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jeudi, 06 novembre 2008 11:00

Le temps de la Toussaint !

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Le 1er novembre, l'Eglise catholique honore l'immense foule des « saints anonymes » qui partagent le bonheur de Dieu. Ils sont plus nombreux que ceux que l'Eglise a déclaré saints et qu'elle donne comme des témoins exemplaires de la foi et de l'espérance. Le 2 novembre, l'Eglise commémore tous les défunts et invite à prier pour ceux et celles qui nous ont été proches. La simple évocation de leurs noms permet de nous émerveiller, en communion avec eux, de tout ce qu'ils nous ont donné, voire de guérir de difficiles relations d'autrefois, sans oublier tous les autres, connus et inconnus.

Entre l'allégresse de l'immense cortège des bienheureux qui vivent dans la lumière de Dieu et le souvenir de ceux dont nous sommes séparés par la mort, quel contraste ! D'un côté, la vie bienheureuse, et de l'autre, le souvenir douloureux des disparus. Quelle complémentarité aussi ! Car si, lors de la Toussaint, il n'y avait pas la perspective de la vie éternelle, le jour des morts serait vraiment à commémorer dans la détresse.

Même si la triste tonalité du 2 novembre, avec la traditionnelle visite des cimetières, semble l'emporter sur le bonheur qui nous est promis, le temps de la Toussaint nous offre une belle occasion, dans la trame de nos existences éparpillées, de retrouver quelques fils de chaîne qui tissent notre condition humaine. Aussi, en guise d'éditorial d'un style nouveau, chaque lecteur de ce numéro de choisir est-il invité à entreprendre deux ou trois exercices de réflexion personnelle. Une sorte de mini parcours studieux, sur des questions fondamentales qui habitent souvent notre imagination et nos coeurs sans que nous prenions le temps de nous y attarder. Par exemple, pourquoi ne pas prendre en considération, durant dix minutes de calme, ce que signifie, à nos yeux, la brièveté de la vie, la mort, le mal ?

Plusieurs articles de cette livraison sont à même de baliser notre démarche. Ainsi, en commençant par la fin du numéro (n'ayons pas peur des contrastes !), laissons-nous entraîner, grâce au commentaire de l'ouvrage Vieillir, une découverte, à un essai de brève relecture de notre vie, de sa cohérence, afin de pouvoir l'harmoniser, autant que faire se peut, et d'en faire notre histoire. La pensée d'une psychanalyste ne remplacera pas notre propre pensée mais aidera à la préciser, à la faire nôtre.

Une autre étape de ce programme automnal consisterait à faire une brève halte, en nous interrogeant sur la place du mal qui poursuit son oeuvre dans l'ensemble de notre monde. [1] Certes, le chemin se révèle aride ; toutefois le rappel de vagues de violence qui déferlent sur notre planète nous rendra attentifs à d'autres situations, plus proches de nous. En l'occurrence, dans la mentalité de notre époque, se pose la question d'aborder, socialement et éthiquement, la douloureuse réalité de ceux et celles qui, près de nous, expriment leur solitude et leur désespoir par un désir de quitter cette vie. [2]

Si ces exercices nous satisfont, n'hésitons pas à découvrir leur versant lumineux qui nous ouvre à une « petite voix » qui vient du dedans de nous. Au fait, est-ce que nous croyons au bonheur ? Et quel bonheur ? A quelle naissance d'une nouvelle vie sommes-nous appelés ? Dans la même ligne de réflexion, en côtoyant la profonde sérénité avec Charles Péguy, nous nous demanderons quelle espérance nous habite aujourd'hui. [3]

Le temps de la Toussaint ? Une période de prise de distance, de silence, avant les semaines de dispersion qui précèdent les fêtes de Noël et de la Nouvelle Année. Une incitation à dialoguer avec nos inquiétudes, nos désirs. Autant d'interrogations toniques qui nous resituent au coeur de la modernité. Car, tout bien pesé, en qui croit, même en Dieu, il y a toujours une zone qui ne croit pas et, chez celui qui dit ne pas croire, un espace de foi.

Comme le chrysanthème - cette fleur en or qui ensoleille les tombes - la relecture modeste et pratique de nos activités quotidiennes éclairera ce mois de novembre qui n'a pas toujours bonne réputation. Dans l'humble retour à l'essentiel, qui unifie notre vie, notre temps chronologique prend une autre couleur, celle de ne pas exister en vain.

1 - Pp. 17-20.

2 - Pp. 21-25.

3 - Pp. 13-16.

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