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jeudi, 27 septembre 2018 11:53

L’image de Dieu amputée

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masculin feminin symbolesAu Nord de la lagune de Venise, à Torcello, dans la cathédrale Maria Asunta datant de 639, une inscription sur le bandeau de l’abside m'a enchanté: «Je suis Dieu et homme, l'image du père et de la mère; du coupable je ne suis pas loin, mais du repenti je suis proche.» Dieu, image de la mère tout autant que du père! Aussitôt surgit l’inévitable question: où donc dans l’Église se cache l’image de la mère?

Un rapide coup d’œil sur des siècles de christianisme suffit pour constater que si le père est omniprésent, la mère semble reléguée à l’arrière-plan, à la limite de l’évanescence. Le masculin l’emporte sur le féminin. Prenant appui sur l’autel, les hommes ont absorbé tout le pouvoir, structurant, organisant, dirigeant la communauté. Du moment que l’eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne, à eux l’enseignement, la direction, la gouvernance, les clefs du paradis. De là ils en viennent à briguer l’exclusivité du pouvoir en dépit de la mise en garde du Christ au lavement des pieds. Étiqueté sexe dévot, le féminin n’a plus voix au chapitre; la femme n’a qu’à se taire, à obéir et à suivre. Bien malin alors qui est capable de découvrir l’image d’un Dieu mère dans cette société d’hommes.

Meister von TorcelloCathédrale Maria Asunta © The Yorck Project (2002)/DirectmediaRécemment, le pape François a dénoncé une fois de plus le cléricalisme qui engendre une scission dans le corps ecclésial, et annule la personnalité des chrétiens.[1] Alertée par ces maux, l’Église redécouvre bon gré mal gré les valeurs féminines. Progressivement, laborieusement, les femmes trouvent leur place dans les structures et l’organisation de la communauté : elles occupent des postes importants dans des dicastères romains ou dans les diocèses, elles enseignent la théologie, la morale et la pastorale dans les séminaires, elles président des conseils de paroisse ou de pastorale. Au bénéfice d’une bonne formation, passées expertes en discernement, elles dirigent des retraites et accompagnent fidèles et prêtres dans leur vie spirituelle. Leur sensibilité, leur approche intuitive typiquement féminine et leur capacité d’empathie leur confèrent une compétence particulière et très appréciée.

L’histoire de l’Église a connu des femmes d’exception qui ont guidé fidèles, prêtres, prélats et même des papes. Elles avaient pour nom Hildegarde de Bingen, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Maria Antonia de Paz y Figueroa,[2] étoiles solitaires dans le ciel d’une Église qui restait obstinément cléricale. Aujourd’hui, un mouvement se dessine au niveau même des structures de la communauté. Non sans lutte, il est vrai. Des religions résistent encore au nom de révélations plus ou moins divines. Si l’Église catholique prétend témoigner de manière crédible d’un Dieu image du père et de la mère, elle est appelée à se restructurer en profondeur. À commencer par se soumettre résolument à une sérieuse cure de décléricalisation.

[1] Lettre du pape François au peuple de Dieu, 20 août 2018.
[2] Dite Mama Antula ou la «folle des Exercices» (1730-1799), elle donna en Argentine, à 100'000 personnes environ, des retraites ignatiennes selon les Exercices.

Découvrez ici le sommaire de notre numéro 689.

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