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jeudi, 18 octobre 2012 02:00

La Parole est à vous

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« Il fait entendre les sourds et parler les muets. » Est-il sentence biblique plus rabâchée que ces brèves lignes du prophète Isaïe ? Certes nous connaissons et nous recevons ces mots repris par Jésus. Mais sans les méditer en profondeur, ni les appliquer à la vie quotidienne. Ceux qui « savent », ce sont le pape et les évêques, à la rigueur les théologiens. La hiérarchie enseigne, le catéchisme répète. Entre les deux pôles, la communication est faible, le climat morose. Le peuple baisse les yeux. Du fond initial du christianisme et de l’évangélisation, il ne reste, au fond, que l’Evangile ! C’est beaucoup. C’est suffisant.

Mais comment transmettre l’héritage évangélique, à l’état brut, si nous perdons les possibilités de l’arrimer à notre culture ? Malgré de généreuses initiatives et l’engagement, notamment, de bataillons de laïcs courageux et de mieux en mieux formés, le christianisme fait encore peser sur la formation de l’intelligence religieuse « un formalisme ennuyeux et stérile qui est le type même de la pensée impersonnelle ». Nous devons ces propos à Emmanuel Mounier, dans un article de la revue Esprit en août… 1947. Les maux de notre époque ont une longue histoire.

Devant les réalités, fermant les yeux, Rome s’est cantonnée trop longtemps dans la politique du compromis et des anathèmes. A la limite, être catholique signifiait « rejeter le monde » ! Alors n’oublions pas l’ambiguïté d’un certain christianisme, tout en reconnaissant aux décennies qui ont préparé le concile de Vatican II la lucidité d’avoir réconcilié l’Eglise avec le monde et suscité une espérance qui nous porte encore. Cependant « l’Eglise est fatiguée », lançait le cardinal Carlo Maria Martini s.j., ancien archevêque de Milan, dans une interview publiée à titre posthume le 1er septembre dernier, quelques heures après son décès. Un testament douloureux, qui ne mâche pas ses mots : « Dans l’Eglise d’aujourd’hui, je vois tant de cendres qui cachent les braises que je me sens pris d’un sentiment d’impuissance… Comment peut-on revigorer la flamme de l’amour ? » Et le cardinal, dans ses propos dignes d’un testament, d’oser conseiller au pape et aux évêques de chercher pour les postes de direction douze personnes « hors normes, proches des pauvres, entourées de jeunes, qui expérimentent des choses nouvelles ». Remarquez la subtilité des mots ! Martini propose douze personnes. Autrement dit : hommes ou femmes. Sera-t-il entendu ?

Espérons-le, car Jésus n’est pas intégriste. Il est créatif, il ose braver l’opinion étroite de son auditoire - y compris celle de ses propres apôtres -, qui n’attendait rien d’autre, en réalité, que la restauration du Royaume de David. Jésus veut offrir au plus humble des hommes la mission de la Parole. Le sourd-muet de l’Evangile n’a rien demandé (Mc 7,31-37). Jésus ressent sont attente, il lui donne la Pa­role au sens strict du mot. Jésus lui donne le pouvoir de la Parole. Il est temps, il est urgent aujourd’hui de nous interroger courageusement sur la fausse parenté entre les ministres de l’Evangile et le pouvoir que tentent de reconquérir, notamment, certains nouveaux clercs.

« L’Année de la Foi », qui démarre le 11 octobre avec l’anniversaire de l’ouverture de Vatican II, devrait donner la chance d’un riche débat au sein de l’Eglise, de rencontres œcuméniques et avec les au­tres religions, et de relations avec les foules non-croyantes mais désireuses, voire assoiffées de spiritualité. Car l’homme contemporain ne se sent plus un « mineur », un « minable » devant Dieu et l’Eglise. Il cherche un Dieu d’amour et rejette la tutelle d’une hiérarchie bâtie sur le modèle monarchique. Il s’agit de considérer ses attentes avec respect. « Hors de l’Eglise, pas de Salut » ! Rien n’a plus éloigné de la foi, rien n’a plus contribué à la désertion des croyants que cette formule gonflée d’orgueil. Les fidèles, et plus encore les croyants déçus ou rejetés par l’Eglise, attendent une Eglise désirable. Il est urgent de les entendre. « Davantage de courage, c’est ce que je souhaite à nous tous dans l’Eglise. » Tel était le souhait du cardinal Martini. Il est aussi le nôtre.

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