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mardi, 16 novembre 2021 10:03

COP26: le sommet de la déception!

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© GermanwatchQuel bilan tirer de la 26e Conférence des Nations Unies sur le climat (COP26)? De la déception! Notamment à l'égard de la Suisse. Selon un rapport qui calcule les engagements climatique des différents pays (Climate Action Tracker), notre planète se dirige vers un réchauffement planétaire de 2,4°C, un scénario catastrophe pour des centaines de millions de personnes vivant sur des îles, le long des côtes ou dans les zones arides. Chaque dixième de degré compte, chaque dixième de degré élève le niveau de la mer, augmente les inondations, la force des ouragans et la fréquence des sècheresses et des canicules. Chaque dixième de degré augmente les souffrances de millions d’habitants de cette planète et cause des milliers de décès supplémentaires, maintenant et plus encore pour les générations futures…

Yvan Maillard Ardenti est responsable du dossier «Justice climatique» à Pain pour le prochain

Il n’y pas eu à Glasgow d’avancée majeure et chiffrée qui nous permette de contenir le réchauffement climatique à moins de +1.5°C comme prévu par l’Accord de Paris. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a certes manifesté sa déception face aux manœuvres de dernière minute qui ont torpillé la sortie espérée du charbon, mais la Suisse elle-même déçoit, et ce à plusieurs égards!

Puisque la responsabilité historique de la Suisse à cause de ses émissions de CO2 passées est importante, la Suisse devrait réduire rapidement ses émissions. Selon un rapport de l’OFEV qui a fuité dans la presse, la Suisse n’est pas sur la bonne trajectoire, ni pour diviser ses émissions par deux pour 2030 ni pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, car aucune politique forte n'est mise en place pour atteindre ces objectifs. De plus, notre pays a conclu des contrats avec la Pérou, le Ghana et le Sénégal pour compenser ses émissions de CO2 à l’étranger au lieu de les réduire sur son sol. Ce qui ne fait que retarder les nécessaires efforts à faire en Suisse… Pour un pays parmi les plus riches de la planète, c’est plus que désolant!

Climat et pauvreté: deux combats à réunir

Au niveau du financement du climat, il manque toujours 20 milliards sur les 100 milliards promis par les pays riches pour aider les pays du Sud à s'adapter au changement climatique et à la réduction des émissions. Même dans ce domaine, la Suisse ne fait pas son devoir: elle a calculé sa contribution à environ 554 millions de francs alors que sa part devrait être d’un milliard (Étude de Christine Lottje téléchargeable sur La vague climatique menace la coopération). De plus, et c’est scandaleux, ce montant est pris dans le budget de la coopération au développement au lieu d’être additionnel: la lutte contre le changement climatique ne doit pas se faire au détriment de la lutte contre la pauvreté!

Une question importante a été mise à l'ordre du jour de la COP 26 par les pays les plus pauvres et par la société civile (dont nos organisations partenaires présentes à Glasgow): la question des dommages et des pertes. Il s’agit des dégâts causés par le changement climatique comme la destruction des terres fertiles, des habitations ou encore des sources d’eau. Les personnes qui perdent leurs biens et leurs moyens de subsistance devraient être dédommagées, et ce sont les gros pollueurs (pays et entreprises) qui devraient compenser financièrement ces pertes. De nombreux pays, y compris la Suisse, s'y sont opposés. Dans ce domaine également, aucun accord n'a été trouvé malheureusement, douchant ainsi les espoirs des pays les plus touchés par la crise climatique.

Les fossiles, toujours en force

Alors que de nombreux observateurs et observatrices de la société civile des pays du Sud ont eu des difficultés à obtenir les vaccins et les visas nécessaires à leur participation à la COP26, une nouvelle très inquiétante nous parvenait: la place importante accordée aux représentants de l’industrie fossile. Ils n'étaient pas moins de 500! Pas étonnant que la déclaration finale ne contienne aucun calendrier pour un abandon des énergies fossiles. Pas étonnant que les jeunes activistes comme Greta Thunberg, Vanessa Nakate d’Ouganda ou Mitzi Tan des Philippines parlent d’un échec et appellent à un changement du système.

Notre travail continue

À Pain pour le prochain, et bientôt au sein de l’EPER dès janvier 2022, le travail continue après Glasgow, pour plus de justice climatique. En partenariat avec l’Alliance climatique, qui regroupe plus de 100 organisations, nous allons continuer à analyser et informer sur la politique suisse en matière de climat, et demande à ce que la Suisse atteigne le zéro CO2 dès 2040. L’année prochaine, en partenariat avec Action de Carême, la Campagne œcuménique de Carême portera sur la justice climatique et la contribution des énergies renouvelables pour faire baisser les émissions de CO2, mais aussi pour garantir un accès à l’énergie au plus grand nombre. Nous organiserons des Conversations carbone au sein des paroisses: ces conversations se déroulent au cours de six soirées au total, dans des groupes de huit personnes. Les participant·es peuvent échanger sur leurs habitudes personnelles en matière d’habitat, de mobilité, d’alimentation et de consommation, ainsi que de leurs conséquences sur le climat. Ensuite des solutions et des améliorations concrètes sont élaborées afin que les participant·es puissent réduire leurs émissions de CO2.

Nous allons également poursuivre le travail avec nos partenaires au Sud afin que les populations qui perdent leurs terres, leurs maisons et leurs moyens de subsistance à cause du changement climatique soient dédommagées. Nous nous devons d’être solidaires avec ces populations qui souffrent, nous devons écouter leur cri et les aider pour qu’elles puissent protéger leurs droits. Maintenant plus que jamais !

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