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mercredi, 06 janvier 2010 11:00

Unité de l'Eglise, divisions des chrétiens

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Chaque chrétien déclare dans le Credo : « Je crois en l'Eglise une? » : paradoxe, utopie ou incantation ? Dès les origines, le mouvement des disciples du Christ connaît les divisions. A. Á. Valdés, dans ce numéro, évoque les camps ennemis qui ont peut-être conduit à la mort violente de saint Paul. Au Ve siècle, les conciles oecuméniques qui précisent l'expression de la foi au Christ sont suivis de grandes scissions. Au moment de la conquête musulmane, vers 632, comme le remarque l'historien Raymond Le Coz, les chrétiens sont divisés en trois Eglises qui se haïssent : l'Eglise fidèle au concile de Chalcédoine, en Orient et en Occident, soutenue par le pouvoir impérial, l'Eglise jacobite en Syrie, qui vient d'être organisée, et l'Eglise nestorienne, réfugiée au sud de l'Irak et en Perse. Le XIe siècle voit naître le schisme entre l'Orient et l'Occident, profondément aggravé ensuite par les croisades. Puis ce sont les divisions, en Europe, du temps de la Réforme, suivies d'autres ruptures encore jusqu'aux XIXe et XXe siècles.

Mais en même temps, tout au long de l'histoire du christianisme, renaissent le désir et l'exigence de l'unité selon la parole du Christ « Que tous soient un » (Jn 17,11). A titre d'exemple, les deux Arméniens Nersès du XIIe siècle : mus par un véritable esprit oecuménique, ils luttent en Arménie pour refaire l'unité avec l'Eglise byzantine. Et au XIIIe siècle, l'illustre théologien et philosophe syriaque de l'Eglise jacobite séparée, Bar Hebraeus, livre un témoignage poignant : « Après avoir suffisamment étudié? j'ai été convaincu que les querelles entre chrétiens ne relèvent pas d'un différend réel mais concernent mots et dénominations. Parce que tous confessent le Christ, notre Seigneur, pleinement Dieu et pleinement homme? ainsi, j'ai complètement éradiqué les racines de la haine du fond de mon coeur et j'ai abandonné entièrement les disputes avec qui que ce soit en matière de confession. »[1] De son côté, la papauté moderne a tenté de reconstituer l'unité avec l'Orient au concile de Florence (1439). Et au XXe siècle, en Europe, des esprits indépendants ont créé le mouvement oecuménique de reconnaissance réciproque au sein de la famille protestante, avec l'appui des orthodoxes. Enfin, au concile Vatican II, l'Eglise catholique, « reconnaissant les signes des temps », est elle-même entrée dans le mouvement oecuménique « en faveur de l'unité des chrétiens » et ne cesse depuis de le soutenir.

D'innombrables rencontres entre les grandes familles protestantes, anglicane, catholique et orthodoxe ont eu lieu et le mouvement oecuménique à la base s'est élargi, faisant presque partie de la vie courante de nos communautés. Néanmoins, de nouvelles fractures apparaissent entre les Eglises et à l'intérieur de celles-ci, dont certaines relèvent de visions culturelles antagonistes. Ce ne sont plus les questions de foi et de formulations du dogme qui créent les divisions, mais des questions concernant les ministères et surtout la morale. Dans l'Eglise catholique, la récente levée des excommunications visant des évêques du mouvement intégriste a provoqué, à juste titre, une levée de boucliers, car elle semble orienter notre Eglise vers des accords ambigus qui remettraient en cause trois acquis fondamentaux : la liberté religieuse, l'oecuménisme et le dialogue avec les religions non-chrétiennes. Dans la communion anglicane et dans les Eglises protestantes, l'accession des femmes aux ministères érige de nouveaux obstacles face aux catholiques romains et aux orthodoxes. D'autre part, l'élection comme évêques de personnes ouvertement homosexuelles aux Etats-Unis élève des obstacles au dialogue oecuménique entre les Eglises et à l'intérieur de la Communion anglicane, comme vient de le déclarer l'archevêque de Canterbury.

Il s'agit pourtant de ne pas tomber dans un pessimisme excessif quant au but de l'unité, mais de poursuivre le chemin de reconnaissance mutuelle et de purification des mémoires et aussi de soutenir les forces vives dans nos communautés à la base. Surtout, il convient de garder chevillée au corps l'aspiration à l'unité, selon la volonté du Christ. Pour le reste, l'Eglise une est un don de la fin des temps.

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