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samedi, 06 janvier 2007 01:00

Des gestes !

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Commentant le voyage de Benoît XVI en Turquie, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, fait remarquer que la cause de l'unité ne peut plus se contenter de déclarations et de textes : l'oecuménisme exige des gestes. Si les déclarations ont leur importance, elles ne suffisent pas à créer un climat ; les gestes concrétisent l'espérance, proclamant haut et fort que l'unité des Eglises n'est pas une idée romantique, une utopie dont se nourrit la bonne conscience des chrétiens. En voyant le pape Benoît XVI et le patriarche oecuménique Bartholomée Ier se donner le baiser de paix, assister aux liturgies respectives, bénir d'un même geste au nom du même Christ, le monde commence à comprendre que le chemin vers l'unité est amorcé. De part et d'autre on se met en route pour retrouver le patrimoine qui fut un jour commun et que des brouilles de famille ont malencontreusement dispersé. Petits gestes aux yeux des fidèles, dont la signification est plus vaste qu'il n'y paraît dans le maquis diplomatique où sont gérées les relations officielles entre les Eglises.

Avec la Réforme, le contentieux est plus profond, les blessures plus récentes, les gestes moins spectaculaires. Il y a bien eu l'accord sur la justification avec les luthériens, un grand pas qui n'a guère été suivi d'autres. Depuis, le mouvement stagne, l'hiver semble bien installé et les signes avant-coureurs du printemps se font désirer. Du côté officiel, c'est la gêne et une retenue que ne parviennent pas à masquer les déclarations pleines de bonne volonté mais peu efficaces. Moins timide, la base va de l'avant un peu partout, invente et multiplie les gestes qui prennent de court les responsables.

Un même désir anime les uns et les autres, un même Esprit inspire la nostalgie de l'unité, les efforts de rapprochement, les initiatives qui la stimulent et la fidélité à l'Evangile. D'où les tensions que l'on sait, inévitables douleurs d'accouchement, laborieuse marche vers l'unique Eglise du Christ, qui rassemble en un seul corps tant de traditions et de sensibilités diverses. Fruit de la présence de l'Esprit, l'Eglise est à la fois un don du Christ et un chantier confié aux baptisés (cf. Ep 4,11-16). A eux de faire preuve d'imagination et d'audace pour combler les fossés creusés par leurs querelles d'autrefois.

Si, de part et d'autre, certains raidissements déçoivent, un peu partout dans le monde des lieux phares balisent la route de l'unité. Près de nous, à Taizé, à Bose, à Romainmôtier, dans de vénérables abbayes cisterciennes, des communautés ont su trouver les gestes de l'espérance: l'accueil, la prière partagée, l'amendement de certains textes liturgiques, l'actualisation des symboles et une hospitalité eucharistique personnalisée.[1] D'autres champs restent ouverts, trop peu explorés, où des progrès sont possibles pour peu que l'on accepte de se dégager des étroitesses confessionnelles et de croire que la maison du Père est assez vaste pour contenir de nombreuses demeures (Jn 14,2). Je pense au catéchuménat comme préparation à un unique et même baptême, à la catéchèse qui doit initier à la compréhension du même credo, au dialogue interreligieux, aux prises de positions officielles et aux déclarations communes en matière de politique ou d'éthique.

Les églises et les temples se vident, la pratique traditionnelle n'est plus que le fait d'une génération d'aînés qui a terminé sa tâche, la foi se dilue dans de fumeuses théories syncrétistes et l'hystérie laïciste multiplie les attaques pour évacuer la religion et prendre sa place. En contraste, les JMJ et autres rassemblements pluriconfessionnels de jeunes, les pèlerinages et les routes vers les hauts lieux du christianisme, les groupes de prière et de méditation rassemblent des enthousiastes qui prient, célèbrent et rafraîchissent la grâce de leur baptême, conscients d'appartenir à la même Eglise du Christ. Dans ce contexte, qui ne se paie pas d'ergotages, les Eglises chrétiennes parlent en ordre dispersé, comme si les formes historiques dans lesquelles les disciples ont coulé le message du Maître l'emportaient sur la substance même de la Bonne Nouvelle. La marche vers l'unité renvoie les chrétiens à leur créativité, faite de recherches, d'essais, de tâtonnements plus ou moins heureux, d'un chemin qui va de l'avant, dans l'audace et la fidélité.

 

1 - La pratique généralisée de l'hospitalité eucharistique est encore interdite aux catholiques.

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