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mardi, 06 août 2013 16:53

Enlèvement du Père Dall'Oglio

Écrit par

MarMusa-e-PPaola-DallOglio
Le Père jésuite italien Paolo Dall'Oglio a été kidnappé par des islamistes le 30 juillet dernier à Raqqa, dans l'est de la Syrie.

Il avait été expulsé du pays en juin 2012 pour son hostilité déclarée au régime de Bachar al-Assad. Or le Père Dall'Oglio avait franchi la frontière turque pour arriver en Syrie la semaine dernière. Le religieux semble avoir été enlevé par les jidahistes de l'Etat islamique d'Irak et du Levant (EIIL). Ce groupe islamiste est affilié à la mouvance terroriste d'al-Qaïda et n'aurait pas apprécié les prises de position du Père Paolo Dall'Oglio sur les incidents sanglants qui ont affecté les habitants kurdes de Tall al Abyad, à la frontière turque.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), le Père jésuite se serait rendu à Raqqa pour rencontrer des dirigeants de l'EIIL. Il voulait négocier la libération de militants kidnappés par ce groupe islamique extrémiste et tenter un accord de paix entre les combattants kurdes et les jihadistes de l’EIIL. Des combats sanglants entre les deux groupes ont déjà fait des dizaines de morts. Le religieux avait dénoncé des violences commises contre des habitants kurdes à Tel al Abiad, à la frontière avec la Turquie.

Fondateur du monastère de "Mar Moussa el-Habashi" (ou Saint Moïse l’Abyssin), non loin de Damas, le Père âgé de 58 ans s'était installé depuis juin dans la nouvelle fondation monastique de Deir Maryam el Adhra, à Souleymanieh, au Kurdistan irakien. Mais depuis son départ forcé de Syrie, il parcourait la planète en avocat de la révolution syrienne et s'était déjà rendu dans les zones contrôlées par la rébellion. Il a demandé à diverses reprise que des armes soient livrées à la rébellion syrienne, ce qui lui a valu les critiques de ses confrères jésuites syriens travaillant sur place avec les réfugiés. L'opposition syrienne s’est déclarée, samedi 3 août, "très inquiète" de la disparition du prêtre jésuite.

De son côté, le Père Nawras Sammour, directeur régional du Service jésuite des réfugiés (JRS) au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et ami personnel de Paolo Dall’Oglio, avait confié à l'agence de presse APIC, en mars dernier, qu'avec ses positions "radicales", le jésuite italien avait désormais perdu toute crédibilité en Syrie. Il était devenu "partie prenante dans ce conflit (…) Comme religieux, il aurait dû jouer un rôle de pont entre les communautés, et ne pas prendre parti à ce niveau".

Autres jésuites mis en danger

Selon l'agence Fides, le Père Assouad, provincial des jésuites du Moyen-Orient, a attiré l'attention sur la situation critique dans laquelle se trouve le Père Frans van der Lugt, reclus dans la Résidence des Pères jésuites, dans le quartier chrétien de Boustan al-Diwan, au cœur de la vieille ville de Homs, occupée par les rebelles. Le religieux hollandais, présent en Syrie, sa deuxième patrie, depuis 1966, a voulu rester à Homs avec la poignée de personnes qui n'ont pas pu quitter le quartier encerclé par l'armée gouvernementale syrienne. Quelque 400'000 personnes ayant fui d'autres secteurs de la ville en proie à des combats féroces entre l'armée et les milices rebelles ont trouvé refuge dans le quartier de Waer. Ces réfugiés – essentiellement des femmes, des enfants, des vieillards - manquent de tout et les vivres commencent à manquer. Avec la prise, ces derniers jours, par les forces de Bachar al-Assad du quartier de Khaldiyé, le sort de Homs semble scellé, alors que l'armée tente d'éliminer les dernières poches rebelles, concentrées notamment dans le centre historique complètement détruit. Evoquant la situation dramatique dans laquelle se trouvent les personnes réfugiées dans la Résidence des jésuites de Homs, le provincial des jésuites du Moyen-Orient demande que l'on n'épargne aucun effort pour protéger leur vie. Le Père Assouad réaffirme, au nom de toute la Compagnie de Jésus, sa "solidarité avec les souffrances de tout le peuple". Les jésuites s'engagent à poursuivre leur action humanitaire qui s'adresse à tous et renouvelle leur proposition de "travailler pour la paix et la réconciliation en Syrie".

Autres religieux enlevés

L'enlèvement du Père Dall'Oglio s'ajoute à une série d'enlèvements de religieux en Syrie qui sèment la panique parmi les chrétiens et accélère leur mouvement de fuite vers des zones plus sûres ou à l’étranger. Ainsi on est toujours sans nouvelles du sort de Mgr Gregorios Iohanna Ibrahim, métropolite de l’Eglise syriaque orthodoxe, et de Mgr Paul Yazigi, métropolite de l’Eglise grecque orthodoxe d’Antioche, à Alep, enlevés par des "inconnus" qui ont également assassiné leur chauffeur le 22 avril dernier. Les deux prélats ont été kidnappés dans le village de Kafr Dael, dans la province d'Alep, une zone contrôlée par les rebelles, près de la frontière turque.
Par ailleurs deux prêtres - les Pères Michel Kayyal, arménien catholique, et Maher Mahfouz, grec orthodoxe - ont aussi été enlevés par un groupe de rebelles armés, le samedi 9 févier sur la route conduisant d’Alep à Damas.

(Selon les dépèches de l'Apic et de Fides)

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