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lundi, 06 décembre 2010 11:00

Noël : oser la nouveauté

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Au moment de prendre congé d'une tranche de vie et de tourner le regard vers l'avenir, Noël apporte une bouffée de fraîcheur, la joie d'un commencement, avec, en sus, une sensation d'innocence. Le passé et sa longue attente sont révolus, une vie nouvelle vient d'éclore, un frisson d'espérance parcourt le monde : il y a du neuf dans l'air. Ce que les prophètes n'avaient cessé d'annoncer est bel et bien arrivé : je vais créer du nouveau, regardez donc en avant.[1] Invités à redécouvrir leur identité dans le mystère d'une naissance, les chrétiens sont mis en demeure de se laisser emporter par l'élan d'une vie en croissance. Pour l'enfant tout est ouvert, tout est possible et sa venue secoue la vieillesse du monde. Il y a de la joie dans le Ciel et sur la Terre.

Contrastant avec cette jubilation, il faut bien constater une sorte de sclérose culturelle et spirituelle. Face à un monde dont les immenses progrès ne parviennent pas à combler le désir de sens et de spiritualité, les dépositaires de la Bonne Nouvelle se trouvent démunis. Leur langage et les structures censées transmettre le message du Christ ne semblent pas acceptables pour la culture contemporaine.[2] Même de nombreux pratiquants ne comprennent plus lorsque l'Eglise leur parle : son vocabulaire, sa stylistique, sa grammaire, sa symbolique leurs sont devenus étrangers. Dimanche après dimanche, ils entendent de beaux sermons, dans une langue qui n'est plus la leur.[3] Les vieilles outres ne sont plus aptes à contenir le vin nouveau, elles semblent avoir fait leur temps.

« Hier nous pouvions partir du passé pour juger le présent et même l'avenir... Aujourd'hui nous devons partir de l'avenir. »[4] Retrouver son identité dans le surgissement renouvelé d'une vie qui ne demande qu'à se développer, une vraie provocation ! La peur, l'attachement à de vieilles traditions caduques, la crainte de l'inconnu et, parfois peut-être, une certaine paresse, ont amputé de son élan le dogme fondateur de la naissance. Relégué au rang d'un pieux souvenir, souvent affublé d'un costume baroque, il prend de l'âge au rythme des ans qui passent. La vieillesse rassure et la jeunesse déstabilise. Le Grand Inquisiteur est un vieillard, et le Christ un nouveau-né. L'un regarde en arrière, l'autre en avant. A son époque déjà, Teilhard de Chardin secouait la timidité des chrétiens : « Pourquoi donc, homme de peu de foi, craindre ou bouder les progrès du Monde ? Pourquoi multiplier imprudemment les prophéties et les défenses : ?N'allez pas... n'essayez pas... tout est connu : la Terre est vide et vieille : il n'y a rien à trouver...? Tout essayer pour le Christ ! Tout espérer pour le Christ ! »

A chacun d'oser la nouveauté, car, finalement, c'est bien de cela qu'il s'agit. Les non-croyants, ceux et celles qui sont nés et ont grandi dans un monde culturel étranger au christianisme, représentent un défi et une chance. Servir la mission du Christ aujourd'hui requiert l'audace de se tenir sur une frontière, là où s'ouvrent des passages entre des choix antagonistes, entre la foi et l'incroyance. Il s'agit moins de plaquer le message chrétien sur une vision du monde dont il serait absent, que de se mettre avec sympathie à l'écoute de la culture contemporaine afin d'y découvrir l'Esprit au travail pour « réinventer » l'annonce de la foi. « Découvrir Jésus Christ là où nous ne l'avions pas remarqué avant et le révéler là où il n'a pas été vu encore. »[5] Situation délicate et inconfortable s'il en est. Il est plus aisé de se cantonner derrière les paragraphes d'un catéchisme ou les articles du Droit canon que d'accepter la nécessaire mobilité intellectuelle et affective, faite d'humilité envers des hommes et des femmes qui ne partagent pas notre conception du monde, de courage pour se laisser instruire par une pensée qui déconcerte, de générosité et d'imagination pour apporter notre part au vaste chantier d'un monde en genèse.

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