudato Si' (2015) où, se référant à son homonyme d'Assise, il chante la merveille de la Création, il affirme sa solidarité avec les pauvres, les victimes de la richesse excessive d'une minorité, etc. Mais quand on parle d'écologie à nos pasteurs et prêtres et à nos autorités ecclésiastiques, on entend souvent la réponse: «Oui, c'est important, mais vous comprenez, nous avons tant d'autres problèmes!» Mais si la foi est avant tout un engagement d'amour et de liberté, si nous voulons que l'espérance ne soit pas une platitude liturgique, ne devons-nous pas nous engager pour une économie verte?


Une initiative utopique?
Est-il utopique de vouloir réduire l'empreinte écologique de la Suisse à 1 équivalent planète en 2050? Mais à force de refuser l'utopie, on s'enfonce dans le chaos. Utopique de croire que les citoyens sont prêts à diminuer leur consommation? Mais ce n'est pas ce que demande l'initiative, qui ne touche pas à la liberté individuelle. Il ne s'agit pas d'une initiative imposant des règles, mais d'une initiative de vision.

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