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vendredi, 06 janvier 2012 11:00

Commencement plutôt que printemps !

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Il y a un an, nous attaquions l'année par un cri qui marquait notre indignation. Qu'en est-il douze mois plus tard ? La guerre et la révolte ont éclaté un peu partout, au Proche-Orient surtout. Et la presse s'est empressée de parler de « printemps arabe ». Voilà bien une expression qui me met mal à l'aise : printemps ! Mais rien ne file plus vite que le printemps, au Proche-Orient surtout où en quelques jours on passe des pluies de l'hiver aux chaleurs de l'été ! N'est-ce pas un leurre que de penser aux petites fleurs ? Une ironie grinçante que de parler de printemps, cette courte période où fleurissent dans les champs de la région ces gouttes de sang éparpillées sur fond d'herbe verte que sont les anémones ?

Dans nos églises, depuis le premier dimanche de l'Avent, nous sommes passés à l'année B, ce qui signifie que nous méditerons en priorité l'Evangile de Marc. J'ai été une nouvelle fois frappé par ses premiers mots : « Commencement de la Bonne Nouvelle ». Et je voudrais vous les offrir en guise de voeux pour 2012. Commencement? C'est d'abord un temps à prendre pour relire ce qui précède, d'où l'on vient et si l'on est prêt pour ce départ. Ainsi de l'athlète qui se prépare des semaines, des mois, des années parfois, pour ce coup de sifflet qui lance les secondes de sa course et de son possible exploit.

Mais l'Histoire lue à l'aune de cette métaphore n'est pas un 100m haies ; elle ressemble plutôt à un marathon où chaque pas compte et où il faut pouvoir tenir le rythme dans la durée. Ainsi pourrait-on relire cet événement extraordinaire qui a commencé il y aura 50 ans cette année : Vatican II. D'aucuns depuis ont abandonné en route, par peur de n'atteindre jamais le but ; d'autres ne s'y risquent pas, doutant de leurs capacités à entrer dans cette nouvelle course ; d'autres enfin, l'ayant minutieusement préparée, sont heureux de se lancer dans cette aventure de la communauté catholique. Certes, tout début fait un peu peur : on sait ce que l'on quitte - les traditionalistes ne manquent pas de le répéter sur tous les tons - mais on ne sait pas où l'on va. Et pressés comme nous le sommes, nous voudrions déjà y être, à peine le coup de sifflet retenti. Or il revient à tous ceux qui ont vécu Vatican II comme une espérance de passer désormais le relais aux plus jeunes, en leur transmettant l'enthousiasme que le Concile ne cesse de susciter. Ceux qui gouvernent - dans l'Eglise comme dans la société - n'ont-ils pas la lourde responsabilité de faire confiance à d'autres pour réaliser ce qu'ils n'ont pas su ou pas pu réaliser eux-mêmes ?

Les médias nous jettent en pâture chaque jour ces soubresauts de peuples qui se soulèvent et qu'un peu légèrement ils ont appelé « printemps ». Ces soulèvements font peur, parce qu'il s'y revendique le droit de commencer autre chose, autrement. Le sang versé révolte, l'insécurité provoquée inquiète car toute nouveauté n'est pas meilleure pour autant. Mais on n'avance pas sans arrachement. Regardons image par image la course du marathonien. II est quatre fois plus souvent en l'air - donc en déséquilibre - que sur terre ; et lorsqu'il pose le pied sur le sol, c'est pour se propulser plus avant. Alors, risquons-nous chaque jour comme pour un nouveau début. Soyons des engendrants ! N'est-ce pas une formidable leçon que chaque naissance lorsqu'apparaît le sourire de l'enfant aimé ! Sait-on déjà ce qu'il adviendra ? A-t-on le droit de lui imposer son avenir ?

Quel que soit notre âge, ne soyons pas vieux ! Qu'on se le dise : le commencement n'est pas réservé à une classe de privilégiés. Abraham et Sara dans leur désert étaient? âgés ; il leur a été donné d'accepter cet engendrement qui a tout changé dans leur vie. Marie de Nazareth était tout juste sortie de l'adolescence quand il lui fut « demandé de croire à l'impossible » qui devait changer le monde. La rencontre avec l'Autre est toujours une naissance. Or Dieu dans nos vies, c'est l'histoire d'une rencontre qui nous invite à chaque fois à tout recommencer. Essoufflant ? certes ! Passionnant ? toujours. Bonne année, que chaque jour soit pour vous un commencement !

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